Duferco démonte le Meccano des forges

Les trois cheminées dominent toujours le terrain de 80 hectares, et le village de Clabecq. Et les circonvolutions métalliques du haut-fourneau 6, éteint depuis 2001, se dressent toujours dans le ciel tubizien. Mais à leur pied, les grues sont au travail. Sur le chantier des anciennes Forges de Clabecq, propriété de l’entreprise Duferco, la phase trois de démolition a débuté. Deux tiers des bâtiments ont donc déjà disparu, et dès le passage de la grille verte à l’entrée, le changement est visible : le hall de l’ancienne aciérie a disparu, faisant place à un terrain nu, seulement recouvert de gravats et de déchets métalliques. En face, les habitants de la maison Germeau, du nom d’un des premiers patrons des Forges, redécouvrent une large perspective. Mais la partie la plus délicate du chantier, comportant les éléments les plus massifs et les les plus hauts, elle, se déroulera jusqu’à mi-2011. Il s’agit de faire disparaître les hauts-fourneaux , 2 et 6. Pour l’instant, une quinzaine d’ouvriers s’affairent à "déconstruire" le cylindre encadré d’un carcan de métal du HF 1, sur lequel se penchent deux grues. A l’une d’elle pend une nacelle, dans lequel trois hommes sont chargés de détacher, dans les étincelles, certains morceaux. L’autre grue "sécurité" a la mission, elle, de soutenir les parties à enlever. La démolition proprement dite a demandé une quinzaine de jours de préparation. Certains pièces, comme ces énormes tuyaux rouillés, ont en effet été découpés préalablement.

Sophie Devillers

Reportage

Les trois cheminées dominent toujours le terrain de 80 hectares, et le village de Clabecq. Et les circonvolutions métalliques du haut-fourneau 6, éteint depuis 2001, se dressent toujours dans le ciel tubizien. Mais à leur pied, les grues sont au travail. Sur le chantier des anciennes Forges de Clabecq, propriété de l’entreprise Duferco, la phase trois de démolition a débuté. Deux tiers des bâtiments ont donc déjà disparu, et dès le passage de la grille verte à l’entrée, le changement est visible : le hall de l’ancienne aciérie a disparu, faisant place à un terrain nu, seulement recouvert de gravats et de déchets métalliques. En face, les habitants de la maison Germeau, du nom d’un des premiers patrons des Forges, redécouvrent une large perspective. Mais la partie la plus délicate du chantier, comportant les éléments les plus massifs et les les plus hauts, elle, se déroulera jusqu’à mi-2011. Il s’agit de faire disparaître les hauts-fourneaux , 2 et 6. Pour l’instant, une quinzaine d’ouvriers s’affairent à "déconstruire" le cylindre encadré d’un carcan de métal du HF 1, sur lequel se penchent deux grues. A l’une d’elle pend une nacelle, dans lequel trois hommes sont chargés de détacher, dans les étincelles, certains morceaux. L’autre grue "sécurité" a la mission, elle, de soutenir les parties à enlever. La démolition proprement dite a demandé une quinzaine de jours de préparation. Certains pièces, comme ces énormes tuyaux rouillés, ont en effet été découpés préalablement.

"Les pièces les plus massives se trouvent à la base, et la mécanique plus légère en hauteur. On descend d’abord au sol les structures plus légères, et puis, en suite ce qui est plus lourd, on le fait tomber, explique Olivier Waleffe, directeur de Duferco Diversification. C’est une question de bonne pratique en terme de sécurité et de coût." "On ne travaille pas comme des sauvages. On déconstruit pièce par pièce ! Comme un Meccano", enchaîne Alfred Zocastello, qui s’occupe de la démolition et a fait tout sa carrière - plus de 40 ans - aux Forges. L’objectif est aussi de pouvoir recycler certains matériaux, comme par exemple les briques réfractaires afin de réduire le coût de la démolition. Celle-ci coûtera en effet "quelques millions d’euros". Si la première phase de démolition , celle de l’aciérie, impliquait la destruction de 35 000 tonnes de béton, le haut-fourneau 1, lui, représente 4 000 tonnes de ferraille et 6 000 mètres carrés de béton.

"Il produisait 750 tonnes de fonte par 24 heures", se rappelle Alfred Zocastello, qui supervise donc la démolition de ce qui furent ses outils de travail . "Objectivement, on se dit " à quoi ça sert de laisser ces ruines dans les coins, c’est mieux d’assainir, et de réaffecter à d’autres choses". En même temps, c’est émotionnel... On est touché. On a fait tout une carrière la-dessus... J’ai vu construire le haut-fourneau 6... Mais il faut passer au-dessus de cela. Dans mon association d’anciens travailleurs du haut-fourneau, on a demandé l’avis de tout le monde et à 80 % la réponse était en gros "Foutez cela par terre !" Chez Duferco, on se dit cependant conscient de cette "couche d’émotionnel". "On a le respect du travail, et des travailleurs. On sait qu’ils sont attachés à leur outil." Mais pour Olivier Waleffe, diverses raisons empêchaient le maintien des structures les plus hautes et les plus massives : tout d’abord, "la sécurité, on n’aurait pas pu laisser les enfants se balader à moins de 50 mètres. Et un haut fourneau, c’est un ensemble de conduites de charpentes... le tout corrodé, ajoute le directeur indiquant le HF6, qui culmine à 110 m de haut. Regardez ces pièces métalliques, elles sont susceptibles de tomber d’un jour à l’autre, Il faudrait donc mettre cela en sécurité, mais aussi l’entretenir. Il y a trois endroits où les hauts fourneaux ont été conservés : en Lorraine, au Luxembourg et en Allemagne. C’est chaque fois la communauté qui s’en est chargée. A Luxembourg, cela a coûté 180 millions d’euros. Il y a d’autres choses à faire en Wallonie avec l’argent ! En outre, on ne pourrait pas non plus assainir le sol comme on voudrait. On va contraindre le développement si on garde ces éléments. Mais il faut réfléchir à ce lien entre histoire, patrimoine, et le futur. On doit pouvoir montrer ce lien."

Et pour cela, dit-il, il y a plusieurs possibilités : en gardant certains éléments - pourquoi pas le château d’eau qui a 150 ans -, conserver des parties d’éléments - quelques mètres d’une rampe ? -, réaliser des expos permanentes... "Ce sont des choix à discuter. On ne veut pas décider seul, mais le privé doit garder la main, sinon on perdra du temps." Plusieurs études sont prévues et aideront à la décision : étude d’urbanisation (qui va plus loin qu’une simple étude d’affectation) ou étude d’incidence avec consultation du public. Duferco prévoit aussi une "consultation renforcée", où des ateliers avec les riverains (et donc d’anciens travailleurs) seront organisés afin de récolter les avis. Une autre étape importante à venir, c’est l’assainissement, évalué à 64 millions d’euros, pris en charge par Duferco "pour assumer la charge du passé", et prévu pour le deuxième trimestre 2011.

"Le site est relativement peu pollué, indique Olivier Waleffe. Il n’a jamais été mis complètement en exploitation et il n’y a pas eu de cockerie. Nous avons donc une pollution dispersée de métaux lourds et d’hydrocarbures, assez modérée." Le site assaini fera alors place à un nouveau quartier, comportant logements, commerces, bureaux ou encore entreprises. Duferco en sera le développeur. Un projet "citoyen, qui ne cherche pas la rentabilité à outrance, mais qui permet de recouvrer" le coût de la réhabilitation et de l’assainissement.