"Le folklore permet d’être quelqu’un"

Le folklore est dépassé et il n’a pas sa place à Louvain-la-Neuve" "Les étudiants sont de pire en pire" "Les cercles et les régionales sont des usines à alcooliques" Voici quelques-unes des idées reçues sur l’animation et le folklore étudiant vus par certains comme la "crasse-guindaille" que deux anciens de l’UCL ont décidé de combattre. Pierre Maroye, à présent consultant chez Deloitte et Thibault Helleputte, devenu chercheur à l’UCL, ont rédigé un ouvrage pour répondre, - entre autres - à cette question :

"Le folklore permet d’être quelqu’un"
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Sophie Devillers

Le folklore est dépassé et il n’a pas sa place à Louvain-la-Neuve" "Les étudiants sont de pire en pire" "Les cercles et les régionales sont des usines à alcooliques" Voici quelques-unes des idées reçues sur l’animation et le folklore étudiant vus par certains comme la "crasse-guindaille" que deux anciens de l’UCL ont décidé de combattre. Pierre Maroye, à présent consultant chez Deloitte et Thibault Helleputte, devenu chercheur à l’UCL, ont rédigé un ouvrage pour répondre, - entre autres - à cette question : "L’étudiant d’aujourd’hui est-il vraiment l’animal imbibé de bière que l’on dépeint fréquemment ?"

L’ouvrage "Le jour et la nuit", gratuit, financé par l’UCL, des entreprises privées et des groupements étudiants est tiré à 5 000 exemplaires et est distribué lors de cette rentrée académique, chez Inforville, ou dans les cercles et les régionales. Les objectifs, expliquent ces deux anciens étudiants impliqués dans l’animation néolouvaniste et qui connurent "des débats passionnés" dans ce cadre sont "de donner un aperçu à l’habitant de Louvain-la-Neuve de ce qu’est réellement le folklore savoureux et tumultueux qui se perpétue dans sa ville de jour comme de nuit et auquel il est confronté sans toujours bien le comprendre. Ce livret a aussi pour intention d’initier le jeune étudiant qui débarque à l’UCL pour la première fois, au folklore de son université." Il propose de faire connaissance avec les kots à projets et les ordres (des étudiants rassemblés autour d’un idéal), mais aussi. avec les principaux acteurs de la vie festive et folklorique de LLN, les cercles (associations d’étudiants d’une même faculté) et les régionales (d’une même région), qui organisent baptêmes et soirées et délivrent la fameuse "calotte"; car le folklore aurait une utilité et un sens à LLN. "Le folklore étudiant est ce qui donne son souffle à l’animation étudiante, ce qui la régit. Et l’animation à LLN n’est pas un vain mot : plus de 2000 responsables étudiants bénévoles en charge de centaines d’activités (NdlR : kots, cercles, ordres ou régionales organisent revues, expos, carnavals, 24 heures vélo, route du Péket ) . Le folklore étudiant offre une formidable opportunité de sortir de la masse, de l’anonymat de la foule des 22000 étudiants de l’UCL, il permet d’être quelqu’un."

Les baptêmes sont une des portes d’entrée possibles pour intégrer ce folklore mais pas la seule, pensent Pierre et Thibault. "Ceux qui le trouvent dégradant doivent se rappeler qu’à l’UCL, les baptêmes ne sont en rien obligatoires, ni officiellement, ni officieusement comme c’est le cas ailleurs. Les jeunes étudiants acceptent donc de leur plein gré. On n’est pas humilié par quelque chose que l’on a décidé soi-même d’entreprendre ! Par ailleurs, si les baptêmes ne sont pas obligatoires du tout, ils n’en sont pas moins reconnus et approuvés par l’UCL. Une charte les régit depuis peu, en durée et en activités." Les deux chevaliers de l’Ordre académique de Sainte-Barbe (corporation d’ingénieurs civils de l’UCL) estiment aussi que Louvain-la-Neuve est aussi un parfait écrin pour accueillir ce folklore étudiant : "Ses concepteurs ont mis un accent particulier sur la volonté de créer une ville dont le centre déborderait d’animation. Les autorités universitaires voulaient retrouver tous les avantages démographiques, d’animation et de rencontre qu’avait offerts l’intégration à Leuven pendant des siècles, dont la richesse des rencontres informelles en rue, d’où le choix des rues piétonnes. De par sa conception, Louvain-la-Neuve est donc on ne peut plus adéquate pour l’animation et le folklore étudiants. Le caractère piétonnier confère en plus à la fête un caractère sécurisant, puisqu’elle ne comporte pas de retour en voiture, ou de traversée de rues dangereuses."

Les relations entre résidents et étudiants n’ont pas été toujours au beau fixe, et les tensions furent à leur comble vers 2005 (voir ci-dessous), reconnaissent les deux jeunes auteurs. Des mesures ont alors été prises. "Mais les étudiants doivent rester vigilants quant à la qualité de leur cohabitation avec le reste de la population. A l’inverse, les habitants doivent réaliser qu’ils ont un privilège par rapport à leurs voisins étudiants : ils exercent un droit de vote. L’autorité communale est de facto plus sensible à leur avis qu’à celui des étudiants. Les habitants ont donc une part de responsabilité dans la pérennité de ce folklore vivace, si typique et haut en couleur qui anime leur ville." Enfin, les responsables actuels de l’animation étudiante devraient être vus bien plus comme "des gestionnaires de mini-entreprises que comme des irresponsables sans limites", selon Pierre et Thibault. Ainsi le budget des plus grosses associations étudiantes se compte en centaines de milliers d’euros, elles signent des contrats commerciaux avec brasseurs, sponsors et tours opérateurs, organisent des soirées où se retrouvent des milliers d’étudiants, gèrent leur communication, etc.