Brabant

J’ai été deux mois couché sur le cadavre. J‘ai passé deux mois à Waterloo, c’est là que j’ai fait l’autopsie de la catastrophe." C’est ainsi que l’écrivain français Victor Hugo décrit son séjour à Waterloo il y a exactement un siècle et demi, en 1861, alors qu’il rédige l’une de ses œuvres les plus connues : "Les Misérables". Dans une lettre à son fils, le 20 mai, il raconte encore : "Je suis ici près de Waterloo. Je n’aurai qu’un mot à en dire dans mon livre, mais je veux que ce mot soit juste. Je suis donc venu étudier cette aventure sur le terrain et confronter la légende avec la réalité. Ce que j’en dirai sera vrai. Ce ne sera sans doute que mon vrai à moi. Mais chacun ne peut donner que la réalité qu’il a. Du reste, je ne sache rien de plus émouvant que la flânerie dans ce champ sinistre." Et il annonce, le 30 juin : "J’ai fini "Les Misérables" sur le champ de bataille de Waterloo et dans le mois de Waterloo."

L’auteur logeait à Mont-Saint-Jean, à l’hôtel des Colonnes. Cet hôtel n’existe plus actuellement. Situé au carrefour de Mont-Saint-Jean, il a été rasé en 1962, avant d’y faire place à un concessionnaire automobile, comme le signale Jean Lacroix (voir Épinglé). Mais à l’époque, décrit Hugo, "la fenêtre de (s)a chambre a vue sur le lion de Waterloo". Hugo avait déjà fait un séjour à Bruxelles, en 1837, mais s’était refusé à venir sur le champ de bataille. Dans une lettre, il s’était ainsi justifié : "J’irai voir Waterloo quand un souffle venu de France, aura jeté bas ce lion flamand et aura posé sur son piédestal un oiseau français quelconque, aigle ou coq, peu m’importe " Lorsqu’il écrit le fameux vers : "- Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! Morne plaine !", dans "Les Châtiments", en 1852, il n’avait donc pas encore vu Waterloo Dans "Les Misérables", dix-neuf chapitres sont consacrés à tracer la fresque de Waterloo et de sa bataille Y intervenait ainsi le personnage de Thénardier qui détrousse les cadavres sur le champ de bataille, à la lumière de la plein lune : "Vers minuit, un homme rôdait, ou plutôt rampait, du côté du chemin creux d’Ohain ( ). Il furetait cette immense tombe."

En 2011, il y a donc cent cinquante ans que l’un des plus célèbres romans du XIXe siècle a été achevé sur la "morne plaine". Cet anniversaire de l’écriture des "Misérables" sera commémoré, par la création d’un grand spectacle de plein air, au pied de la butte du lion de Waterloo, adapté du roman et coproduit par l’ASBL "Bataille de Waterloo 1815" (productrice des reconstitutions historiques de Waterloo) et DEL Diffusion (les producteurs des spectacles d’été à l’abbaye de Villers). "Il s’agira d’une grande production réunissant plus de vingt acteurs dans une mise en scène de Stephen Shank avec Pascal Racan dans le rôle de Jean Valjean", expliquent Patrick de Longrée, l’administrateur-délégué de DEL Diffusion et Yves Vander Cruysen, le directeur de l’ASBL "Bataille de Waterloo 1815". Stephen Shank, né en Belgique de parents américains, mettra en scène "Le Nom de la Rose" d’Umberto Eco durant l’été 2011 à Villers. Et c’est déjà lui qui avait mis en scène, toujours à Villers-la-Ville, une adaptation des "Misérables" en 2002. "Cette nouvelle production à Waterloo ne reniera évidemment pas celle qui fut créée à l’abbaye, elle connut un énorme succès (30 000 spectateurs en 32 représentations, un record à Villers et de manière générale dans le paysage théâtral francophone). Elle s’en inspirera mais elle s’adaptera à une implantation très différente basée sur une dimension cinémascope", dit-on à Del Diffusion. Pour les organisateurs, le spectacle adapté du roman "Les Misérables" ne peut qu’être réalisé "de manière ample et spectaculaire". "En effet, il s’agit de l’histoire d’une vie aux multiples turpitudes et événements qui met en scène de nombreux protagonistes. Ainsi, l’action se déroule dans une multitude de lieux qui nécessitent donc une vaste scène permettant de différencier les espaces tout en offrant des combinaisons scénographiques variées." Parmi la quinzaine de tableaux inspirés des moments marquants du roman-fleuve, les spectateurs pourront découvrir l’accueil de Jean Valjean chez Mgr Myriel, la mort de Fantine, la rencontre de Jean Valjean et de la petite Cosette, l’auberge des Thénardier, le séjour au couvent du petit Picpus ou encore les barricades et les combats et la mort de Valjean. Le spectacle se donnera du 6 au 17 septembre 2011. La location sera ouverte début mai 2011.