Pierre Huart, sautant et triomphant

Y aura-t-il un jour une plaque rue Seutin, précisant que c'est là qu'il est né, dans le "vrai" coeur du "vrai" Nivelles ? L'intéressé, en tout cas, ne manque jamais de citer l'endroit qui le vit (presque) naître, Aclot parmi les Aclots.

Frédéric Antoine

Y aura-t-il un jour une plaque rue Seutin, précisant que c'est là qu'il est né, dans le "vrai" coeur du "vrai" Nivelles ? L'intéressé, en tout cas, ne manque jamais de citer l'endroit qui le vit (presque) naître, Aclot parmi les Aclots. Presque, puisqu'il reconnaît que la maternité de la ville étant "extra muros", il n'a pas vécu ses premières heures dans le périmètre qui permet de porter le label "made in Nivelles".

Mais parmi ses contemporains, combien peuvent encore se vanter d'avoir vu le jour à l'intérieur des remparts ? Aujourd'hui, avec son épouse et ses trois grands enfants, Pierre Huart habite "extra muros". Mais son bureau à l'hôtel de ville est assurément "intra muros". Et Maurice Dehu ayant décidé de tomber malade le 10 octobre, il est déjà, de facto, bourgmestre de "sa" ville. Il ne s'en plaint pas, confie-t-il avec cet enthousiasme qui le pousse à parler vite et à gesticuler.

Il ne le dit pas mais on le sait : il n'attendait que ça. Comme si son existence n'avait été programmée que dans ce seul but : devenir le premier des Nivellois. Il l'a proclamé et entend bien s'y maintenir : il dit avoir une vocation de municipaliste.

Son seul et unique objectif, c'est Nivelles. Il a bien accepté la présidence du conseil provincial (et a été reconduit au lendemain des élections). Mais c'est pour faire plaisir au MR. Parce que c'est plus honorifique qu'autre chose. Et que ça ne mange pas beaucoup de temps.

Nivelles est à ce point son coeur de cible qu'elle est son unique boulot. Depuis le 1er octobre 2005, il n'a plus d'autre occupation professionnelle. Ce qui lui permet d'affirmer qu'il était échevin à temps plein et sera maïeur de même. A son âge, il préfère cela plutôt qu'amasser de l'argent. Sa fibre politique lui vient de son père. Enseignant, celui-ci était un militant libéral. Enfant, le petit Pierre a souvent parcouru la campagne en vélo pour livrer leurs cartes aux membres du parti. Son père a aussi travaillé dans des cabinets ministériels libéraux et a été secrétaire de Louis Michel, à l'époque du PLP. Il a aussi été président libéral de CPAS à Chaumont-Gistoux. Même si Pierre Huart est ingénieur industriel, ce n'est donc pas un hasard si, un beau jour, il franchit la porte du café de l'Union alors que Louis Michel y tenait une permanence. "Je voudrais me lancer en politique", lui dit-il. Le président le met alors en rapport avec Lucien Glibert, le redoutable maître des libéraux locaux. Aux élections de 1988, le conseiller Michel Lardinois se fait hara-kiri en décidant d'offrir sa place sur la liste à un jeune prometteur. Du premier coup, Pierre Huart fait 554 voix de préférence. "Parce que mes parents étaient connus, et que je fréquentais les milieux sportifs." Quelques mois plus tard, il entame une carrière de conseiller provincial. "C'était encore le temps du Brabant unitaire..."

A Nivelles, dans l'opposition, il est à rude école, dans un parti libéral un peu vieillissant. Mais cela paie. En 1994, il obtient 50 pc de voix de préférence en plus. Il devient échevin de l'Urbanisme et de la Culture. Six ans plus tard, il rêve déjà du maïorat et le rate contre son gré, à 247 voix près. Cette fois, il prend six ans à préparer son coup et réussit l'essai.

De son bureau de maïeur faisant fonction dont le frigo est rempli de cannettes de Sprite, il prend déjà des décisions pour l'avenir. En jeans et chemise à carreaux. "Si j'avais su, je me serais habillé pour la photo", dit-il avec son éternel sourire. Evidemment, quel contraste avec Maurice Dehu, toujours tiré à quatre épingles, presque aussi beau qu'un acteur de cinéma. Mais n'est-ce pas cela aussi, le changement ?

© La Libre Belgique 2006