Yasmina Milich a dénoncé un contrôle surréaliste survenu à Waterloo, où un policier lui a demandé de faire son repassage. Une enquête est ouverte au sein de la zone qui prend l'affaire au sérieux

La police de Waterloo vient d'ouvrir une enquête interne à l'encontre d'un de ses membres pour propos sexistes envers une jeune femme, Yasmina Milich, qui nous livre sa réaction ci-dessous. Mais revenons d'abord sur les faits. En rentrant chez elle ce jeudi soir, cette citoyenne de Waterloo, très active sur les réseaux sociaux, publie un post sur Facebook dans lequel elle dénonce un contrôle survenu plus tôt dans la matinée. En voici quelques extraits :

"Quand contrôle de police rime avec sexisme.

Ce matin, je pars au boulot comme souvent d’ailleurs le matin. J’habite à Waterloo et je dois me rendre à La Hulpe. (...) C’est là que je me retrouve dans une file de voiture à l’arrêt, et pour cause, la police est là et fait souffler chaque conducteur dans le ballon. Vient mon tour, j’essaie de souffler dans ce bazar, c’est l’appareil où il faut souffler à une certaine distance, et je n’y arrive pas… Un policier et sa collègue me demandent alors de me ranger sur le côté (...) Là je tombe sur un autre policier qui me demande pourquoi je suis là, j’explique, et il me dit : 'comment ça vous n’arrivez pas à souffler? Mais ce sont les vieilles dames de 80 ans qui n’y arrivent pas !'. Un peu surprise par sa réponse, j'attends la suite. Il me dit: 'je vais d’abord contrôler votre permis de conduire et les documents du véhicule' . Je lui donne mon permis de conduire, puis je sors de la voiture parce que mes documents sont dans mon coffre. Et là, le policier me dit: 'ah, vous les femmes, vous êtes quand même des petits êtres hormonals (sic)' … Interloquée, je lui réponds 'heu Monsieur, vu le contexte actuel, je ne pense pas que vos propos seraient appréciés par grand monde'. Et lui continue: ' Ah mais Madame, on ne peut pas aller contre la nature, c’est comme ça' … Très vite, j’ai envie de lui répondre de manière plus sèche, mais j’ai évidemment peur que le policier s’énerve et que je me prenne un PV pour outrage à agent. Je suis en même temps tellement estomaquée par les propos que j’en oublie de regarder son insigne et de noter dans ma tête son nom. Bon, en plus, là ils sont 3 devant moi, 3 cow-boys à rigoler et le premier policier me dit encore: ' vous n’êtes pas bien là avec 3 grands hommes pour vous toute seule ? '. Je suis de plus en plus mal à l’aise mais je ne dis toujours rien (oui je sais c’est nul mais je n’y arrive pas et je me sens toute seule devant eux et en plus j’ai un peu peur). Je donne les papiers du véhicule (...). Je range mes documents et à ce moment-là, le même agent me dit : "oh vous rangez bien vos papiers, je suis sûre que vous faites très bien le repassage aussi… je peux vous donner une de mes mannes de repassage ? '. Je suis de plus en plus mal à l’aise, je ne dis rien (moi qui ai tendance à répondre du tac-au-tac dans les discussions, là je suis tellement sciée par les propos du policier que rien ne sort)… Le policier enchaîne : ' ah vous ne vous en sortiriez jamais avec un type comme moi '. L’air de dire : si on était ensemble, et là je trouve juste la force de dire: ' non mais ça va de ce côté-là j’ai ce qu’il me faut' . Je remonte dans ma voiture et je repars, dans un état de sidération et de dégoût total (...)



"J'ai été entendue ce vendredi par la police de Waterloo qui ouvre une enquête"

Ce post, publié jeudi soir, a été partagé des centaines de fois. De quoi faire réagir directement la bourgmestre de Waterloo, Florence Reuter, qui a tout de suite pris contact avec Yasmina Millich. "Elle a immédiatement pris les choses au sérieux et j'ai été invitée à me rendre ce vendredi matin dans un commissariat de Waterloo afin d'y déposer plainte. Je suis soulagée, tant de la réaction de la bourgmestre que de celle des policiers qui m'ont accueilli ce vendredi matin avec professionnalisme et qui font preuve d'impartialité. Ils m'ont entendu de manière bienveillante et m'ont donné toutes les informations sur les suites et sur les démarches à entreprendre de mon côté. Ils prennent cela au sérieux. Ils m'ont bien répété qu'un policier n'avait pas à agir de la sorte dans l'exercice de ses fonctions, ni en dehors d'ailleurs. Je tiens à préciser que je n'ai jamais eu de problème avec la police de Waterloo, avec qui cela s'est toujours bien passé en dehors de cette intervention que je me devais de dénoncer", ajoute Yasmina Millich.

"Des réactions très violentes"

"Je voulais attirer l'attention sur ce fait de société qu'est le sexisme et qu'on banalise encore trop souvent, hélas", poursuit la jeune femme qui nous confie avoir été victime, ces dernières 24 heures, d'attaques particulièrement violentes, de personnes qui l'accusent d'être une affabulatrice. "Y compris des femmes qui disent que j'exagère et que c'était de l'humour !"

Précisons que Yasmina Millich n'a jamais donné le nom du policier en question dans sa publication ou dans les commentaires qui ont suivi. Son but était de dénoncer une situation qui, n'est hélas, pas si rare dans les rangs de la police. Du sexisme qu'un grand nombre de policiers n'hésitent d'ailleurs pas à dénoncer non plus.

"Une enquête administrative est ouverte"

"Une enquête administrative est ouverte", confirme de son côté Michel Vandewalle, chef de corps de la police de Waterloo. "Toute plainte ou doléance à la police de Waterloo est prise avec le plus grand sérieux et sera traitée comme il se doit. Comme toujours, on sera très attentif au traitement de ce dossier. L’autorité administrative a été également avisée. Contact avait été pris avec la dame".

Pour le reste, le chef de corps insiste sur le devoir de réserve : "Je suis autorité disciplinaire et je ne peux pas faire de commentaire par rapport à une enquête. Au niveau des comportements policiers, on a un code de déontologie et même une charte de fonctionnement.”