Bruxelles dans tous ses états, phase 2

Ville ou Région à part entière ? Métropole internationale et multiculturelle ou grosse bourgade "provinciale" ? A l’heure de fêter ses vingt ans d’existence la Région de Bruxelles-Capitale est en pleine phase de réflexion.

R.M.

Ville ou Région à part entière ? Métropole internationale et multiculturelle ou grosse bourgade "provinciale" ? A l’heure de fêter ses vingt ans d’existence la Région de Bruxelles-Capitale est en pleine phase de réflexion. Un questionnement qui est devenu plus concret depuis novembre 2008 et l’établissement des "Etats Généraux de Bruxelles". Une démarche - d’autant plus intéressante qu’elle provient de la société civile - qui vise à "scanner" la Région dans ses moindres détails.

Seize "grands défis pour Bruxelles" (mobilité, développement durable, ) ont ainsi été sélectionnés et seront débattus pendant six mois par plus de 100 scientifiques et près d’un millier d’associations, de fédérations et de groupements divers. Le but étant de présenter au monde politique les lignes de force émergeant de ces débats, et ce pour le 25 avril (soit à quelques semaines des élections régionales ). Dès ce lundi, les deux premiers thèmes (mobilité et sécurité) sont ainsi consultables sur le site de Brussels Studies (1). "Après le travail de recherche scientifique, nous entrons de plain-pied dans la phase 2 du processus, explique M. Hubert, directeur de Brussels Studies. L’objectif est désormais qu’un maximum de Bruxellois prennent connaissance de ces réflexions et viennent participer au débat le lundi suivant (2)".

"Sans tabou institutionnel"

Divisée en trois parties, (constat, questions - problèmes et pistes politiques), chaque recherche se veut la plus exhaustive possible. "Nous avons tenu à demander à plusieurs universités de participer (FUSL, VUB et ULB) afin d’avoir une vision large et objective des thématiques, poursuit M. Hubert. C’est avant tout une démarche scientifique qui refuse tout tabou institutionnel. De plus, nous demandons à "nos" chercheurs d’être le plus créatif possible quant aux solutions à apporter". Place donc aux deux premiers défis bruxellois publiés : la mobilité et la sécurité

Au niveau de la mobilité, Michel Hubert (FUSL), Frédéric Dobruszkes (ULB) et Cathy Macharis ont constaté que L’Expo58 et "son tout à la voiture" avait laissé des traces indélébiles dans les artères de la capitale. Les trois chercheurs sont unanimes : la présence de l’automobile est excessive à Bruxelles, et plus grave, la croissance du trafic routier, contrairement à de nombreuses autres villes européennes, n’a pas été stoppée.

Par conséquent, "la vitesse commerciale et la régularité du réseau de transport en commun de surface régressent malgré la réalisation de nombreux sites propres". Au niveau du transport de marchandises, les chiffres parlent aussi d’eux-mêmes : 80 pc de l’approvisionnement de Bruxelles se fait par la route. Bref, la capitale serait proche de l’asphyxie.

Pour contrer ce phénomène, les chercheurs envisagent une dizaine de pistes politiques, dont par exemple, l’établissement d’un observatoire de la mobilité ou encore la revue à la baisse de la politique tarifaire de la Stib.

Quand on évoque la sécurité, là aussi, les chercheurs de la VUB (Els Enhus) de l’ULB (Sybille Smeets) et des FUSL (Christophe Mincke) relèvent "l’absence d’instrument fiable et pertinent permettant d’avoir à la fois une vision générale de Bruxelles et un aperçu fin de la localisation des problèmes de sécurité".

Autre difficulté évoquée : celle d’envisager les politiques de sécurité dans un cadre plus global. "L’identification fantasmatique de Bruxelles à une ville dangereuse amène certains à concevoir pour la ville un projet sécuritaire basé sur un territoire quadrillé, sous contrôle permanent et investi préférentiellement par les forces de l’ordre", commentent-ils.

Dérive sécuritaire

En ce sens, la multiplication des caméras est, pour eux, une évolution récente des plus inquiétantes qui "favorise la conception de la sécurité comme découlant, non de la cohabitation pacifique et harmonieuse de populations diverses, mais de la mise sous surveillance".

Ils pointent enfin le recrutement policier qui, selon eux, se fait majoritairement hors de Bruxelles. "Les recrues sont affectées en début de carrière, pour une durée très courte (généralement deux ans) dans cette ville qu’ils ne connaissent pas, dont ils évaluent mal les problèmes et qu’ils n’aiment pas nécessairement. Les services de police manquent donc d’un personnel connaissant bien le terrain et s’y investissant à long terme".

Les chercheurs plaident donc pour le développement d’un véritable projet de ville axé sur la notion de bien-être qui permettrait de dépasser la politiques de sécurité au profit de celle de la ville.

Les deux prochaines études seront publiées le lundi 12 janvier.


(1) Web www.brusselsstudies.be (2) Web www.etatsgenerauxdebruxelles.be. La Conférence-débat aura lieu le 12 janvier à 19h45 à l’IHECS (rue de l’Etuve 58-60, 1000 Bruxelles).