Formation en stylisme, permanences en cas de violences conjugales, accompagnement à la création de micro-entreprises, etc. Ce sont quelques-uns des services que le Collectif des femmes, basé rue des Sports à Louvain-la-Neuve, offre aux femmes depuis 30 ans (cet anniversaire a été fêté par un colloque en présence de la princesse Mathilde, mardi). Le collectif, qui a pour objectif de "faire de la femme un acteur", est reconnu comme centre d’éducation permanente et organisme d’insertion professionnelle pour les femmes en Belgique et dans le Sud. Il fut lancé sous l’impulsion de Christiane De Wan, actuelle responsable du collectif, active au service d’aide de l’UCL. Cette "femme de l’ombre, qui n’aime pas les honneurs" est en lice pour le titre de femme de l’année. "Ce prix ne serait pas pour moi mais pour mon équipe".

Quelle est l'origine du collectif ?

C’est parti de constats et de besoins individuels. Je travaillais à LLN, au centre Placet, qui s’adressait aux étudiants étrangers. Mais j’ai réalisé que l’université ne s’occupait pas des femmes des étudiants, des enfants... Beaucoup de femmes restaient ici quand les maris avaient fini leurs études. Il y avait aussi beaucoup de femmes immigrées. Les constats, c’étaient la solitude, la difficulté d’intégration des femmes, les traumatismes liés à la guerre ou à l’éclatement de la famille, le déracinement culturel, la nécessité d’une insertion socioprofessionnelle, de valoriser le séjour des femmes migrantes, le besoin d’accompagner les femmes dans leur réinsertion dans le Sud... J’ai alors réuni des gens que je connaissais. Face aux besoins individualisés, il fallait une réponse collective. Le collectif a été crée à la demande des femmes. Tout ce qui a été créé ici l’a été à leur demande.

A présent, vous ne vous limitez plus aux femmes d'étudiants ?

Non. Le public, c’est notamment les familles migrantes, les femmes réfugiées, séropositives... Elles viennent de tout le Brabant wallon, parfois au-delà. Vingt pour cent des femmes sont aussi "belges de souche". Il y a des femmes belges dans tous nos ateliers. Le collectif, c’est une cohabitation harmonieuse entre des origines différentes, des diplômes différents, des ethnies différentes... La diversité culturelle, c’est la richesse du collectif. Notre originalité, c’est aussi que dans notre équipe, sur 26 femmes, 90 pc sont issues de l’immigration. Elles ont vécu le même parcours que les primo-arrivantes. Ces personnes sont formées au multiculturel. On donne un accompagnement spécifique pour les personnes d’origine étrangère où on tient compte de leur culture...

Quel est votre ancrage local?

Nous sommes décentralisés dans les quartiers. Nous avons des locaux au Bauloy, à Lauzelle... Dans les logements sociaux au Bauloy, à Lauzelle, il y a des étudiants étrangers qui n’ont pas pu rentrer chez eux. Il y a aussi beaucoup d’étudiants qui repartent et dont la femme reste ici. Elles sont très isolées. Par ailleurs, dans ce domaine, on ne peut pas non plus ne pas travailler en réseau. On travaille au niveau communal avec le conseil consultatif de l’intégration, avec l’association des habitants, les hôpitaux, la plate-forme provinciale. On complète bien aussi le travail du CPAS, par exemple.

Vous luttez pour les droits de la femme. Chez vous, cela passe entre autres par la formation ...

Oui. C’est en effet une façon de faire avancer la condition de la femme. On propose de l’alphabétisation, des cours de français, de l’éducation citoyenne, une filière informatique-langues... On veut valoriser le capital, le potentiel des femmes...

Vos souhaits pour l'avenir?

Avoir une stabilité financière (NdlR : au niveau des subsides) On va introduire une demande pour être ONG. Ce serait une reconnaissance de notre travail, et cela permettrait d’avoir un financement plus structurel. Notre souhait serait aussi de renforcer aussi les partenariats avec les associations qui,dans le Sud, font un travail similaire au nôtre. On aimerait les soutenir, et elles n’ont pas toujours besoin de sommes faramineuses