Une rencontre incontournable entre les fidèles de l’église et de la mosquée. Très LLN…

On ne le sait pas assez mais la personnalité de Marie est aussi importante pour les musulmans que pour les chrétiens. Elle peut donc être un maillon important dans un rapprochement et un vrai dialogue entre les uns et les autres. Ce qui est loin d’être inutile en ces temps secoués et agités sur fond d’un terrorisme qui n’a strictement rien à voir avec les messages fondamentaux des religions du Livre…

Pourquoi dès lors ne pas la fêter ensemble le jour de l’Annonciation ? L’idée partie du Liban il y a dix ans - plus qu’un symbole ! - prend bien racine chez nous aussi. Après une belle rencontre l’an dernier à l’église du Collège St-Michel à Etterbeek, une deuxième édition d’"Ensemble avec Marie" a eu lieu samedi matin à l’Aula Magna de Louvain-la-Neuve en présence de plus de 500 personnes des deux courants spirituels.

Dialogue de terrain, de l’église à la mosquée

Le choix de la ville universitaire n’était évidemment pas fruit du hasard : il y a exactement un an, le 25 mars, soit trois jours après les attentats de Bruxelles, l’initiateur de la mosquée de Louvain-la-Neuve, Mourad Bellal et le curé de la paroisse, le P.Dominique Janthial priaient ensemble et envoyaient un signal très clair et aussi très fort à tous les extrémistes. Ajoutons à cela la venue sur le site universitaire du roi de Jordanie, lui aussi zélateur d’un rapprochement interreligieux. Cela avait débouché sur une réunion très interpellante en présence des couples royaux belge et jordanien.

C’est à cette conjonction de rencontres décisives qu’avaient pensé les responsables d’Efesia, à la base d’"Ensemble autour de Marie" qui est aussi bien implantée désormais en Belgique pour organiser une nouvelle rencontre telle qu’il s’en produit également de plus en plus dans les pays francophones lors de grandes dates mariales…

L’Aula Magna, plurielle et pluraliste

Les organisateurs ont en outre eu la très judicieuse idée d’organiser la rencontre dans les locaux de l’Aula Magna qui reflète à la fois la dimension plurielle et pluraliste de la ville nouvelle et bien entendu de l’Université catholique de Louvain avec sa dimension d’ouverture universelle.

Dans ce haut-lieu qui accueille aussi régulièrement des temps forts culturels et scientifiques, chrétiens et musulmans se sont écoutés avec attention et respect mais ont également chanté ensemble la gloire de Marie.

Au Fatiha de l’Islam a répondu comme en écho le chant du Notre Père.

Puis on a entendu comment les musulmans perçoivent l’événement de l’Annonciation à travers les propos de l’imam de Court-Saint-Etienne, Abd El Wahhab et l’analyse de son collègue bruxellois Abu Yussef alors que le P. Dominique Janthial livrait celle des chrétiens à partir de l’Evangile de Luc. Un regard d’autant plus intéressant que l’on sait que le curé de Louvain-la-Neuve connaît particulièrement bien les réalités de terrain au Proche et au Moyen-Orient, étant apprécié aussi au sein des communautés musulmanes et juives.

Une relève éminemment pacifique

Mais il y eut bien d’autres moments d’émotions comme lors de la prise de parole de deux représentants de la génération montante qui entendaient de la sorte jeter des jalons pour un avenir commun dans le respect et le dialogue mutuel.

Aïcha, la présidente de l’association Génération Espoir et Antoine, un étudiant de l’UCL ont, à l’évidence montré l’importance de ce genre de rencontres. Enfin, cette rencontre ne pouvait se terminer que par une référence directe à la paix. Et qui mieux que des colombes pourraient la symboliser. C’est donc par un lâcher de colombes qu’a pris fin cette belle matinée recueillie et très réconfortante…



Mgr Hudsyn : "Un pas modeste mais déterminé"

L’évêque du Brabant wallon a balisé la rencontre autour de Marie. Entretien Christian Laporte

Parmi les participants à la rencontre islamo-chrétienne, il y avait de nombreuses têtes connues de personnes engagées dans les mouvements comme dans les paroisses tant de Bruxelles que du Brabant wallon. Des représentants aussi de l’entourage du Palais royal, tant de l’actuelle que de la précédente équipe ainsi que des acteurs directs du vivre ensemble comme l’ancienne échevine bruxelloise Chantal Noël (CDH) dont on ne soulignera jamais assez la détermination à encourager le dialogue interconvictionnel.

"Ce fut une très belle rencontre ponctuée par plusieurs temps forts", explique-t-elle. "En même temps, il faut avoir à l’esprit que Marie, c’est celle qui a dit oui et qui avaitaussi accepté de s’engager"…

Un autre participant non moins intéressé était l’évêque du Brabant wallon, Mgr Jean-Luc Hudsyn qu’on avait déjà croisé il y a quelques mois dans la ville universitaire lors de l’inauguration du lieu de culte musulman.

Une disponibilité totale

"Marie", explique le responsable du Vicariat, "est pour nos traditions celle qui représente ce qu’est une vraie croyante : attentive à Dieu, à l’écouter et manifestant toute sa disponibilité à faire sa volonté". Mais Mgr Hudsyn a évidemment aussi commenté l’événement à l’aune de l’actualité : "nous avons réagi à rebours d’une actualité difficile où la violence n’est jamais loin. Nous avons écouté la parole de l’autre avec respect; nous avons laissé résonner en nous le chant de l’autre et sa prière. Et puis, comme Marie, nous nous sommes faits accueillants… Accueillants à ce qui peut nous rassembler, musulmans et chrétiens mais aussi amis de tous horizons." Pour l’évêque du Brabant wallon, "c’est terriblement essentiel de tenter cela ! C’est vraiment très important pour inventer un vivre ensemble apaisé, pour lutter contre ce qui divise et qui voudrait empêcher la fraternité et aussi empêcher d’oser croire que l’autre peut être une chance et aussi une grâce."

Encore un long voyage…

Jean-Luc Hudsyn n’en reste pas moins réaliste : "Ce moment partagé ne suffit sans doute pas mais il entretient la braise de l’espoir et du courage pour poursuivre un dialogue ouvert et également pour continuer à tisser des liens ensemble, des espaces de fraternité et d’amitié. Et aussi d’entreprendre des actions sur tout ce qui peut nous rassembler : le souci des hommes, le souci de la création et finalement le souci de Dieu lui-même." Et de conclure que "ce sera encore un long voyage à faire ensemble. Où les obstacles ne manqueront pas. Mais le plus long des voyages commence toujours par un premier pas modeste mais déterminé. Aussi la rencontre à l’Aula Magna de ce samedi est tout à l’honneur de l’homme mais plus encore à l’honneur de Dieu"…