Environ 150 personnes manifestent contre les violences sexuelles et sexistes à l'UCLouvain

Environ 150 personnes ont manifesté jeudi après-midi à l'UCLouvain, en soutien aux victimes de violences sexistes et sexuelles au sein de l'université, a indiqué à Belga Justine Havelange, présidente de l'Assemblée générale des étudiants de Louvain (AGL).

Environ 150 personnes manifestent contre les violences sexuelles et sexistes à l'UCLouvain
©Jean-Luc Flemal

L'AGL, le mouvement étudiant du PTB Comac, Balance ton folklore et les Jeunes socialistes appelaient à un rassemblement des étudiants, du corps académique et du personnel de l'UCLouvain, ainsi que de la population de Louvain-la-Neuve devant les Halles universitaires, de 13h00 à 14h00. Selon Mme Havelange, environ 150 personnes ont répondu à l'appel, parmi lesquels des "membres du corps scientifique, des étudiants, des élèves du secondaire également".

Le but: protester contre la décision de l'université louvaniste de faire appel de sa condamnation par le tribunal du travail du Brabant wallon pour des violences psychiques infligées à la professeure de biologie Caroline Nieberding. Celle-ci dénonçait entre autres des remarques sexistes concernant son physique, un harcèlement moral et sexuel, une forme d'exclusion et du dénigrement de la part de ses collègues de l'Earth and Life Institute (ELI). Elle reprochait à l'université de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour la protéger.

Pour les organisations à l'initiative du rassemblement, l'appel de l'UCLouvain est une décision "révoltante", symbole d'une "mauvaise prise en charge des questions de violences sexistes et sexuelles" par l'institution académique.

"Depuis la rentrée, nous entendons et lisons des discours prônant une tolérance zéro envers les agresseurs. Pourtant, lorsque les faits sont là, notre institution déçoit, pire elle culpabilise les victimes", ont dénoncé la présidente de l'AGL Justine Havelange et le vice-président Wail Jamai devant les manifestantes et manifestants. "Si nous voulions nous réunir aujourd'hui, c'était pour soutenir ces victimes. Leur clamer notre colère face à la réaction de notre Alma Mater et leur rappeler: 'On te croit'."

Justine Havelange et Wail Jamai ont pointé du doigt la réponse souvent rétorquée aux victimes de violences sexistes et sexuelles de la part de l'université, qui dit ne pouvoir rien faire. "Nous ne voulons plus subir cette inaction, nous voulons étudier, travailler, vivre dans des espaces où l'on ne se sent plus en danger, des espaces où nos autorités prennent au sérieux les harcèlements, les agressions, les viols que nous vivons", se sont exclamés la présidente et le vice-président de l'AGL. "Nous voulons être crues et nous voulons que des dispositifs de lutte contre ces violences soient mis en place maintenant! Pour qu'il n'y ait plus de victime, pas une de plus!"

"Plus que son inaction face à la situation, l'UCLouvain s'en est prise lors du procès à la victime en rejetant la faute sur elle", a abondé Cloë Machuelle du mouvement Comac. "Il est temps que l'UCLouvain arrête de ne penser qu'à son ranking et à sa réputation. Car celle-ci est déjà ébranlée. (...) Si vous voulez redorer votre blason, c'est en agissant contre les agressions et en reconnaissant vos torts que vous y arriverez", a-t-elle poursuivi. "Ce n'est pas à nous de subir les répercussions, la violence et le sexisme. L'inaction produit les agressions. À l'UCLouvain, nous exigeons des actes."

"Plutôt que d'aller en appel contre cette décision, les autorités feraient mieux d'écouter les victimes, d'écouter les membres de son personnel ou de la communauté étudiante qui se plaignent ou qui dénoncent, parfois depuis des années, des situations toxiques dans lesquelles ils et elles essayent de travailler ou d'étudier", a également dénoncé le professeur de l'UCLouvain Jean-Pascal Van Ypersele lors de la manifestation.

"Les autorités feraient mieux de se regarder dans le miroir, comme l'a suggéré le président du CA de l'université lors de la rentrée académique", a-t-il lancé.

"Les autorités de l'UCLouvain, à commencer par le recteur et chaque membre du conseil rectoral, devraient comprendre que faire appel (...) serait un acte insolent, qui nuira encore plus à la réputation de l'université que les situations condamnées par le tribunal", a encore tancé M. Van Ypersele.

Les protestataires réclament une modification des règlements de l'université, la mise en place de formations obligatoires sur les violences sexuelles et sexistes "pour tous les membres de notre communauté universitaire", la création de dispositifs indépendants des établissements pour accompagner les victimes et agir contre les agresseurs et, enfin, des "financements ambitieux et du personnel en nombre suffisant" pour soutenir ces dispositifs.

Tant que ces "outils de lutte contre les violences sexistes et sexuelles ne sont pas mis en place", la mobilisation se poursuivra, préviennent les organisations étudiantes. Le rendez-vous est déjà donné pour la Journée internationale contre les violences faites aux femmes le 25 novembre.