"Bruxelles, le parent pauvre"

Bruxelles, capitale de la Belgique et de l'Europe, a un rayonnement international.Le politologue Pascal Delwit note le peu de cas qu'en font les négociateurs.Il faut, selon lui, trouver une perspective de travail de Bruxelles avec le Brabant.

stéphanie bocart

entretien

Les négociations de l'orange bleue s'éternisent et la Région bruxelloise demeure immanquablement "le parent pauvre" dans la joute permanente à laquelle se livrent les négociateurs. Pascal Delwit, doyen de la faculté des Sciences politiques, sociales, économiques, Solvay Business School, s'étonne "de combien la dimension européenne et internationale de Bruxelles est peu présente dans le débat".

A un an et demi de la fin de la législature régionale (2004-2009), le ministre-président bruxellois Charles Picqué (PS) a présenté un ambitieux Plan de développement international (PDI). Ce plan ne vient-il pas un peu tard ?

Il y a diverses manières d'envisager le PDI. Premièrement, dans le cadre stricto sensu d'une législature régionale de cinq ans. Présenter le PDI à trois ans et demi de celle-ci, c'est effectivement tard. La mise en oeuvre du PDI n'interviendra que très faiblement dans le cadre de cette législature-ci. Deuxièmement, on peut voir le PDI en perspective de manière absolue et de manière relative. Ce plan peut dépasser la législature. De manière absolue, c'est Bruxelles comme Région, ville, capitale européenne et même internationale, dont on n'a pas suffisamment mis en valeur cette dimension au niveau régional ou sur le plan local. En termes relatifs, c'est bien sûr dans le cadre du débat belgo-belge et de l'évolution du cadre institutionnel de la Belgique. De ce point de vue, la situation de Bruxelles n'est pas simple. Il y a d'une part un sentiment d'identité bruxelloise qui monte, et d'autre part une approche amour-haine de la Flandre et de la Région wallonne. Les autorités bruxelloises ont donc la volonté de s'affirmer comme institution et de valoriser sa principale carte qui est sa dimension internationale, aussi dans une hypothétique perspective d'implosion de la Belgique, qui reste très peu probable, mais ne doit plus être exclue aujourd'hui, manifestement.

On le voit, les autorités bruxelloises mettent de plus en plus en avant les atouts de la Région de Bruxelles-Capitale. Mais les négociateurs de l'orange bleue semblent peu s'en soucier.

Du côté néerlandophone, on est dans une logique purement d'échange institutionnel et certainement pas dans une logique intellectuellement juste qui est que Bruxelles - entendu dans son sens large, soit la province du Brabant - est le poumon économique de la Belgique. Bruxelles peut donc intervenir dans une perspective d'échange : éventuellement l'élargissement, mais cela me paraît peu vraisemblable; possiblement dans des arbitrages sur des dossiers complexes (vols de nuit des avions); et plus positivement dans une modification de la Loi de financement. Néanmoins, cela ne m'apparaît pas comme LA priorité. Bruxelles est le parent pauvre de la négociation, c'est évident.

L'élargissement de la Région bruxelloise est-elle une revendication réaliste ?

D'un point de vue intellectuel, elle est tout ce qu'il y a de plus réaliste. Toutefois, dans la Belgique réelle, il faut trouver une solution qui permette de considérer que, certes la Région bruxelloise est confinée à ses 19 communes, mais qu'il est possible de travailler de façon plus large avec le Brabant wallon et le Brabant flamand en terme de fiscalité, mobilité, développement universitaire, etc.

Si la Belgique venait à éclater, quel serait le sort réservé à Bruxelles ?

Si la Belgique implose, on sera soit dans une logique de la Belgique ramenée à la Wallonie et Bruxelles, soit dans une logique de ville-Etat européen. Il est très difficile d'être spéculatif. La problématique-clé pour Bruxelles est de maintenir son statut de capitale européenne et internationale. Soyons clairs, si Bruxelles n'est plus la capitale de l'Europe, elle devient une petite ville de province. Elle perdra les institutions européennes et tout ce qui tourne autour comme les sièges des entreprises. En outre, 30 à 35 pc des Bruxellois ne sont pas belges, entre autres de part son statut de capitale européenne. Cela reste étonnant combien cette dimension est peu présente dans le débat des négociations. Mais, si la vraie question des négociations est de savoir s'il faut retirer la plaque en français des bus lorsqu'ils quittent la région bruxelloise pour la mettre en néerlandais, on est loin du compte... Il faut vraiment être très riche que pour discuter de la langue des plaques de bus sur une commune alors que le statut de capitale européenne et internationale de Bruxelles est quand même une question sans commune mesure plus importante.

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