Depuis la double évasion de la prison d'Arlon, la prison d'Ittre tourne en "service nuit". Autrement dit, les détenus ne sont pas sortis de leur cellule depuis vendredi soir. Ils reçoivent uniquement leurs repas et médicaments et voient leurs sorties au préau annulées. La décision des gardiens est donc lourde de conséquence. Nous avons recueilli le témoignage de Philippe Lievens, gardien de la prison et délégué CGSP.

Pourquoi avoir accentué aujourd'hui le mouvement de grogne ?

C'est en réaction à l'attitude de notre ministre de la Justice qui n'a pas beaucoup d'intérêt par rapport aux soucis de sécurité vécus par des gardiens de prison dont elle a la responsabilité. Elle n'a jusqu'à présent fait état que de maigres propositions à nos représentants syndicaux.

Mais où réside le vrai problème ?

Actuellement, c'est quasi impossible pour un détenu, vu le niveau de sécurité des prisons, de s'évader sans violence. L'évasion passera d'office par une prise d'otage. On estime donc de notre côté que le vrai problème, c'est que les détenus ne sont pas suffisamment punis lorsqu'ils s'évadent. Les peines requises dans ces cas-là ne sont pas du tout dissuasives.

Comment réagissez-vous à ces évasions en tant que gardiens ?

A Ittre, on a en 2008 eu une évasion du même type que celle qui s'est produite à Arlon et on a aussi eu en mars dernier l'évasion d'un détenu hospitalisé. Même si lors de cette dernière évasion, les gardiens n'ont pas été la cible d'une agression physique, ils ont subi un choc psychologique important parce qu'ils ont été menottés par les complices du détenu et menacés. Alors quand on entend dire qu'on est payé pour cela, on tient à rappeler que la dénomination exacte de notre fonction, c'est assistant de surveillance pénitentiaire. Auparavant, on nous appelait des matons, des surveillants parce que notre métier consistait à ouvrir des portes et à surveiller les détenus. Aujourd'hui, on arrive à un stade où l'on doit assurer la sécurité au sein des prisons sans en avoir les moyens."

L'état de délabrement des prisons favorise-t-il l'émanation de cette violence ?

On attribue toujours la violence à la surpopulation qui règne dans les prisons, mais il n'y pas réellement de lien de causalité. En témoigne la prison d'Ittre, inaugurée en mai 2002, qui n'est pas vétuste et ne présente qu'un faible taux momentané de surpopulation de l'ordre de 5 % le temps que les travaux de désamiantage de la prison de Jamioulx s'achèvent, mais qui n'échappe pas aux problèmes d'insécurité.