Un défi : "Encourager à la solidarité"

Après plusieurs semaines de débats, les Etats généraux de Bruxelles aborderont lundi prochain les deux dernières thématiques (1) : "Inégalités sociales" et "Finances publiques, financement et fiscalité"

Un défi : "Encourager à la solidarité"
©Olivier Pirard
Stéphanie Bocart

Après plusieurs semaines de débats, les Etats généraux de Bruxelles aborderont lundi prochain les deux dernières thématiques (1) : "Inégalités sociales" et "Finances publiques, financement et fiscalité" (lire ci-dessous). Celles-ci font toutes deux l’objet d’une étude publiée depuis ce mardi sur le site de Brussels Studies (2).

Ce sont Christian Kesteloot (ULB) et Maarten Loopmans (Institut STeR) qui se sont attelés à étudier le volet "Inégalités sociales".

Bruxelles est "la ville la plus globale de Belgique", constatent les deux chercheurs. En cause ? Sa réussite économique : Bruxelles compte près de 2 000 entreprises étrangères, représentant 234 000 emplois et 40 pc du PIB; et l’augmentation de sa population, due à l’immigration : 30 pc de la population est d’origine étrangère. Néanmoins, "malgré sa grande prospérité et sa forte attractivité internationale, Bruxelles connaît de graves problèmes socio-économiques", avertissent MM. Kesteloot et Loopmans. Son taux de chômage oscille autour des 20 pc; et le revenu moyen des familles, qui valait 160 pc de la moyenne nationale en 1963, n’était plus que de 85 pc en 2005. "Derrière ces chiffres se cachent de fortes disparités internes", soulignent-ils. De fait, tandis qu’un habitant de Bruxelles sur quatre vit sous le seuil de pauvreté, la ville abrite une élite transnationale bien rémunérée de plus en plus nombreuse (10 à 15 pc de la population). Et, depuis 1992, l’écart entre les revenus les plus élevés et les plus bas ne cesse de se creuser.

Autre constat : "Nulle part en Belgique, la polarisation socio-spatiale interne n’est plus forte que dans la région de Bruxelles", alertent les auteurs de l’étude. En effet, "celle-ci comprend à la fois la commune dans laquelle le revenu imposable moyen est le plus bas (Saint-Josse, dans le centre de la ville) et celle qui fut la plus riche pendant plusieurs années (Lasne, à la périphérie)". Ils expliquent : "Au cours des 50 dernières années, la croissance de la ville a surtout concerné la ceinture périurbaine" car "les nouveaux logements construits à la périphérie étaient destinés aux classes moyenne et supérieure, qui pouvaient ainsi quitter la ville, où sont restés les habitants aux revenus inférieurs". Par ailleurs, la gentrification et la croissance démographique de la région encouragent la hausse des prix de l’immobilier et rendent de plus en plus difficile pour les groupes aux revenus plus bas la recherche d’un logement décent.

Main-d’œuvre qualifiée

Les auteurs notent encore que tandis que l’économie bruxelloise dépend fortement de l’apport de main-d’œuvre hautement qualifiée venant de l’extérieur, de Flandre et de Wallonie, les Bruxellois ne disposent, en général, ni des compétences ni des connaissances linguistiques nécessaires (98 pc des chômeurs bruxellois sont unilingues, francophones pour la plupart) pour exercer les emplois créés à Bruxelles, capitale européenne. La diversification de la population bruxelloise (travailleurs immigrés, fonctionnaires européens, réfugiés, ) engendre également des tensions (racisme, discrimination, etc.). Selon les deux chercheurs, "l’absence d’obligation d’intégration prive les groupes les plus faibles de chances de s’élever dans la société".

Enfin, alors que la Belgique a développé un Etat-providence avec le système de la sécurité sociale, "Bruxelles ne réussit pas à garantir à chacun un logement décent" et, en matière d’enseignement, "n’arrive pas non plus à créer l’égalité sociale".

A la lumière de ces constats, MM. Kesteloot et Loopmans proposent quelques pistes politiques. Comment répartir équitablement les richesses dans la population ? "Il y a une forte demande d’un élargissement de la région urbaine", rappellent-ils. Mais "même si les moyens augmentaient, il n’existe encore aucune garantie que ces moyens seraient utilisés pour combler le fossé social qui déchire la ville". A l’opposé, "le maintien, voire le rétrécissement de la Région permettrait de faire de celle-ci une région véritablement urbaine", estiment-ils. En ce qui concerne les communes, "on peut penser à fusionner les plus petites communes, repartager les compétences entre les communes et la Région ou encore développer des collaborations entre communes dans certaines matières, au moyen d’intercommunales".

Les deux scientifiques relèvent encore que Bruxelles "n’est plus une ville bilingue, homogène sur le plan ethnique, reflet d’une nation belge", ce qui la fait apparaître comme une ville "ouverte" aux yeux des nouveaux arrivants. C’est pourquoi, le défi pour l’avenir de Bruxelles réside dans sa capacité à "encourager la population bruxelloise à la solidarité et à l’engagement au-delà des limites de groupes". "Les recettes classiques de développement communautaire et de cohésion sociale ne suffiront pas à le relever", préviennent-ils.

Enfin, il faudra veiller à construire l’avenir de la génération à venir. Comment ? En portant une plus grande attention à la qualité qu’à la quantité des emplois; en investissant dans du logement de qualité à des prix abordables et en offrant une formation et une scolarisation de qualité.

(1) Ces deux thématiques seront débattues le lundi 9 mars à 19h45 au Centre culturel Jacques Franck, chaussée de Waterloo 94 à 1060 Bruxelles.

(2) Web www.brusselsstudies.be.