Bruxelles: l’Art nouveau en péril

L’éventuelle démolition de la Villa Féron inquiète les architectes.

A. F.
Bruxelles: l’Art nouveau en péril

Majestueuse villa réalisée par Victor Horta (1861-1947) et inaugurée en 1904, la Villa Féron, implantée sur un terrain privé dans l’avenue de Bon-Air à Rhode Saint-Genèse en périphérie bruxelloise, est menacée de destruction. En cause : un permis de démolition a été délivré par la commune au nouveau propriétaire, dans le but d’y développer un projet immobilier.

L’agence flamande du patrimoine a refusé de classer le bien sous prétexte que "les éléments dits de vestiges et d’époque étaient insuffisants", mais s’est toutefois opposée à la démolition. Les nostalgiques de cet ouvrage implorent désormais le ministre président de la Région flamande Geert Bourgeois (N-VA) de prendre un arrêté de protection de l’ouvrage. La décision devrait être connue dans le courant du mois de mai.

L’éventuelle démolition de ce joyau architectural suscite l’indignation des amateurs d’architecture. Ils craignent que peu à peu, les œuvres de Victor Horta, chef de file incontesté des architectes Art nouveau en Belgique, disparaissent à petit feu.

Presque toutes les œuvres publiques de Victor Horta ont disparu

C’est en tout cas le constat tiré par Jos Vandenbreeden, spécialiste de l’œuvre de Victor Horta et de l’Art nouveau. "Ce serait une erreur fondamentale de détruire la Villa Féron ! Depuis 1950, environ 40 % des œuvres architecturales réalisées par Victor Horta entre 1885 et 1947 ont été détruites", explique-t-il. "Quasiment toutes ses œuvres publiques ont disparu, comme la bien connue Maison du Peuple en 1965, l’hôtel Aubecq ou le magasin l’Innovation. En Région bruxelloise, seuls demeurent les maisons de particuliers et les anciens grands magasins de tissus Waucquez où s’est aujourd’hui érigé le centre belge de la bande dessinée, à proximité du Mont des Arts."

Quatre maisons à Bruxelles classées au Patrimoine mondial

Mais plusieurs chefs-d’œuvre ont toutefois été classés en Région bruxelloise. "Quatre maisons de Victor Horta sont classées au Patrimoine mondial. Il s’agit de l’hôtel Tassel, l’hôtel Solvay, l’hôtel Van Eetvelde et sa maison personnelle, le musée Horta", ajoute Jos Vandenbreeden, qui déplore un manque d’intérêt des autorités. "L’Art nouveau n’est pas démodé mais en général, les autorités ne s’intéressent que peu à l’architecture historique ou aux monuments d’autres époques. Par exemple, si la famille Wittamer n’avait pas racheté l’hôtel Solvay, celui-ci aurait aussi été détruit", conclut ce spécialiste de l’Art nouveau, inquiet à juste titre pour la préservation de ce type d’architecture, partie intégrante du patrimoine bruxellois.