Huytebroeck: "Que Reynders mette les mains dans le cambouis"

La ministre Ecolo de l’Environnement et de l’Energie donne son avis sur l’actualité bruxelloise du moment. Entretien.

Mathieu Colleyn
Huytebroeck: "Que Reynders mette les mains dans le cambouis"
©Christophe Bortels

Le regard de la ministre Ecolo de l’Environnement et de l’Energie sur l’actualité bruxelloise du moment.

Didier Reynders ironise en disant qu’Ecolo ne fait pas beaucoup de bruit à Bruxelles. Réaction ?

A mon avis, c’était juste pour faire un bon mot. Il a été le premier à répondre à notre appel pour promouvoir Bruxelles comme capitale verte et les relations que j’ai avec lui sont assez correctes. Il y avait une attaque très claire du côté wallon mais si on creuse, je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de dossiers avec lesquels il pourrait pointer Ecolo sur Bruxelles. Reynders qui se positionne par rapport à Bruxelles, moi je m’en réjouis. Des personnalités fédérales qui veulent peser sur l’avenir de Bruxelles, c’est tant mieux. Mais quand M. Reynders dit qu’il est prêt à devenir ministre-Président, il ne faut pas que ce soit du bluff. Il faut aller jusqu’au bout.

Vous n’y croyez pas ?

C’est la question que je lui pose. Si on veut s’occuper de Bruxelles, alors on met les mains dans le cambouis, on ne se contente pas de deux ou trois soirées de réflexion dans les beaux quartiers. Reynders peut travailler dès maintenant au niveau fédéral dans trois grands dossiers. Celui du RER mais aussi en matière de sécurité, une matière chère au MR. On pourrait renforcer les zones de police. Enfin, le refinancement de Bruxelles. J’ose espérer qu’il se retrouvera dans le budget.

Les craintes sont réelles ?

Je pose la question. Il y a de l’argent qui ne dépend pas de la future loi de financement pour laquelle nous avons des questionnements.

Vous pouvez expliquer ?

Non (hésitations). On a entendu beaucoup de choses du fédéral.

Vous préférez travailler avec De Wolf ou Reynders ?

(Grand éclat de rire)... Je ne vais pas répondre à cette question. Je me pencherai d’abord sur le programme du MR.

Certains éléments politiques laissent penser à la fin de la formule Olivier. Qu’en pensez-vous ?

La majorité dans laquelle nous sommes a fait beaucoup de boulot. Maintenant pour 2014, il est clair que le jeu est plus ouvert qu’en 2009. Bruxelles prend plus de place dans le débat, il y eut le divorce MR-FDF qui change terriblement la donne. Il n’y a pas d’exclusive, je le dis.

Vous diriez qu’Ecolo est émancipé de l’Olivier ?

Je ne voudrais pas qu’on soit les derniers partisans d’un Olivier que certains égratignent. Maintenant, je ne rejette pas cette formation dans laquelle nous avons fait du bon boulot. L’Olivier ? Pourquoi pas mais nous n’allons pas nous enfermer.

Faut-il une symétrie avec la Wallonie, où le FDF ne se trouve pas.

C’est mieux bien sûr mais je pense qu’il y a des spécificités qui font qu’on ne sera pas obligatoirement dans les mêmes compositions. Bruxelles ne doit pas se soumette à des impositions venant du fédéral.

Allez vous tirer la liste Ecolo à la Région ?

Non. Etre tête de liste quatre fois de suite au même endroit ça n’est pas bon. Ce qui ne veut pas dire que je vais prendre ma prépension à 55 ans. Ce que je vais faire doit encore se discuter. Où que je sois, au fédéral ou à la Région, je porterai Bruxelles, les questions de climat, d’environnement, d’énergie. Ce qui ne veut pas dire que je refuserais un poste exécutif.

C’est donc Christos Doulkeridis qui tirera la liste régionale ?

Il y a des structures qui décideront. Mais il est candidat, il a la crédibilité, la légitimité et les épaules assez larges.

Et Rudi Vervoort qui souhaite atteindre des objectifs clairs ?

C’est presque un vent de fraîcheur dans le gouvernement. Je suis 100 % d’accord.

L’environnement traverse l’accord de gouvernement de 2009. Où en est-on en matière de création d’emplois “verts” ?

Je suis plutôt satisfaite même si les chiffres sont attendus pour décembre. On a lancé une vraie dynamique du gouvernement avec tous les partenaires sur l’insertion, la formation, la recherche, etc. On n’a pas créé 10 000 emplois. Un : parce que ça prend du temps; et deux : on a axé autant sur la formation et l’enseignement technique professionnel que sur la création pure d’emplois. Nous avons dû créer des formations, sur l’isolation, la ventilation et un centre de référence. Avant, il n’y avait rien.

Le tableau n’est donc pas si noir en matière de formation ?

La confédération de la construction est ravie de cette dynamique. On a débuté l’an dernier la même chose pour l’eau qui concerne les plus gros travaux à venir à Bruxelles, avec la rénovation des égouts, les bassins d’orage. Troisième axe : les filières de déchets et nous venons de lancer l’alimentation durable. Tout cela rencontre un franc succès. Les résultats commencent à poindre.

L’objectif de cette législature était de limiter le trafic auto. Quels résultats de ces dix ans ?

La part de l’utilisation de la voiture dans le transport a diminué, on a une augmentation de la fréquentation des transports publics.

Il y a plus de voitures qu’il y a dix ans.

La population a augmenté mais il est clair que si on ne prend pas des mesures beaucoup plus radicales, cela va poser un problème d’environnement et de santé. Economique à cause de la congestion. Mais il faut que le fédéral nous aide par rapport aux alternatives et aux voitures de sociétés. Qu’on cesse de dire qu’Ecolo est contre la voiture. Ceux qui en ont besoin doivent l’utiliser sans problème.

Vous n’êtes pas antimétro ?

Je ne l’ai jamais été. C’est un faux procès. Il coûte cher et cela met du temps mais il faut le faire. Mais ça ne peut pas amputer le budget de ce qui doit se faire en surface.

Est ce que l’air est moins pollué qu’il y a dix ans à Bruxelles ?

Oui. Et entre 2004 et 2010, on a enregistré une diminution de 22 % de la consommation d’énergie par habitant. Tout le monde parle de nos bâtiments exemplaires. Nous sommes dans le "Top 3" des villes d’Europe en matière de bâtiment passifs. Et la première ville en Europe à imposer le passif pour tout ce qui est nouvelles constructions et grosses rénovations publiques depuis 2010. Et privées pour 2015. On est plus fier de nous à l’étranger qu’à Bruxelles.