Le logement, ce défi majeur de Bruxelles

S’il existe un challenge que Bruxelles doit relever prioritairement dans les prochaines années, c’est bien celui de l’accès au logement.

Le logement, ce défi majeur de Bruxelles
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R.M.

S’il existe un challenge que Bruxelles doit relever prioritairement dans les prochaines années, c’est bien celui de l’accès au logement. La récente étude de Brussels Studies (1), publiée ce lundi dans le cadre des états généraux de Bruxelles, le démontre à suffisance : comparée au reste du pays et à d’autres villes européennes, la capitale belge connaît une situation bien particulière en la matière.

Le premier constat tiré par les trois chercheurs (Nicolas Bernard de la FUSL, Pol Zimmer du service d’études de la Société du logement de la Région de Bruxelles-Capitale et Johan Surkin de la VUB) est le suivant : il y a très peu de ménages propriétaires à Bruxelles (41,4pc contre une moyenne de 75 pc dans le reste du pays).

Des loyers en hausse

Le prix des loyers est par contre en perpétuelle hausse. "Dans la Région, la majorité des locataires (54pc) débourse, pour pouvoir se loger, une somme qui oscille entre 41 et 65 pc de l’ensemble des ressources du ménage, alors que le quart (du budget global) constitue la limite communément admise", expliquent les chercheurs. Avec une population qui s’accroît graduellement (elle a augmenté de 100 000 habitants en douze ans dans la Région) tout en s’appauvrissant, la demande en habitat social explose. "32 000 ménages sont inscrits sur une liste, en attente d’un logement social", explique Nicolas Bernard.

Or l’offre est insuffisante, ce qui, dans un avenir très proche, pourrait entraîner des conséquences très néfastes. "Le patrimoine géré par les sociétés de logement social compte 38 000 unités seulement, soit 7,6 pc du parc immobilier bruxellois global, reprend Nicolas Bernard. C’est beaucoup trop peu ! Si, à titre de comparaison, le logement social wallon accueille jusqu’à un locataire sur quatre, le ratio tombe à un sur sept en Région bruxelloise."

Le plan 5 000 logements (3 500 logements sociaux et 1 500 moyens), lancé avec fracas par le gouvernement en place n’aura ainsi eu qu’un "effet de rattrapage". "Ce plan ne résorbe qu’un dixième de la file d’attente des demandeurs de ce type de logement, explique M. Bernard. Mais cela reste une très bonne initiative, d’autant que plus aucun logement social n’avait été construit ces dix dernières années".

L’autre grand point positif de ce plan serait de déconcentrer le logement social. "Les projets sont répartis sur tout le territoire de la Région, ce qui évite une sorte de "getthoïsation" de certains quartiers. Il y a par exemple d’importants chantiers dans des communes plus cossues de la capitale comme Uccle ou Ixelles". Face à ce manque d’habitat social, les chercheurs mettent en évidence le "stock indécent" de logements vides (entre15 000 et 30 000, dont une grande majorité appartient au secteur privé.) "Parmi ceux-ci, 5 000 seraient louables en l’état immédiatement, poursuit Nicolas Bernard. Ceci sans compter les 1 500 000 m2 de bureaux vides, potentiellement 'reconvertibles’ en logements." Pour doper la lutte contre ces logements abandonnés, il faut, selon le chercheur, allier des mesures à la fois coercitives et incitatives.

Réguler le loyer et l’instauration d’une allocation loyer sont d’autres pistes évoquées par l’étude pour combler cette demande de logement social.

Une ville peu dense

Sans oublier qu’il y a encore de la place sur le territoire bruxellois pour des projets d’envergure. Bruxelles reste ainsi singulièrement peu dense en regard de ses consœurs européennes. Avec ses 6 238 habitants au km2 (soit 60 habitants à l’hectare), la Région reste loin des 40 000 habitants/km2 du 11e arrondissement parisien par exemple. Pour Nicolas Bernard, une moyenne de 100 habitants par hectare constitue une moyenne "tout à fait normale" pour un centre urbain. "Mais attention, on peut densifier autrement qu’en constituant des tours, comme en attestent diverses réalisations intéressantes à Bruxelles, comme les Jardins de la Couronne à Ixelles", reprend Nicolas Bernard.

Depuis dix ans, l’immobilier connaît un véritable boom à Bruxelles puisque le prix à l’acquisition a doublé durant cette période. Mais la crise est là et Nicolas Bernard a constaté une stagnation des prix en 2008. "Je ne suis pas Madame Soleil, mais tout indique que cette baisse légère sera passagère". Selon le chercheur, la "bulle" de l’immobilier n’a pas explosé. "Nous sommes plutôt arrivés à un palier de correction. Le marché devrait assez vite revenir à la hausse et ce d’autant plus que, avec la crise des marchés boursiers, la "brique" va devenir une valeur refuge pour pas mal de monde".


Webwww.brusselsstudies.bewww.etatsgenerauxdebruxelles.be Le logement, la maîtrise foncière et l’espace public, ainsi que le "volet 6" des Etats généraux qui concerne l’enseignement et la formation seront au cœur de la conférence-débat qui aura lieu le lundi 26 janvier 2009 à 19h45 à la KVS Rue de Laeken 146 à 1000 Bruxelles