Portrait d'une jeune bruxelloise musulmane et fière de l'être

Safiya, une jeune musulmane de 21 ans, nous raconte son cheminement personnel, ses choix, ses craintes et ses espoirs à l'heure où l'islam fait débat au sein de la société.

Portrait d'une jeune bruxelloise musulmane et fière de l'être
©OLIVIER PIRARD
L. Berdelou (s.t)

Safiya est une jeune musulmane de 21 ans née d'un père marocain et d'une mère belge. Alors que l'on pourrait croire qu'elle est musulmane par son père, c'est sa mère qui lui a donné une éducation islamique. Son père originaire du Maroc est croyant mais plus musulman, alors que sa mère issue d'une famille belge et chrétienne, s'est convertie à l'islam. C'est comme cela qu'elle a été “élevée dans une pensée islamique mais dénuée de toute tradition.” Par la suite elle a fait son propre cheminement pour devenir celle qu'elle est aujourd'hui. “A un moment donné, on s'affirme, on se pose des questions. On ne comprend pas certaines choses, alors on discute avec plein de gens pour qu'ils nous éclairent.” C'est comme cela que la jeune fille a fini par faire ses propres choix et notamment celui de porter le voile. “Quand j'ai commencé à porter le voile j'étais jeune, j'avais 14 ans, et ma famille ne comprenait pas.” Que cela soit du coté de sa famille marocaine, ou de sa famille belge, Safiya a du faire face aux interrogations sur sa décision de porter le voile. Mais heureusement, avec le temps, elle a su se faire accepter comme elle est. “Je voulais faire plaisir donc ça m'est arrivé d'enlever mon voile, mais finalement je me suis dit que je devais être qui je voulais être.”

Aujourd'hui elle porte un regard nostalgique sur cette époque révolue. Maintenant adulte, elle semble fière de ses choix. Elle est même très impliquée au sein de la communauté musulmane puisqu'elle est bénévole dans diverses associations pour les jeunes musulmans. Dans l'une d'elles, “Les sources”, elle est responsable des animations socio-culturelles. Dans cette a.s.b.l., il s'agit de “permettre à des jeunes de devenir des citoyens responsables et engagés” en les aidant à s'inscrire pleinement dans une citoyenneté. Safiya apparait comme une personne très ouverte qui prend plaisir à raconter ce qui lui tient à cœur.

Même si elle a une majorité d'amis musulmans, elle a aussi pas mal d'amis qui ne partagent pas sa vision du monde. “Au début il y a eu des petits débats, mais maintenant on a appris à se connaitre et on accepte l'autre tel qu'il est” avant d'ajouter que les discussions qu'elle peut avoir avec ses amis non musulmans, concernant la religion, tournent généralement autour de la spiritualité. “Certains faits d'actualité mènent à des discussions, mais quand il s'agit d'un sujet qui tient vraiment à cœur à une personne, on évite d'en débattre.”Ces échanges entre des personnes de confessions et philosophies différentes sont importants pour la jeune fille qui ne demande qu'à avoir des amis aux idéaux variés.

Safiya est née à Bruxelles et se considère comme une vraie belge. Elle n'imaginerait pas vivre ailleurs car elle est chez elle ici. Alors, quand lors d'entretiens d'embauche elle se voit refuser un poste parce qu'elle porte le voile, cela l'attriste. “Avec ou sans voile je suis la même, avec les mêmes idées.” “C'est difficile quand la personne reconnait vos compétences mais qu'elle dit non parce que vous portez le voile” ajoute-t-elle. “Ça m'est déjà arrivé de me sentir coincée, parce que je suis née en Belgique, je me sens bien dans ma vie ici et je ne m'imagine pas vivre ailleurs."  Même si cela lui arrive de penser à des “scénario catastrophes”, cela ne l'empêche pas d'être d'un naturel optimiste. “Je me dis que ce sera peut être plus difficile que pour certains mais pas impossible pour autant. Il faut y croire.” assure t-elle avant d'ajouter que “ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort.”

A tous ceux qui ne connaissent pas l'islam, Safiya aimerait leur dire de se renseigner sur ce qu'est cette religion avant de  la critiquer. “Les gens s'arrêtent à ce qu'ils voient ou à ce qu'ils entendent, mais ils ne vont pas au fond des choses”. “Il faut accepter la diversité humaine telle qu'elle est et ça ne s'arrête pas qu'au voile” poursuit-elle. Et aux musulmans qui connaissent des discriminations, il ne faut pas se replier sur soi car “ce n'est pas comme cela que l'on va faire avancer les choses.” Pour elle il s'agit de faire respecter ses droits comme tout autre citoyen belge.

Sa religion, elle l'a choisie et elle n'y voit que du positif. “C'est la recherche d'une harmonie, d'une paix intérieure. Quand on se sent bien avec soi-même, on ne peut être que productif.” C'est pourquoi elle a confiance en l'avenir.