On l’a encore répété ce mardi à l’occasion de la Fête nationale, l’union fait la force. Cette devise, des centaines d’agriculteurs souhaitent la mettre en application dans un projet de sucrerie coopérative qui doit voir le jour à l’horizon 2023 dans le zoning de Feluy, à Seneffe, afin de faire face aux industries agroalimentaires qui dictent leurs prix.

Notamment la raffinerie tirlemontoise, leader du marché en Belgique, qui représente 80 % de la production de sucre dans le pays.

"Aujourd’hui, les bénéfices que retire la société servent les intérêts de Südzucker, en Allemagne, l’un des cinq leaders européens, explique Michel Tillieut, administrateur à la Coopérative des betteraviers transformateurs (CoBT). L’idée avec cette coopérative, c’est que les bénéfices servent à moderniser l’entreprise et à acheter des betteraves. Tous les gains qu’on fera nous aideront à faire face au mastodonte Tirlemont."

1 600 agriculteurs

S’il sera établi dans la région du Centre, le projet est soutenu par plus de 1 600 agriculteurs, et donc coopérateurs, à travers le pays. Parmi eux, plus de 300 sont issus du Brabant wallon, dont la terre est réputée pour être l’une des meilleures pour la culture de la betterave. Ils pourront ainsi porter leurs betteraves à quelques dizaines de kilomètres de chez eux et réduire leurs coûts de transport.

Un revenu équitable

Surtout, avec cette nouvelle infrastructure agricole dont le coût est estimé à 361 millions d’euros, les coopérateurs veulent créer une structure résistant davantage aux aléas économiques et qui leur permette un revenu équitable. Car aujourd’hui le prix de la tonne de betterave est fixé par le prix du sucre sur le marché mondial, un peu comme le pétrole, et donc fluctue d’une année à l’autre. "Tirlemont achète la tonne de betterave à 26 euros et le prix était descendu à 22 euros en 2017. Or il faudrait la vendre à 36 euros pour pouvoir en tirer un revenu décent, poursuit Michel Tilleut. On estime qu’un tiers des agriculteurs ne couvrent pas leurs frais de production. Dans la coopérative, on s’engage à leur verser un acompte en début de campagne et à ne jamais leur acheter en dessous de 26 euros la tonne de betterave."

En plus de fournir "un revenu équitable" aux 1 200 familles d’agriculteurs impliqués dans le projet, ce sont 100 emplois temps plein directs et plus de 300 emplois indirects qui devraient être créés.Sarkis Geerts