Le titre du livre en deux volets bien spécifiques annonce l’objectif de son auteur : "Schieven architect" renvoie au cri de guerre très drôle et très engagé des Marolliens lorsqu’ils ont découvert le palais de justice de Joseph Poelaert… Par ailleurs, "Essai sur les langues endogènes à Bruxelles", ça fait très sérieux… Jean-Jacques De Gheyndt, son auteur, a combiné l’approche humoristique et scientifique pour montrer qu’elles se complètent. Et voici donc "une défense et illustration du dialecte bruxellois sous toutes ses formes".

Pas de monopole des langues officielles

Il faut dire que cela énervait l’homme de science rigoureux qu’est De Gheyndt d’entendre dire tout le temps que les dialectes, évidemment vulgaires tout en étant populaires ne pouvaient forcément pas "traduire un esprit élevé et exprimer science, poésie ou philosophie en comparaison des langues officielles".

C’est que contrairement à cette assertion, lui le pense et le montre par son étude qui semble s’adresser a priori à un public de philologues et de linguistes mais qui mérite plus qu’un coup d’œil fugace de ceux qui aiment vraiment la ville-région de Bruxelles… Jean-Jacques De Gheyndt a aussi voulu combler une lacune : ces dernières décennies, il y a eu diverses vulgarisations scientifiques sur les dialectes bruxellois mais sans la complémentarité souhaitée entre le côté sérieux et plus souriant, entre la science et la zwanze, quoi…

La qualité de l’ouvrage de Jean-Jacques De Gheyndt est qu’il retrace l’histoire linguistique de Bruxelles et qu’il replace aussi dans leur contexte les principales œuvres connues du grand public tout en lui en faisant découvrir bien d’autres. Au passage, l’auteur nous initie à quelques règles essentielles de grammaire.

En prime, il livre sa vision sur la présence du dialecte bruxellois chez Hergé tout en montrant aussi d’étonnantes concordances entre les parlers bruxellois et le platt lorrain et l’alsacien…

Un livre pour les 7 à 77 ans comme ceux du "journaliste de la rue du Labrador" ? "Oui car les anciens se souviendront de leur enfance et les autres peuvent y apprendre pas mal de choses", nous souffle encore l’auteur…


Pour la science et pour la zwanze, cultiver ses racines…

Jean-Jacques De Gheyndt est docteur en sciences de l’ULB, formé et fidèle à l’esprit du libre examen qui l’a amené à vivre une fois pour toutes sans œillères et à cultiver sereinement ses valeurs. L’une d’elles est de toute évidence une très grande fidélité à ses racines. C’est ce qui a amené aussi ce Bruxellois "pur jus" issus de parents d’origine flamande qui se sont installés dans la capitale pour permettre à leurs enfants de trouver la meilleure voie possible, à se sentir comme un poisson dans l’eau de la Senne dans "la convivialité humaine qui anime la faculté d’autodérision bruxelloise". Et d’ajouter que "c’est une attitude plus nécessaire que jamais à notre équilibre mental depuis les attentats du 22 mars"… Suite à un problème de santé, Jean-Jacques De Gheyndt reçut sans nul doute le meilleur conseil du monde d’un médecin qui lui suggéra de se tourner vers ce qui l’intéressait le plus dans son existence. Cela l’amena à avouer sa passion pour les langues et dialectes bruxellois qu’il développa encore…

"Scientia et zwanzia vincere tes ambrass"

Jean-Jacques De Gheyndt est aujourd’hui un conférencier reconnu. Au moins deux samedis par mois, on vient déguster ses savoureuses connaissances à la "Fleur en Papier doré", haut lieu culturel du surréalisme bruxellois. Récemment il a transposé en brussels vloms la BD : "Poje en Mamzelleke Beulemans". Enfin, il a créé le site www.science-zwanze.be où l’humour domine aussi sans dieu ni maître. En atteste un charmant montage où Donald Trump se fait arroser par Manneken-Pis…


Deux dialectes avec leurs variantes

Le "bruxellois" - ou le "brusseleir" ? Il s’agit à tout le moins de deux dialectes, pour Jean-Jacques De Gheyndt. Côté francophone, il y a le beulemans, par référence à la pièce de Fernand Wicheler et Franz Fonson (mais qui a évidemment été très largement répondu aussi par d’autres) alors que du côté néerlandophone, c’est le brussels vloms. Viennent se greffer là-dessus le marollien wallon (popularisé par les œuvres de Roger Kervyn de Marcke ten Driessche) et le bargoensch qui était "l’argot du milieu interlope et des marchands ambulants".

Bruxelles ne serait plus belge si cela ne s’était pas traduit aussi par la création d’une Académie pour la défense et l’illustration du parler bruxellois par le regretté Simon-Pierre Nothomb et d’une Academie van het Brussels. A première vue, on est tenté d’y voir une dimension communautaro-linguistique - qui existe, c’est vrai - mais cela n’a pas empêché certains amoureux de Bruxelles de se retrouver adoubés de part et d’autre.


Renseignements : www.bernardiennes.be ou www.science-zwanze.be