Structure de gestion métropolitaine

Voici trois semaines déjà que la société civile a lancé les Etats généraux de Bruxelles, encadrés par le monde académique (ULB, VUB et FUSL). Après la mobilité et la sécurité, la démographie et le développement durable, l’enseignement et le logement, ce sont l’économie et la culture qui passent sous la loupe de chercheurs et universitaires.

Structure de gestion métropolitaine
©Christophe Bortels
Stéphanie Bocart

Voici trois semaines déjà que la société civile a lancé les Etats généraux de Bruxelles, encadrés par le monde académique (ULB, VUB et FUSL). Après la mobilité et la sécurité, la démographie et le développement durable, l’enseignement et le logement, ce sont l’économie et la culture qui passent sous la loupe de chercheurs et universitaires. Le fruit de leur travail est en ligne depuis ce matin sur le site de Brussels Studies (1).

Le chapitre "économie bruxelloise" (2) été traité par Christian Vandermotten (ULB), Els Leclercq (VUB), Tim Cassiers (VUB) et Benjamin Wayens (ULB). Quelques constats pour commencer. Primo, la grande aire métropolitaine bruxelloise représente 32,7 pc du PIB national en 2006, contre 31,5 pc en 1995. Quant à la seule Région de Bruxelles-Capitale, elle produit 18,9 pc du PIB national.

Secundo, Bruxelles jouit d’une forte internationalisation en raison de la présence des institutions européennes. Ainsi, 75 pc du tourisme d’affaires à Bruxelles est lié à la présence européenne. Plus globalement, la présence des institutions européennes et internationales (comme l’Otan) à Bruxelles et leurs effets induits et multiplicateurs engendrent de 13 à 14 pc de l’emploi et du PIB Bruxellois. Autre caractéristique, si l’économie de la Région est dominée par les secteurs de l’administration publique, des services financiers et des services aux entreprises (48 pc de l’emploi), la position de Bruxelles est médiocre en matière de localisation de sièges sociaux de firmes de niveau mondial. En cause ? La faiblesse de la recherche-développement (1,8 pc du PIB belge en 2005).

Les quatre chercheurs épinglent également un déficit de création d’emplois, surtout parmi les emplois peu qualifiés. Ainsi, l’emploi croît en moyenne annuelle de 0,8 pc à Bruxelles entre 1995 et 2006, pour une croissance du PIB de 2,1 pc. Enfin, le secteur commercial bruxellois est fragile : l’emploi qu’il génère est passé de 97 000 à 76 000 entre 1991 et 2006, principalement en raison de la délocalisation du commerce de gros hors des limites bruxelloises.

Limites étroites de Bruxelles

Tertio, en ce qui concerne la concurrence entre Bruxelles et sa périphérie, les quatre scientifiques indiquent que 81 pc des grandes entreprises implantées en 1996 à Bruxelles l’étaient toujours dix ans plus tard, "le solde étant constitué pour 12 pc de disparitions pour cause de cessation d’activités et 7 pc seulement de déménagements vers le reste du Brabant", soulignent-ils. En revanche, Bruxelles souffre d’une triple dualisation socio-spatiale : une dualisation entre la Région et sa périphérie ; une dualisation à l’intérieur de la Région entre les quartiers occidentaux et les quartiers orientaux ; et une dualisation sur le marché de l’emploi, 47 pc de l’emploi régional travaillant dans les secteurs des services à haut niveau de savoir.

Quarto, les quatre chercheurs notent un déplacement des priorités politiques de la Région : en 1995, le Plan régional de développement (PRD) appelait notamment à enrayer le déclin économique et à retenir à Bruxelles les classes moyennes, tandis qu’aujourd’hui le Plan de développement international (PDI) s’attache à valoriser l’image de Bruxelles, améliorer sa position dans les rankings internationaux, etc.

En regard de ces diverses constatations, quelles pistes politiques avancent-ils ? Selon eux, "une part de la problématique bruxelloise ne tient qu’aux limites étroites de la Région bruxelloise". Dès lors, "il conviendrait de mettre en place : une structure de gestion métropolitaine intégrée, étendue à la "zone RER", dotée de capacités de planification et de moyens financiers, dans un rapport mutuellement avantageux pour la Région et sa périphérie ; un système fiscal imposant aux navetteurs de contribuer à l’usage qu’ils font de la ville ; et une stratégie de localisation des bureaux et des entreprises à l’échelle de la région métropolitaine". Il s’agit en outre de conforter le commerce bruxellois. Comment ? En poursuivant les objectifs du PRD (conforter le commerce de luxe et de haut niveau dans l’hypercentre, concentrer ailleurs les efforts sur les noyaux commerciaux existants). Les quatre chercheurs préconisent encore de créer une politique de soutien au secteur créatif et culturel ; de promouvoir la recherche-développement en encourageant la mise sur pied d’équipes universitaires interdisciplinaires ; de valoriser les emplois de proximité ; de repenser la formation (revaloriser l’enseignement, intégrer l’enseignement dans un multilinguisme effectif ) ; et de lutter plus résolument contre les différentes formes de discrimination.

Le volet "culture" (3) a, lui, été abordé par Jean-Louis Genard (ISAFC), Eric Corijn (VUB), Bernard Francq (UCL) et Christine Schaut (FUSL). Ils dressent également un constat de la situation à Bruxelles et apportent diverses pistes concrètes.

(1) web www.brusselsstudies.be.

(2) La conférence-débat sur l’économie aura lieu le 2 février à 19h45 au De Markten, 5 Vieux Marché aux Grains à 1000 Bruxelles.

(3) La conférence-débat sur la culture à Bruxelles aura lieu le 2 février à 19h45 à La Bellone, rue de Flandre 46 à 1000 Bruxelles.