Vaincre les inégalités sociales

Les états généraux de Bruxelles se poursuivent avec les volets 11 et 12, respectivement dédicacés à la santé et à la connaissance en région bruxelloise.

Vaincre les inégalités sociales
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Stéphanie Bocart

Les états généraux de Bruxelles se poursuivent avec les volets 11 et 12, respectivement dédicacés à la santé et à la connaissance (lire ci-contre) en région bruxelloise. Les deux études sont en ligne depuis ce matin sur le site de Brussels Studies (1).

Les scientifiques Myriam De Spiegelaere (ULB), Marie-Christine Closon (UCL), Patrick Deboosere (VUB) et Perrine Humblet (ULB) se sont attelés à décoder "la santé et la qualité de vie à Bruxelles" (2). Constat général : à Bruxelles, la proportion de la population qui ne s’estime pas en bonne santé est plus élevée que la moyenne nationale. Plus précisément, "entre 24 et 72 ans, pour chaque âge, la proportion de Bruxellois qui ne s’estiment pas en bonne santé est au moins 5 pc plus élevée que pour les Flamands du même âge", relèvent les quatre chercheurs. Quant aux jeunes de moins de 40 ans, la situation bruxelloise est la plus défavorable. "Cette dynamique reflète la composition de la population : une forte surreprésentation de migrants ayant un statut socio-économique faible chez les jeunes et une population belge âgée plus aisée qui vit dans les communes plus riches de Bruxelles", analysent-ils.

Suicide et cancer du poumon

Les principaux déterminants de la santé sont le statut social, les styles de vie et l’environnement. A Bruxelles, la grande hétérogénéité sociale se traduit par des inégalités sociales de santé importantes. Ainsi, l’obésité touche 31 pc des jeunes femmes à faible niveau d’instruction pour 5 pc des femmes diplômées de l’enseignement supérieur. Quant aux causes de mortalité, elles sont liées à l’environnement social : le suicide des Bruxellois vient en tête, suivi du cancer du poumon et des cardiopathies ischémiques. Les Bruxelloises sont, elles, davantage victimes du cancer du sein, du suicide et du cancer du poumon.

Autres facteurs qui influencent la santé des Bruxellois : les styles de vie (niveau d’activité physique, consommation d’alcool, etc.); la qualité de l’environnement (bruit, humidité, polluants, qualité de l’habitat, ); et le cycle de vie, les conditions de vie pendant l’enfance et l’adolescence conditionnant fortement l’état de santé à l’âge adulte.

On soulignera ainsi que la mortalité infantile est trois fois plus élevée à St-Josse qu’à Woluwe-St-Lambert. Globalement, les "conditions d’enfance" favorables sont très inégales, notent les quatre scientifiques. Ainsi, "un tiers des enfants vit avec un seul parent, principalement la mère, et 17 pc des naissances surviennent chez une mère isolée. En outre, 28 pc des naissances surviennent dans une famille sans revenus du travail", détaillent-ils. Or, la population d’enfants est en croissance et les taux de natalité et de fécondité sont largement supérieurs aux deux autres régions. Selon les auteurs de la note, "entre 1996-97 et 2006-07, la population scolaire a augmenté de 20 pc (+ 6 500 enfants) dans le maternel francophone et de 26 pc (+ 2 270 enfants) dans le maternel néerlandophone".

Enfin, le défi du vieillissement de la population attend aussi la Région bruxelloise. De fait, si les Bruxellois de plus de 65 ans sont à ce jour plus favorisés en termes d’instruction, de statut socio-économique et de santé, cette situation devrait néanmoins s’inverser. Pourquoi ? Les personnes actuellement âgées de 50 à 65 ans sont moins favorisées pour ces indicateurs tandis que la proportion de personnes issues de l’immigration dans les tranches d’âge les plus élevées augmentera fortement dans les quinze prochaines années.


(1) Web www.brusselsstudies.be (2) Ce volet sera débattu le 16 février à 19h45 à l’Ihecs, rue de l’Etuve 58-60 à 1000 Bruxelles.

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