Bruxelles

Le gouvernement bruxellois s’est engagé à réduire la pression automobile de 20 % sur son territoire à l’horizon 2018. Un objectif qui ne sera pas rempli sans mesures fortes visant à décourager l’usage de la voiture dans les 19 communes de la capitale. L’une de ces mesures fortes porte sur une contribution financière de la part des automobilistes, celle-ci étant destinée à être réinvestie directement dans les alternatives à la voiture, principalement dans les transports publics. C’est dans ce cadre que la Région de Bruxelles-Capitale (la RBC) a commandé une série d’études. La "Libre" a pu consulter celle qu’a réalisée le bureau Stratec pour le compte de l’administration. Elle confirme que le péage urbain se profile comme le moyen le plus efficace à moyen terme pour réduire le trafic routier dans les délais fixés. Elle met par contre à mal les montants déjà communiqués par le gouvernement régional. Résumons.

Au-delà du péage destiné aux poids lourds, Stratec s’est penché sur trois scénarios de tarifications visant les véhicules légers. Soit la voiture de Monsieur Tout-le-monde. La formule dite du "cordon" où l’on paye au franchissement d’une sorte de barrière est laissée de côté car elle risque d’induire une augmentation de l’usage de la voiture à l’intérieur de ses limites.

Juste mais recalée

La formule de la tarification au kilomètre est elle aussi recalée, même si elle paraît la plus juste puisque la contribution financière de l’usager varie en fonction des kilomètres parcourus. Malheureusement "il semble que la faisabilité technique de ce système ne soit pas envisageable avant 2018" , conclut l’étude. Reste le péage dit de "zone" où tout le monde paye à l’intérieur d’un périmètre donné, quelles que soient les distances parcourues. Il fonctionnerait via des caméras couplées à un système de reconnaissance de plaques d’immatriculation qui repérerait les voitures dès qu’elles entreraient en mouvement. Celui-ci est conseillé "sur le territoire de la Région de Bruxelles-Capitale" et non à l’échelle de la zone RER, précise Stratec.

Pour ce système, plusieurs formules tarifaires ont été étudiées. "Le péage de zone à 12 euros par jour permet d’atteindre un résultat proche de l’optimum pour la collectivité (moins 13 % de trafic en RBC) et de l’objectif de la RBC (moins 20 % de trafic)" , conclut Stratec. Ce tarif donnerait lieu à une baisse de 16 % du nombre de navetteurs se déplaçant en voiture et une baisse de 4 % d’automobilistes bruxellois. Ceci durant l’heure de pointe située entre 6 et 10 heures du matin. Ces évolutions résultent du double phénomène : une diminution du nombre de conducteurs et une augmentation du covoiturage. "Presque la totalité des personnes qui se déplaçaient auparavant en voiture se reporte sur les transports en commun, surtout pour les navettes entrantes et sortantes" , dit toutefois le bureau d’études. Stratec table sur une hausse de 8 % du nombre de voyageurs sur un kilomètre en transport public. Ce qui représente 656 000 voyageurs dont 82 % se retrouveraient sur le réseau SNCB "à raison de 27 % sur le RER et 54 % sur les autres liaisons" ; 17 % de ce surplus se reporterait sur le réseau de la Stib et 1 % sur celui de De Lijn. Pour le bureau d’études, ces résultats seraient moindres si la zone de péage était élargie à la zone couvrant la desserte du futur RER.

A 18 euros aussi

Le hic, c’est que l’été dernier, insistant sur les recettes nettes attendues du péage urbain, Bruno De Lille (Groen), secrétaire d’Etat bruxellois à la Mobilité, a surtout misé sur un tarif beaucoup moins douloureux : 3 euros par jour. Celui-ci permettant de réduire de 11 % le trafic automobile à Bruxelles. Un chiffre avancé par Bruno De Lille et apparemment basé sur l’évolution du nombre de kilomètres parcourus en voiture. Or, Stratec préfère une autre comptabilité et se montre beaucoup moins optimiste en avançant une baisse de 2 % du nombre de conducteurs-navetteurs et une baisse de 3 à 4 % des conducteurs bruxellois. Un tel tarif de 3 euros rapporterait quelque 450 millions d’euros au gouvernement bruxellois (coûts déduits) sur base annuelle pour plus d’1 milliard avec un péage à 12 euros. Stratec a également réalisé le même travail d’analyse pour un péage à 6 euros et à 18 euros par jour.

En conséquence, les effets du péage sur les émissions d’agents polluants sont eux aussi plus significatifs avec un tarif à 12 euros. On notera également que la base "fiscale" du péage ici envisagé comprend et les navetteurs et les habitants de Bruxelles pour qui il n’est pas fait état de tarifs préférentiels. Autre élément à relever, si les embouteillages minent assez naturellement l’attractivité d’une ville comme Bruxelles et sont constitutifs de surcoûts et de problèmes organisationnels pour les entreprises, Stratec conclut qu’il est difficile d’évaluer l’impact économique du péage urbain. Trop de paramètres socio-économiques étant en jeu. Ce n’est par contre pas le cas pour les commerces se trouvant en bordure de zone qui seraient beaucoup plus facilement touchés.

Voici les regards se tournant vers le mégaprojet commercial Neo en cours d’élaboration sur le plateau du Heysel. Celui-ci comptera sur les chalands flamands et wallons alors qu’il est d’ores et déjà en concurrence avec d’autres projets similaires entamés en périphérie bruxelloise. De quoi rajouter au débat "Mobilité" que ne manquera pas d’alimenter la campagne électorale qui vient de démarrer.