évocation

C'était il y a 60 ans, le 2 août 1948. Il pleut sur Londres. Et sur le stade de Wembley, où 90000 spectateurs sont venus assister aux épreuves d'athlétisme des Jeux Olympiques. Parmi les sportifs au départ du 5 000 mètres, se trouve le natif de Braine-l'Alleud Gaston Reiff. On n'attend pas grand-chose de l'athlète brabançon car peu avant les JO, il a été renversé par une voiture et a dû limiter son entraînement. En outre, il doit affronter le maître de la discipline, Emil Zatopek. C'est d'ailleurs celui-ci, qui dès le début de la course et pendant 3 km, donne le rythme. Mais Gaston Reiff tient la cadence. Et tente même à 3 500 mètres, une échappée, que le Tchécoslovaque ne suit pas. Le Brainois accélère. Le public de Wembley est debout. Et puis une clameur enfle : Zatopek est en train de revenir, à toute vitesse... "Sans cette clameur, je ne me serais jamais rendu compte du retour fracassant de Zatopek. J'ai puisé dans mes dernières réserves pour tenir le coup", rapportera ainsi le champion, décédé en 1992, à Yves Vander Cruysen, auteur d'"Un siècle d'histoires en Brabant wallon". Et le sportif brainois, au terme d'un sprint acharné, et avec moins d'un mètre d'avance, décroche à 27 ans la première médaille d'or obtenue par un athlète belge. Sa femme Eliane, âgée de 82 ans et qui vit toujours à Braine-l'Alleud, dit avoir vécu là le plus beau moment de sa vie. "J'étais restée chez moi. Ma fille Claudine n'avait que 7 mois. J'écoutais la course à la radio. J'étais énervée, énervée, car je me demandais s'il allait gagner !" Gaston, de son côté, n'a jamais raconté à Eliane ses sensations durant "la" course. "Il ne parlait pas beaucoup ! Beaucoup de gens lui demandaient de parler de sa course. Donc à la maison, on ne parlait pas beaucoup d'athlétisme ! Il était secret et plutôt timide. Les honneurs et tout cela, il s'y est habitué petit à petit, mais au début, c'était difficile..."

Luc Boudin, responsable du service des sports de Braine-l'Alleud, qui a côtoyé Gaston Reiff à partir de 1986 se souvient lui aussi d'un homme discret. "C'était un homme d'une simplicité remarquable. Un homme gentil et humble, qui restait très très disponible. Je me souviens qu'il avait amené Zatopek (NdlR : les deux athlètes étaient devenus amis) , ici au stade de Braine. Certains en auraient fait une énorme pub. Lui non ! C'était un grand timide. Cela nous semblait incontournable que le stade porte son nom. Et il y a aussi une rue à son nom. Quand il a appris cela, il se serait bien caché !" Outre la discrétion de Gaston Reiff, c'est aussi la grande générosité du coureur aux trois records du monde que souligne son ami Désiré Eraerts.

Echevin des Sports

Actuellement entraîneur au club d'athlétisme de Braine-l'Alleud, il avait rencontré le champion vers 1946. "Je peux dire que je lui dois ma carrière. C'est lui qui m'a donné l'impulsion. J'avais alors 14 ans. Je faisais de l'athlétisme, et il y avait un "crochet" à Nivelles. Il est venu me voir après la course, et il m'a dit "t'es de la région ?". Et il m'a proposé de rejoindre son club l'Union Saint-Gilloise (dont Braine-l'Alleud était une sous-section ). Moi, j'étais un petit cadet, et lui, c'était un champion ! J'ai ouvert de grands yeux !" Désiré est ensuite devenu un ami proche de Gaston, mais l'a aussi côtoyé en compétition pendant une vingtaine d'années. "Il était toujours de très bon conseil. Même quand on participait aux mêmes compétitions, il n'y avait pas d'adversaires. Tout son savoir, il le transmettait aux jeunes. Il arrivait même qu'en course, il reste en retrait avec un jeune, pour l'encourager. Puis, il partait après. Il gagnait de toute façon !" Gaston Reiff, disent ses proches, avait voué sa vie au sport, et s'impliquait aussi pour Braine. Il n'hésitait pas ainsi à aller défendre des dossiers sportifs communaux auprès des pouvoirs subsidiants. Il fut d'ailleurs échevin des Sports de 1953 à 1958. "Il a bien aimé cela, se souvient Eliane . Parce qu'il s'occupait de sport et faisait les mariages ! C'est son cousin, qui lui avait demandé de se mettre sur les listes socialistes. Mais il n'était pas trop pour la politique. Et échevin, cela demandait beaucoup de temps. Il ne s'est pas remis sur les listes ensuite." Même après avoir quitté les pistes en 58, Gaston est resté dans le monde du sport. Il fut conseiller à l'Ineps puis à l'Adeps, et anima aussi les séquences sportives de l'émission télé "A vos marques".