Financement vert pour un incinérateur polluant à Bruxelles

Pour l’opposition, ce projet encourage l’incinération des déchets.

Pauline Deglume
Port de Bruxelles canal industries usines fumée incinérateur pollution
Port de Bruxelles canal industries usines fumée incinérateur pollution ©Marie Brisson stagiaire LLB Mari

Dans son accord de majorité, le gouvernement bruxellois fait part de son intention de valoriser les atouts de l’incinérateur de Bruxelles-Propreté en matière de production d’électricité verte et de générateur de chaleur en lui octroyant des certificats verts. Une intention confirmée, mardi dernier, en commission par la ministre régionale de l’Environnement, Céline Fremault (CDH).

Mécanisme destiné à stimuler la production d’électricité verte à partir de sources d’énergie renouvelables ou de cogénération de qualité, le système des certificats verts peut uniquement profiter aux installations de moins de 10 ans qui permettent d’éviter d’émettre 217 kg de CO2 par rapport à des installations de référence.

Mis en service il y a une trentaine d’années, l’incinérateur de Neder-over-Hembeek n’est donc pas éligible pour l’octroi de certificats verts. Qui plus est, selon les données transmises par la ministre de l’Environnement du gouvernement précédent, Evelyne Huytebroeck (Ecolo), la quantité de CO2 émise par l’incinérateur équivaut à plus du double de CO2 émis par une centrale de référence pour produire la même quantité d’électricité.

Pour contourner cet obstacle, le gouvernement envisage donc de modifier l’arrêté sur l’électricité verte de façon à permettre à l’incinérateur de bénéficier du dispositif des certificats verts. Deux arguments ont été avancés par la ministre Fremault pour justifier cette décision.

A l’instar ce qui se fait en Flandre, seule la fraction organique des déchets sera prise en compte dans l’attribution des certificats verts. La manœuvre permettra aussi de subsidier un opérateur public bruxellois alors que la contrainte du délai de 10 ans favorise depuis plusieurs années Electrabel.

Investir dans le recyclage, pas l’incinération

Dans l’opposition, la parlementaire Anne-Charlotte d’Ursel (MR) souligne toutefois un paradoxe : "D’une part, la Région dispose d’une taxe sur l’incinération et, d’autre part, nous allons réinjecter de l’argent dans une installation vétuste qui n’est pas optimale pour la production d’électricité verte. Alors que l’argent des certificats verts devrait financer le développement d’installations innovantes en matière d’énergie".

Pour sa part, le député Arnaud Pinxteren (Ecolo) dit regretter que le gouvernement bruxellois puise dans les budgets dédiés au développement des énergies renouvelables pour soutenir une politique des déchets du passé. "Chaque Bruxellois paiera bientôt, au travers de sa facture d’électricité, un montant qui servira à subsidier l’incinération au lieu d’investir dans la récupération et le recyclage."