Le propriétaire a dû s’organiser pour que sa clientèle ne soit pas perturbée.

Il est 10 h ce matin aux abords de la Grand-Place. Derrière son comptoir, Ahmed salue deux clientes de l’hôtel Mozart. À côté de lui, deux hommes vont prendre leur petit-déjeuner. Il les suit dans la salle à manger, où ils sont bientôt rejoints par une quinzaine d’autres. Tous s’installent, se passent les paniers de pain et la confiture. L’un d’eux distribue des verres de lait. Les hommes rigolent, discutent, tous en arabe. Quand ils croisent Ahmed, ils hochent la tête, le saluant respectueusement.

Un respect à la hauteur de la faveur qu’il leur accorde : ces hommes, ce sont tous des migrants, Soudanais pour la plupart. Ahmed les accueille dans son hôtel pour qu’ils n’aient pas à dormir dehors et que leur estomac ne reste pas vide.

Depuis plusieurs années, il leur offre donc un toit, de la nourriture et du wifi : "Ils sont tous sur leur smartphone, pour appeler leur famille et trouver des cars qui partent vers l’Angleterre." Ces cars représentent pour eux un espoir de vie meilleure. Un espoir, ou plutôt une chance : "Ils n’ont que ce mot à la bouche, ‘chance’, prononcé à l’anglaise." Ils se l’envoient par message pour se prévenir d’un départ imminent.

Mais leur voyage s’arrête parfois plus vite que prévu. Quand ils se rendent compte que le camion se dirige vers la France ou l’Allemagne, nombreux sont ceux qui préfèrent sauter du véhicule et revenir à l’hôtel Mozart.

L’hôtelier accueille jusqu’à 150 migrants. Pour cela, il n’hésite pas à transformer la salle à manger et la buanderie de l’hôtel en dortoirs. Il en répartit également dans les chambres disponibles, de la plus simple à la suite royale. "Je fais de même chez moi, dans les chambres et le salon." Après les avoir installés, vers 1 h du matin, il va récupérer les invendus d’une boulangerie de l’avenue de Stalingrad. Et pour les repas du midi et du soir, c’est simple : "Ils ne mangent que des fèves !"

Il est 11 h à présent, la salle se vide petit à petit. "J’ai imposé certaines règles pour que l’hôtel puisse continuer à tourner. Avec autant de monde, il faut être organisé !" Deux hommes restent dans la pièce. Ils débarrassent les tables, remettent de l’ordre dans la cuisine et passent le balai. Abasse, une serpillière à la main, raconte qu’il est en Belgique depuis un an et demi. Il a introduit une demande de régularisation et espère pouvoir s’installer ici. En attendant, il revient aider à l’hôtel, même s’il n’y dort plus aujourd’hui. Ahmed apprécie mais n’oblige personne à l’aider en retour : "La Belgique m’a ouvert ses portes alors j’ouvre les miennes aux autres."