Du combat anti-nazi à l’aide aux demandeurs d’asile

Le lundi 10 juin, il y aura dix ans que disparaissait Sarah Goldberg, grande résistante et déportée juive de la Seconde Guerre mondiale mais aussi infatigable militante de tous les droits des hommes et des femmes.

Christian Laporte

woluwe-st-Lambert

Le lundi 10 juin, il y aura dix ans que disparaissait Sarah Goldberg, grande résistante et déportée juive de la Seconde Guerre mondiale mais aussi infatigable militante de tous les droits des hommes et des femmes.

Le commune de Woluwe-Saint-Lambert où elle s’était installée à partir de 1965 avec son époux va lui rendre hommage à l’occasion de cet anniversaire : ce vendredi 7 juin sur le coup de 19 heures, concrétisant une décision du conseil communal du 18 mars dernier, le bourgmestre Olivier Maingain et son collège inaugureront une Allée Sarah et Jacques Goldberg à l’allée qui joint l’avenue de Toutes les Couleurs à la rue Voot, question aussi de "rendre hommage et transmettre aux générations futures le souvenir d’une importante figure de la Résistance belge à l’occupation nazie",

Sarah Goldberg s’engagea toute sa vie pour le droit à la différence. Au coeur de l’été de 1998, alors que la thématique des demandeurs d’asile rompait brutalement la monotonie des vacances, Sarah Goldberg, rescapée d’Auschwitz avait emu l’opinion publique en déclarant publiquement qu’elle hébergeait un évadé du centre 127 bis de Steenokkerzeel. Un acte posé en toute connaissance de cause : l’ancienne résistante et déportée était parfaitement consciente qu’elle encourait le risque d’être poursuivie pour non-respect d’une loi de 1980 qui punissait toute personne qui viendrait en aide à un étranger sans papiers.

Elle assumait dès lors clairement son geste. A vrai dire, ce faisant, Sarah Goldberg restait fidèle à ses convictions de toujours. Elle fut ainsi une des toutes premières militantes de la section belge d’Amnesty à la fin des années cinquante.

Sarah Goldberg s’est toujours battue contre l’arbitraire, contre toutes les formes d’injustice. Ce n’était pas hasard non plus qu’elle s’engagea dans le combat des demandeurs d’asile ! Ce fut en effet le sort de son père qui arriva chez nous en 1929 pour échapper à l’antisémitisme polonais.

"Je me suis toujours placée du côté des gens qui souffrent. Moi aussi, je suis une immigrée" avait-elle expliqué dans une interview à l’époque. "Quand mon père est arrivé en Belgique, lui non plus n’avait pas tous les documents demandés. II est naturel pour moi d’aider des gens qui se trouvent dans de telles conditions : enfermés et privés de droits humains élémentaires. Comme les juifs de l’époque, ces gens n’ont commis aucun délit et sont enfermés uniquement pour ce qu’ils sont "

Sa jeunesse fut loin d’être un conte de fées, dans un tout petit deux-pièces. Mais Sarah n’avait pas l’habitude de se plaindre, invitant ses interlocuteurs à s’intéresser à ceux qui avaient encore moins de chance. Cela l’amena à rejoindre tout naturellement la Résistance, étant active dans l’Orchestre rouge et dans les rangs des Partisans armés.

Le 4 juin 1943, elle était arrêtée à Bruxelles par la Gestapo. Emmenée à la caserne Dossin à Malines, elle fut déportée à Auschwitz lors du XXIe convoi. Désormais elle n’était plus que le numéro 51 825

Chaque fois qu’elle évoquait sa détention, elle y associait toujours ses compagnes et compagnons d’infortune qui risquèrent leur vie pour la sauver. Nous nous souvenons ainsi d’un émouvant hommage à la mémoire de Mala Zimetbaum, une jeune Anversoise qui la fit échapper à une mort certaine parce qu’elle modifiait les listes des détenues envoyées à la chambre à gaz, ce qu’elle paya de sa propre vie.

Sarah Goldberg avait pu survivre à Birkenau mais elle dut affronter la marche de la mort, n’étant libérée que quelques jours avant la fin du conflit.

Après la guerre, elle continua à s’engager contre le racisme et pour le droit à la différence. En 1997, elle avait été mise à l’honneur par l’Institut Marius Renard (Anderlecht) où elle avait fait ses études. C’était l’époque où le quartier de Cureghem vivait des nuits très agitées

S’adressant à un groupe d’élèves musulmans, elle les avait invités à se battre, à communiquer et surtout à ne pas céder à la violence qui enlève toute crédibilité. Et de dédier aux jeunes déboussolés, un dicton indien : "Derrière les nuages, il y a mille soleils"