La carrière de Quenast risque de tomber à court de porphyre d’ici six ans.

L’extension de la carrière de Quenast est au centre des discussions depuis quelques mois à Rebecq. Sagrex, l’exploitant de la carrière et filiale du groupe mondial Heidelberg Cement, a introduit en mars dernier une demande de permis d’urbanisme pour déplacer la drève Léon Jacques de l’autre côté de la fosse d’extraction en vue d’étendre celle-ci. Ceci afin de pouvoir exploiter davantage de porphyre, la matière utilisée notamment dans le ballast et l’asphalte. La suppression de la drève, bordée par la carrière, avec ses 8 000 navetteurs par jour, implique donc la création d’une voirie de substitution.

Et c’est là tout le nœud du problème. Cette voirie, surnommée route de la Montagne pour son dénivelé de 6 % sur une portion de celle-ci, est contestée par les habitants de Quenast qui craignent des nuisances visuelles et sonores. Deux quartiers sont particulièrement concernés : la cité de la Vallée et la rue de la Gendarmerie, où la maison la plus proche de la route se situera à 28 mètres de celle-ci.

Inquiétudes

Les inquiétudes sont grandes : pour preuve, près de 200 réclamations étaient parvenues à l’administration communale dans le cadre de l’enquête publique, 400 personnes s’étaient rendues aux deux réunions d’information organisées par Sagrex et une pétition initiée par Le Pavé, le comité de quartier de Quenast, avait récolté plus de 800 signatures pour s’opposer au tracé proposé qui va "défigurer le village".

Mais Sagrex n’a pas trop le choix : la société doit s’étendre si elle veut pouvoir poursuivre ses affaires. Elle ne s’en est d’ailleurs jamais caché. Car le porphyre n’est pas éternel et l’on estime à six ans la durée de vie de la fosse actuelle au même rythme d’extraction, à savoir 1,8 million de tonnes de cailloux par an, soit 9 000 tonnes par jour.

Avec le terrain voisin, aujourd’hui traversé par la drève, le leader des granulats pourrait ainsi puiser la matière de la carrière pour les 90 années à venir. De quoi justifier les quelque 6 millions d’euros d’investissement pour la création de cette route.

Au prochain conseil communal de Rebecq, le 12 septembre, les conseillers statueront sur le décret voirie. Pour ce qui est du permis d’urbanisme, ce sera à la fonctionnaire-déléguée de trancher.

"Des Rebecquois attachés à leurs cailloux"

Du côté de Sagrex, qui emploie aujourd’hui 60 personnes et génère quelque 180 emplois indirects, on regrette l’image de multinationale qui réalise ses projets sans tenir compte des préoccupations des citoyens. C’est pourquoi la société aime à rappeler qu’elle a participé au développement économique de la région et que son histoire est intrinsèquement liée à celle de nombreux Rebecquois et Quenastois.

Longue histoire

La carrière a en effet un long passé dans la région puisque l’on retrouve des traces d’exploitation de porphyre déjà au XVIe siècle.

Au plus fort de son histoire, la société employait jusqu’à 4 000 personnes : "Dans d’autres régions, on a développé le charbon, ici c’est le porphyr e", explique Grégory Claustriaux, chef de centre. "On est fier de cet historique. On est imbriqué dans le tissu social local et on veut continuer à défendre cette activité. Les Rebecquois sont attachés à leur caillou, ça fait partie de l’histoire locale."

Polir l’image de l’entreprise

Et pour valoriser ce caillou, la carrière propose des visites guidées du sentier nature sur le site, en collaboration avec l’office du tourisme de la commune. Elles se déroulent chaque semaine et rencontrent leur petit succès. On y apprend par exemple qu’il n’y a pas que de la roche magmatique dans la fosse mais également une faune et une flore insoupçonnées, dont certaines espèces n’existent plus en dehors des domaines carriers. Une biodiversité que la société tente de protéger et de développer notamment avec le projet Life in Quarries, en partenariat avec Natagora. Elle participe par ailleurs au recensement annuel des chauves-souris, à la réintroduction du triton crêté ou encore à l’installation de plateformes flottantes pour le goéland cendré.