Un Jodoignois d’adoption menacé d’expulsion

Après que son père s’est fait assassiner en Guinée, Aboubacar avait fui son pays.

Yannick Natelhoff
Un Jodoignois d’adoption menacé d’expulsion

C’est un véritable cri du cœur que lance Françoise Tilmant, une habitante du quartier du Batavia, à Jodoigne. Elle héberge depuis trois ans Aboubacar, un ressortissant guinéen né en 1994 et arrivé en Belgique il y a cinq ans.

Considéré comme un membre à part entière de sa famille, il est aujourd’hui menacé d’expulsion. "Il est arrivé en Belgique en 2011, confie Françoise. Son père avait été assassiné en Guinée et sa mère a payé un passeur pour lui faire prendre l’avion. Elle a pris tous les risques pour mettre son fils à l’abri."

Mais peu après son arrivée en Belgique, Aboubacar s’est fait voler ses papiers et ses bagages. "Il s’est retrouvé sans rien. Il a alors introduit une demande d’asile et a été transféré au centre Fedasil de Jodoigne."

C’est comme cela qu’il a fait la connaissance du fils de Françoise, d’un an son cadet. "Ils se sont rencontrés dans un parc. Ils ont très vite sympathisé. Au point qu’ils se considèrent tous les deux comme des frères."

Mais il y a trois ans, Aboubacar a reçu une très mauvaise nouvelle de l’Office des Etrangers. La demande d’asile était refusée, et un ordre de quitter le territoire lui a été signifié dans la foulée. "L’Office des Etrangers considère que son père a été assassiné lors d’affrontements de groupes locaux et que la stabilité du pays n’est pas en cause. Rentrer en Guinée ne comporterait aucun risque selon l’Office. C’est impensable."

Face à cette nouvelle, Aboubacar a pris peur et a quitté le centre Fedasil par crainte d’expulsion. Il s’est retrouvé sans domicile. Et Françoise Tilmant l’a accueillie chez elle, avec son époux Patrick, aujourd’hui décédé. "Il est vraiment très intégré dans notre famille. On fête nos anniversaires et on part en vacances avec lui. Il suit des cours d’éducateur au Cepes de Jodoigne et est aidé par le CPAS. Il joue souvent de la guitare dans les parcs. Beaucoup de gens le connaissent et l’apprécient."

Mais suite à un récent contrôle de routine, Aboubacar a été placé au centre fermé de Vottem. Et il est aujourd’hui sous le coup d’une expulsion. "Il est totalement intégré et le renvoyer chez lui serait gravissime, déplore Françoise. Je l’aime comme un fils. Je me porte garante pour lui. Un temps, mon mari et moi avions même pensé à l’adopter. Mais la procédure ne le permettait pas."

Aujourd’hui, Françoise Tilmant attend un geste de l’administration et entend dénoncer la "déshumanisation d’une procédure qui ne prend pas en compte les efforts d’intégration des réfugiés. Ici, Aboubacar est chez lui. Il fait partie de notre famille."