Le potager urbain a la cote

Comment rendre un casse-vitesse encore plus utile et plus décoratif? À Schaerbeek, les habitants ont trouvé la solution.

S. Legros
Le potager urbain a la cote
©BRICE GRANDJEAN

Les ronds-points ou casse-vitesses n'ont pas toujours un effet esthétique charmeur. Utiles pour des raisons de sécurité, ils ne font pas toujours plaisir aux yeux des habitants qui les avoisinent. Ils peuvent pourtant être mis en valeur de manière tout à fait écologique.


Un concept parti d'Angleterre et qui a fait du chemin

Tout est en fait parti d'Angleterre. En 2008, des habitants de Tormorden (nord de la Grande-Bretagne) ont trouvé un moyen ingénieux de faire face à leur manière à la crise économique. Ils ont décidé de garnir leurs rues de bacs de plantation: sur les trottoirs, dans les cours d'école, sur le parterre de l'hôpital... La ville s'est alors transformée en potager géant. 

Le principe est simple: chaque habitant cultive son petit carré de terre et lorsque les légumes sont mûrs, tout le monde peut venir se servir. Ce concept a alors été baptisé "Incredible Edible" ( Incroyables Comestibles ). Et il va faire son petit bonhomme de chemin en France, aux Pays-Bas mais aussi... en Belgique.


Schaerbeek prend les devants

C'est dans la petite ville de Barvaux, en province de Luxembourg, que les habitants vont avoir vent du principe et vont le développer. Mais il faudra attendre le mois de mai dernier pour qu'il prenne forme à Bruxelles, et à Schaerbeek plus précisément. Joëlle Van Zuylen, conseillère communale, et Catherine Piette, administratrice déléguée de Karikol (le convivium Slow Food de Bruxelles), vont lancer le projet.


"Quand ils ont mis les 2 casse-vitesses l'an dernier, il y avait 2 immenses fosses et ce n'était pas très joli dans la rue. On a eu un petit souper de rue durant lequel tout le monde s'est plaint. On a alors réfléchi et Catherine Piette, qui avait connaissance des Incredible Edible, a eu l'idée de réaliser un potager urbain chez nous" , confie Joëlle Van Zuylen.


Un objectif triple

L'initiative ne sert pas simplement à cacher la laideur des casse-vitesses. Elle répond à trois objectifs. "Tout d'abord, ce projet permet d'augmenter la convivialité et la solidarité entre tous les habitants. C'est aussi une utilité pratique car tout le monde peut utiliser les légumes pour les cuisiner", assure la conseillère communale. 


"Enfin, il y a aussi une dimension plus profonde qui consiste en une prise de conscience chez les gens que cultiver des légumes, tout le monde peut le faire. Les citadins ont parfois perdu de vue que la nourriture sortait du sol. La démarche des Incroyables Comestibles leur permet de se la réapproprier" .



Et ça marche!

Courgettes, potirons, ciboulette, tomates, persil, thym, romarin, fenouille, camomille... Il y en a pour tous les goûts. Et que ce soit du côté des habitants ou du côté des passants occasionnels, l'initiative porte ses fruits. "Il y a un véritable engouement" , se réjouit Joëlle Van Zuylen. "Les gens qui découvrent ce potager urbain demandent souvent pour prendre une photo." 


Il arrive même de temps en temps des petites aventures un peu insolites. "Ainsi, un monsieur qui allait à un rendez-vous et avait oublié d'acheter quelque chose, a décidé de prendre une courgette du potager en guise de cadeau. Des enfants viennent également souvent chercher un légume pour ensuite retourner faire de la soupe chez eux. Enfin, j'ai également reçu des étudiants qui avaient un apéritif et qui sont venus prendre quelques tomates".


La pollution? Elle est partout

Certaines critiques pourraient être émises quant à la proximité du potager avec la route et... les échappements des voitures. À ce propos, les initiateurs du projet ne se formalisent pas. "La pollution, elle est partout de toute façon, même derrière sa maison. Les gaz remontent dans le ciel puis retombent sous forme de pluie. Il faut faire avec. Cependant, il est toujours important de bien laver les légumes avant de les consommer. Puis à ceux qui se focalisent sur ce danger-là, j'ai envie de dire que les plus grandes maraîchères en Belgique sont bien souvent le long des autoroutes..." , ajoute Joëlle Van Zuylen.

La conseillère communale ne se laisse d'ailleurs pas abattre par ce genre de critique. "La réussite du projet est évidente. Il suffit de regarder les habitants ici. Tous ont commencé à cultiver leur propre potager derrière leur maison. Ma voisine m'a même avoué que depuis le lancement des Incroyables Comestibles à Schaerbeek, elle veille toujours à ramasser ses pommes pour en faire de la compote. Avant, elle les laissait tomber et pourrir".