Callois, réservoir de Bruxelles

A quelques centaines de mètres de la Butte du Lion, non loin de la N5 et dissimulé par le bois du Callois, se trouve un quart de la réserve en eau des Bruxellois. La campagne de Lillois, à Braine-l'Alleud, abrite le plus grand réservoir en eau de Wallonie, et sans doute du pays.

Sophie Devillers

A quelques centaines de mètres de la Butte du Lion, non loin de la N5 et dissimulé par le bois du Callois, se trouve un quart de la réserve en eau des Bruxellois. La campagne de Lillois, à Braine-l'Alleud, abrite le plus grand réservoir en eau de Wallonie, et sans doute du pays.

Ces deux cylindres de béton, gardés par une tour d'une dizaine de mètres de hauteur, peuvent accueillir ensemble 120 000 m3 d'eau, la consommation quotidienne de Bruxelles avoisinant les 400 000 m3. Chacune des deux structures, semi-enterrées, fait 90 mètres de diamètre et 6 130 m2 de surface.

Celles-ci seront exceptionnellement ouvertes au public, ce dimanche, dans le cadre des Journées de l'eau (voir ci-dessous). Le réservoir de Callois, propriété de Vivaqua (ex-CIBE, une intercommunale bruxelloise qui fournit de l'eau potable), sert de tampon entre les zones où l'eau est captée et celles où elle est utilisée. "Un réservoir, c'est un espace de stockage qui permet d'assurer la continuité entre la production et la distribution. Les consommations sont fluctuantes, mais les captages, eux, fonctionnent de manière continue, explique Stéphane Courtois, docteur en sciences et responsable du traitement de l'eau chez Vivaqua. Le but du réservoir, c'est d'assurer un approvisionnement quelles que soient les consommations. Il faut essayer que le réservoir soit le plus rempli possible. Ceci est assuré par le dispatching de Bruxelles."

A Lillois, Vivaqua avait besoin d'un réservoir d'une grande capacité. "Nos captages se trouvent partout en Région wallonne. En effet, la Région bruxelloise n' a pratiquement pas de ressources en eau. C'est en Wallonie que celle-ci se trouve ! Nos zones de captage sont très émaillées sur le territoire wallon. Nous avons 450 km de conduites ! Il faut donc un réservoir énorme en aval pour récupérer tout cela", précise Stéphane Courtois. Le site de Braine-l'Alleud a été choisi pour sa position géographique. Il est implanté dans l'exact axe de l'usine de Taillefer, qui traite l'eau puisée directement dans la Meuse et d'où provient l'eau récoltée à Callois.

Par ailleurs, le site répondait au besoin d'un large espace de stockage en périphérie sud de Bruxelles, où sont installés les trois autres réservoirs de Vivaqua. Enfin, le bois de Callois se trouve au point le plus haut du Brabant wallon, à une altitude de 162,5 mètres. "Depuis Taillefer, l'eau s'écoule de manière gravitaire dans des conduites. Depuis le bois de Villers, le point le plus haut, il faut perdre de l'altitude, mais pas trop non plus !"

L'eau met plus de trente heures pour parcourir les 50 kilomètres entre Taillefer et Callois, en longeant la chaussée de Nivelles, et entre six et dix heures de plus pour rallier Bruxelles. L'eau des deux réservoirs, qui possèdent chacun un compartiment en sous-sol et un autre aérien, alimente la zone dite "super-haute" de la capitale soit l'axe Waterloo-Rhode-St-Genèse-Uccle-Forest.

Odeur de piscine

Derrière les murs bétonnés, l'eau qui clapote, dans une lumière bleue, contre des piliers de plus de six mètres de hauteur, est en ce moment à 7 degrés. La température de cette eau de surface qui arrive dans le réservoir, peut varier de 0 à 25 degrés selon la saison. "Il y a une dilatation du béton. Les piliers sont donc posés sur des joints qui autorisent une certaine dilatation", signale Stéphane Courtois, montrant la couche de néoprène, au sous-sol de la structure. Que ce soit dans les couloirs, eux aussi de béton, ou à proximité de l'eau elle-même, plane une odeur de piscine. C'est en effet au réservoir de Callois que Vivaqua injecte du chlore, afin d'assurer la désinfection de l'eau et donc son contrôle microbiologique. Dans la salle du "noeud de vannage", qui accueille les conduites d'entrée et de sortie des différents compartiments, se trouve un chloromètre, qui mesure en permanence la présence de chlore.

L'écran de la machine affiche ainsi 0,10 gramme de chlore par m3 d'eau. "La législation permet 0,25 ! Nous ajoutons un minimum de chlore, car certains consommateurs y sont très sensibles. En plus à Taillefer, le traitement de l'eau, qui provient de la Meuse et où se jettent tout de même des égouts, nous permet déjà d'avoir une qualité identique aux eaux souterraines !"

Toutes les mesures de la qualité de l'eau (température, turbidité...) sont réalisées par télésurveillance, depuis le dispatching bruxellois. Mais un contrôle manuel est aussi assuré par deux cantonniers, qui goûtent ainsi régulièrement l'eau, par exemple. Ceux-ci doivent être disponibles 24 heures sur 24. Ils habitent donc sur le site. Deux maisons ont d'ailleurs été spécialement construites pour eux, au pied des réservoirs.