Des jeunes et de l’inégalité sociale

Un mois après leur lancement, les Etats généraux de Bruxelles poursuivent leur travail de réflexion sur l’avenir de la ville-région.

Des jeunes et de l’inégalité sociale
©Christophe Bortels
Grégoire Comhaire

Un mois après leur lancement, les Etats généraux de Bruxelles poursuivent leur travail de réflexion sur l’avenir de la ville-région. Après huit conférences-débats consacrées à la mobilité, la sécurité, la démographie, le développement durable, l’enseignement, le logement, l’économie et la culture, les citoyens seront invités la semaine prochaine à se pencher sur deux thématiques tout aussi cruciales : la jeunesse bruxelloise et le développement politique et institutionnel de la Zone métropolitaine de Bruxelles.

Une ville jeune

La jeunesse, avenir prometteur d’une capitale en devenir. Après avoir longtemps compté en son sein la population la plus âgée du Royaume, Bruxelles est aujourd’hui la région la plus jeune du pays. Selon les chiffres repris dans la note de synthèse qui prépare la conférence-débat de lundi prochain, près d’un Bruxellois sur trois aurait aujourd’hui moins de 25 ans. Une frange non négligeable de la population, marquée par de fortes inégalités sociales et trop souvent associée à une image de danger et de criminalité.

Le chapitre sur la jeunesse a été préparé par les professeurs Andrea Rea (sociologue ULB), Carla Nagels (criminologue ULB) et Jenneke Christiaens (criminologue VUB). Dans leurs rapports, les trois universitaires épinglent une situation "d’apartheid scolaire" avec une surreprésentation des élèves économiquement défavorisés dans l’enseignement technique et professionnel.

"Le droit au libre choix de l’école contribue à la ségrégation du marché scolaire, soulignent les auteurs de la note. La logique de compétition économique devrait pousser les concurrents à accroître leur efficacité pour gagner un maximum de reconnaissances. Or, c’est l’inverse qui se produit (...). Certains établissements se spécialisent dans la réception d’enfants et d’autres dans le refoulement." Les universitaires pointent également du doigt le marché de l’emploi très concurrentiel qui défavorise les jeunes Bruxellois et l’image de délinquance et de violence trop souvent associée aux jeunes de la capitale.

Régulation

Parmi les pistes politiques à suivre, les trois universitaires plaident pour des politiques de régulation visant à lutter contre l’injustice sociale plutôt qu’en aval des politiques de réparation. En premier lieu, la note appelle à mettre en place des instruments pour l’évaluation de politiques publiques et la mise à disposition d’outils analytiques pertinents, notamment en matière scolaire. Ils plaident ensuite des mesures en vue d’égaliser le marché de l’emploi : un monitoring de l’insertion des jeunes et des mesures d’action positives pour lutter contre la discrimination ethnique indirecte. Enfin, ils appellent à sortir du discours présentant la jeunesse bruxelloise comme menaçante. "La vigueur démocratique bruxelloise dépendra de la capacité à mobiliser des forums et des actions citoyennes : les jeunes en constituent les principaux protagonistes et ceci suppose qu’une place leur soit accordée ", conclut la note.


La conférence-débat consacrée à la jeunesse aura lieu le 9 février à 19 h 45 à la Haute Ecole Erasme, à Anderlecht. Les notes de synthèse sont téléchargeables sur le site Web www.brusselstudies.be