Au mur de la pièce, sont épinglées les effigies des héros de Disney, tandis qu’au sol, un tapis coloré attend les jeunes amateurs de jeux. Dans une petite salle a côté, une dizaine de lits à barreaux sont prêts pour les siestes. C’est ici que Binta, Mouktar et les autres passent une partie de leur journée. Pour l’instant, la première tête avec avidité le sein de sa mère, tandis que le second court dans le couloir en riant. Comme six autres enfants en bas âge, ils fréquentent la crèche "Kirikou". Particularités : cette halte-accueil, inaugurée en mars 2008, est installée au sein même du centre d’accueil pour demandeurs d’asile de Rixensart. Et elle accueille prioritairement des bébés de mamans Mena (mineurs étrangers non accompagnés).

"Parmi les demandeurs d’asile qui arrivent chez nous, il y a aussi des mineurs étrangers non accompagnés. Ce centre se charge de les recevoir, il travaille avec des tuteurs. Accueillir ces jeunes filles est assez difficile. Elles arrivent sur un territoire qu’elles ne connaissent pas, doivent faire face à une organisation qu’elles ne connaissent pas, une langue qu’elles ne pratiquent pas Elles peuvent aussi arriver avec un enfant et enceinte, une grossesse pas toujours désirée et pas facile à gérer. Il est donc important d’avoir une structure d’accueil sécurisée", affirme Stéphane Crusnière, président de l’ASBL "Les Amis de Kirikou", forme pérennisée du comité d’accompagnement du projet, qui comprenait des organisations liées à la problématique de la petite enfance ou des réfugiés. Au centre Fedasil, au sein de la structure Damana, qui accueille une vingtaine de Mena en général depuis 2004, une réflexion est née quant à la meilleure façon d’essayer d’améliorer le quotidien de ces jeunes filles. La halte-accueil qui a un agrément pour 7 enfants, a donc vu le jour il y a environ deux ans. C’est le résultat d’une collaboration avec l’ONE et la consultation des nourrissons. L’objectif : permettre aux jeunes mères de déposer leur enfant en journée, afin de suivre leur scolarité ou de rechercher un emploi, mais aussi d’"améliorer, au maximum, la relation mère/enfant", car "ce n’est pas évident de se retrouver mère de famille".

"Depuis que la structure existe, nous avons accueilli 11 jeunes filles enceintes, 23 qui ont accouché, et 11 jeunes sont arrivées ici avec un enfant, explique Hippolyte Kisonge, coordonnateur de Damana. Mais accueillir ces jeunes filles, n’est pas quelque chose d’aisé. On ne peut pas les accueillir de la même façon que des garçons de 17 ans, qui ont besoin d’une guidance, d’un lit, et d’un couvert . Il faut aller au-delà. Au niveau du quotidien, le travail n’est pas facile. On est confrontés à la prise en chage de Mena, et aux enfants de ces mineurs non accompagnés. D’ou l’idée des Amis de Kirikou, qui permet de décharger un peu la structure, pour encadrer les enfants avec des puéricultrices."

Le projet est encore en plein montage, mais d’ici janvier, en effet, trois nouvelles puéricultrices devraient s’occuper des bébés. La Région wallonne va intervenir via le système des points APE, une piste initiée par les "Amis". Jusqu’ici, c’était le personnel du centre qui prenait en charge la crèche. Ceux-ci pourront donc à nouveau se consacrer à l’encadrement des jeunes filles. "On espère que le soutien va venir au niveau de l’équipe, car la situation est actuellement difficile, affirme Nathalie Braun, directrice du centre de Rixensart. La capacité du centre est de 138 personnes, on est actuellement à 145-150. Pour l’équipe des éducateurs, la crèche était une tâche en plus. Ça les empêche de faire autre chose, comme le travail d’accompagnement des mamans. Si on ouvre la crèche tous les jours, on doit renoncer à autre chose. Cela permet aussi de clarifier les rôles de chacun."

De son côté, le directeur opérationnel de Fedasil, Thierry Pire, explique vouloir "fournir un accueil le plus adapté à l’ensemble du public, et ici, il s’agit d’un des publics les plus vulnérables au sein de notre réseau d’accueil. Le projet mené ici profite à l’ensemble des centres Fedasil, puisque les jeunes femmes dans cette situation sont orientées vers le centre de Rixensart. Il est devenu un point de référence. Avant, chaque centre avait une ou deux jeunes filles dans cette situation, mais il y avait très peu de spécialisation. Ici, il y a tout un travail en ce sens." Le centre, expliquent les responsables, s’efforce d’accompagner les jeunes filles tout au long de leur grossesse, via un cabinet médical. Mais au moment de l’accouchement, elles peuvent aussi faire le choix d’une éducatrice qui les accompagnera tout au long de ce processus. "Cela peut être un grand moment de solitude, et le témoignage des aînés peut être fort utile pour accompagner ce passage de la jeune fille vers la femme, ou de la femme vers la maman", conclut Hippolyte