Tunnels bruxellois: "Chercher un responsable et le charger de tous les maux montre une méconnaissance du dossier", selon Vervoort

Pour M. Vervoort (PS), auditionné après MM. Picqué (PS) et de Donnea (MR), les responsabilités publiques doivent certes être établies, mais elles dépassent les personnes et les partis.

Tunnels bruxellois: "Chercher un responsable et le charger de tous les maux montre une méconnaissance du dossier", selon Vervoort
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On ne sortira de la crise des tunnels que via des changements de mentalité à travers de la mobilisation des outils de mobilité des trois Régions et du fédéral, de l'organisation intra-bruxelloise en renforçant l'expertise et l'organisation de Bruxelles Mobilité et dans le financement, via un assouplissement des règles budgétaires qui freinent le développement des Régions, a souligné l'actuel ministre-président bruxellois, Rudi Vervoort, entendu en fin de journée par la commission spéciale du parlement bruxellois chargés de se pencher sur les circonstances de la dégradation de l'état des tunnels de la capitale et les leçons à en tirer. Pour M. Vervoort (PS), auditionné après deux de ses prédécesseurs, MM. Charles Picqué (PS) et François-Xavier de Donnea, les responsabilités publiques doivent certes être établies, mais elles dépassent les personnes, et les partis. "Chercher à désigner un responsable et le charger de tous les maux montre une méconnaissance du dossier", a-t-il commenté.

Le chef de file du gouvernement bruxellois a concédé que son équipe n'avait pas géré au mieux la communication sur sa gestion du dossier des tunnels ce qui a contribué à l'hystérie autour de la perspective d'une fermeture du tunnel Stéphanie durant un an. "La crise nécessite une communication sérieuse et elle n'a pas eu lieu, ce qui a engendré une sur-réponse par rapport aux faits. Il en eût été tout autrement si nous avions communiqué en novembre", a-t-il commenté.

D'après le ministre-président, rien n'a alerté le gouvernement bruxellois sur l'ampleur des problèmes de structure et de stabilité des tunnels avant les études lancées par le gouvernement bruxellois à la fin de l'année dernière. La demande d'analyse de l'étanchéité du tunnel Léopold II par le ministre de la Mobilité, Pascal Smet, en octobre dernier et la chute d'un morceau de plafond du tunnel Rogier en novembre ont amené l'exécutif à l'évidence de la nécessité d'une étude approfondie de la structure et de la stabilité de l'ensemble des tunnels.

Selon ses propos, à son entrée en fonction, en 2013, M. Vervoort n'a pas reçu les informations relatives au diagnostic des tunnels bruxellois réalisé entre juillet 2009 et décembre 2010, et du Masterplan rédigé entre septembre 2012 et août 2013. Il a ajouté avoir découvert ces documents en janvier 2016, mais cela revêt une importance finalement relative car ceux-ci portaient davantage sur les aspects de sécurité liés à l'incendie et aux équipements.

La communication de la ministre de la Mobilité du gouvernement précédent, Brigitte Grouwels (CD&V), sur la planification pluriannuel des travaux publics et transport visait l'ensemble, y compris les pistes cyclables, les parkings de transit et les tunnels sans contenir de note de stratégie globale sur les investissements dans l'entretien des tunnels demandée par le gouvernement bruxellois en juin 2013.

De leur côté, les ministres bruxellois n'ont pas demandé non plus à Mme Grouwels le document relatif au Masterplan tunnel auquel cette planification faisait allusion.

Le memorandum de Bruxelles Mobilité transmis au moment de la formation de l'actuel gouvernement n'a quant à lui pas alerté celui-ci de l'ampleur des problèmes de structure et de stabilité des tunnels.

Dans ses réponses aux questions des membres de la commission, M. Vervoort a par ailleurs indiqué que la cellule tunnels de Bruxelles Mobilité, souffrant d'un déficit d'effectifs avait récemment été renforcée par dix personnes (ingénieurs et chefs de chantiers) transférées d'autres services.

Les membres de la commission ont été invités à transmettre leurs premières propositions de recommandations en début de semaine prochaine. Une audition de la société Egis tunnels qui s'est penchée sur l'état des tunnels bruxellois n'est pas à exclure. Le débat sur les recommandations devrait débuter mercredi prochain.


Charles Picqué: "Le traitement qui a été réservé à Bruxelles n'est pas étranger au problème que nous connaissons"

Au fil des ans, le sous-financement de la Région bruxelloise a pesé sur les choix politiques, y compris sur la gestion des tunnels, mais des investissements importants ont été consentis et la sécurité des usagers n'a jamais été négligée, a affirmé en substance mercredi Charles Picqué, qui fut ministre-président de la Région bruxelloise de 1989 à 1999 et de 2004 à 2013, devant la commission spéciale du parlement bruxellois.

M. Picqué s'est également attardé sur le contexte dans lequel le gouvernement fédéral a conçu la ville et, dans ce cadre, son réseau de tunnels. "Les arbitrages budgétaires n'ont jamais été faits au détriment de la sécurité dans les tunnels. Je suis convaincu que le traitement (ndlr: financier) qui a été réservé (ndlr: par l'Etat fédéral) à Bruxelles n'est pas étranger au problème que nous connaissons", a résumé l'ex-ministre-président.

M. Picqué (PS) a aussi rappelé le contexte de la construction des tunnels dans les années '50 qui traduisait une vision de concentration des grandes administrations au coeur de la capitale et d'acheminement des fonctionnaires à l'aide d'infrastructures routières jusqu'au plus près du lieu de travail.

La création de la Région en 1989 s'est accompagnée par un désintérêt plus ou moins grand de l'Etat fédéral pour sa capitale.

Dans ce contexte défavorable, a poursuivi M. Picqué, la Région a néanmoins consacré entre 25 et 30% des ses moyens limités à la mobilité.

Mais les défis que Bruxelles avait à relever dans l'immédiat étaient nombreux: combler les dettes des communes, des hôpitaux publics, la STIB, les services de l'agglomération bruxelloise, et les contrats de quartiers, qui arrêté la poursuite de la dégradation.


François-Xavier de Donnea: "S'il y avait eu un risque imminent à l'époque, il y aurait eu un accident grave"

L'ex-ministre-président bruxellois François-Xavier de Donnea (MR) a affirmé mercredi que durant les deux années de son mandat à la tête de l'exécutif régional au début des années 2000 l'administration ne lui a jamais fait état de danger imminent concernant la sécurité dans les tunnels de la capitale. A l'époque, il a beaucoup été question des plans catastrophes, mais guère plus.

M. de Donnea a recommandé aux membres de la commission spéciale tunnels du parlement bruxellois d'entendre le chef de cabinet de l'ex-ministre de la Mobilité Jos Chabert (CD&V), Steven Van Ackere (ndlr: M. Chabert étant décédé) pour les questions relatives au suivi plus direct du dossier, durant son mandat.

"Je faisais confiance à Jos Chabert, et j'ai eu raison de le faire jusqu'à preuve du contraire", a dit M. de Donnea.

Pour M. de Donnea, la question de l'insuffisance des moyens budgétaires n'est pas pertinente car si des risques d'accident imminent avaient été mentionnés, les moyens nécessaires auraient été dégagés pour y remédier. Mais il a aussitôt reconnu ne pas avoir suivi ce dossier de près, et avoir fait confiance au ministre en charge du dossier. La préoccupation du moment allait beaucoup plus au risque d'incendie et d'accident qu'à des problèmes de stabilité.

A ses yeux, l'état actuel des tunnels est la conséquence d'une insuffisance d'inspections au fil du temps.

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