Tout savoir sur Hergé, côté jardin

On l’attendait depuis près de trois lustres mais l’on peut désormais dire que cette longue gestation en valait vraiment la peine ! Lundi, à l’hôtel de la gouverneure du Brabant wallon à Wavre, Dominique Maricq a présenté "Hergé côté jardin.

Tout savoir sur Hergé, côté jardin
©Christophe Bortels
Christian Laporte

On l’attendait depuis près de trois lustres mais l’on peut désormais dire que cette longue gestation en valait vraiment la peine ! Lundi, à l’hôtel de la gouverneure du Brabant wallon à Wavre, Dominique Maricq a présenté "Hergé côté jardin. Un dessinateur à la campagne", soit le fruit de près de 15 ans de recherches et d’investigations sur la présence d’Hergé en Brabant wallon.

Le papa de Tintin mais aussi de Jo et Zette et de Quick et Flupke n’y résida sans doute surtout que le week-end pendant quelques décennies, mais il est indéniable que la province dans son ensemble, et plus particulièrement la région centrale à travers sa géographie physique et humaine, mais aussi ses us et coutumes, ont marqué son œuvre d’une manière au moins aussi importante que son microcosme originel bruxellois.

Car tout universel qu’il fût et reste, Hergé était au fond jusqu’à son ultime souffle un vrai "ket" de Bruxelles dans sa façon d’aborder l’existence, comme il n’en existe hélas pratiquement plus Mais venons en plutôt à son ancrage brabançon wallon qui fut donc loin d’être celui d’un "Brusseleir" qui se met au vert dans les jardins de la capitale, la dominique venue Rien à voir non plus dès lors avec tant de "nouveaux rurbains" que le chant du coq ou l’odeur du purin, quand ce ne sont pas les cloches de l’église, incommodent ! L’album nous montre qu’Hergé n’hésitait pas à donner un coup de main pendant les moissons.

Cet attachement est tellement vrai que l’auteur, tintinophile de longue date mais aussi né-natif de la région - il a vu le jour à Rixensart - rappelle dès la préface de son livre qu’on ne peut que reconnaître qu’"il existerait bel et bien un authentique accent noir-jaune-rouge dans les séries créées par le père de la Ligne Claire". Mieux, comme il le souligne ensuite "le phénomène le plus fascinant dans l’oeuvre d’Hergé, c’est la relation frappante entre son univers de fiction et la réalité du monde qui l’entourait. Qu’il s’agisse de la forêt brabançonne, d’une statuette péruvienne ou du profil psychologique de Séraphin Lampion, tout nous amène raisonnablement à penser qu’Hergé fut un génie, aussi habile à nous entretenir de thèmes tendant à l’universalité qu’à représenter une route de campagne sous une pluie battante."

Et Dominique Maricq d’en déduire qu’il ne "peut imaginer que le temps d’un week-end, un tel homme puisse couper tous les ponts entre l’activité fébrile de ses studios et le farniente du quartier de Ferrière à Céroux" où il avait établi sa résidence de campagne à la fin des années 1940

C’est précisément le très riche contenu d’"Hergé côté jardin".

C’est un secret de polichinelle de rappeler que, pendant plusieurs années, Didier Platteau et l’équipe des Editions Moulinsart n’étaient pas très chauds pour publier l’étude de Maricq, auteur déjà de six ouvrages autour de l’oeuvre hergéenne (dont le catalogue du musée de Louvain-la-Neuve) mais bon, sans doute avaient-ils quelque peu sous-estimé la passion réelle, sinon charnelle, de l’auteur pour sa propre région et sa petite histoire jamais bien loin de la grande ! Bien sûr, dans son livre superbement illustré par des dessins du maître mais aussi, sinon surtout, par des documents photographiques aussi rares qu’inédits, Dominique Maricq nous conte beaucoup de petites anecdotes et nous livre beaucoup de micro-souvenirs très sous-régionaux, voire locaux, à la fois d’Hergé et de sa première épouse mais aussi de celles et ceux qu’il a été amené à rencontrer avant, pendant et après son installation en Brabant wallon.

Pour Hergé et Germaine Kieckens, la découverte du Brabant wallon passa d’abord par le tram vicinal, et la ligne W, qui leur permettait de prendre quelque distance avec un quotidien de travail pour le moins surchargé. Voire par la nécessité ensuite de trouver de la nourriture pendant la période troublée de la Seconde Guerre. Séduits par la région, ils décidèrent d’y fixer leur résidence secondaire plutôt que dans le Midi de la France. Et comme on le lira, ils ne le regrettèrent visiblement pas !

Dominique Maricq nous en rappelle les différentes étapes non sans émailler son récit de portraits passionnants à la fois de Brabançons wallons de naissance comme d’autres qui y ont trouvé un petit coin de paradis. En même temps, l’auteur nous dresse un étonnant portrait de Céroux la rurale, de ses fermiers (les Laloux et les Wilmart) comme de ses châtelains (les Gericke d’Herwynen) mais aussi de cet étonnant curé qu’était l’abbé Jeandrain, devenu l’ami d’Hergé. Un prêtre dont on ne connaît sans doute pas encore le rôle décisif qu’il a joué dans le sauvetage d’enfants juifs dont certains furent cachés dans la maison qu’allait occuper par la suite Hergé

Ce dernier fut aussi un discret mécène dans son village d’adoption, notamment pour la construction de locaux destinés à accueillir les jeunes. A peine plus visible est le vitrail qu’il a offert avec son épouse à l’église du village.

En rejoignant le paradis des dessinateurs voici plus de 25 ans, Hergé ne pouvait évidemment pas deviner qu’Ottignies-LLN accueillerait le musée qui porte son nom et que l’on envisage désormais d’ajouter à une déjà très riche offre touristique un parcours dédié au génial auteur. Encore faudra-t-il qu’on bétonne les panneaux de signalisation car plus que n’importe quel autre plaque du "Botroul", des tintinophiles acharnés s’emparent de celle qui indique la rue que la ville d’Ottignies a eu la bonne idée de lui dédier pour ne pas dire dédicacer

"Hergé côté jardin. Un dessinateur à la campagne". L’ouvrage est disponible au musée Hergé et devrait l’être d’ici peu dans certaines bonnes librairies d’Ottignies-LLN.