Economie et habitat au bord du canal, une équation difficile à concilier

Christian Laporte

Encore une réflexion aussi utile qu’importante sur l’avenir de la zone du canal et donc de la Région…Favoriser le retour des habitants des villes sans négliger les importants défis économiques… L’équation n’est pas simple sur le waterfront bruxellois à propos de la zone du canal, plus que jamais en ligne de mire en ces temps de terrorisme désespéré plus sociétal que religieux… Entre les villes et leurs ports, les relations sont parfois aussi tortueuses que les fleuves qui y conduisent.

Chez nous aussi au fil de l’eau, le paysage varie souvent : il y a des sites industriels, voire postindustriels, des sites urbains très densément peuplés, semi-naturels, en cours de désertion ou de mutation vers d’autres affectations. La zone du canal à Bruxelles connaît aussi cette grande fragmentation, fonctionnelle et morphologique.

Résulat ? Le waterfront bruxellois, atout-clé pour promouvoir un retour vers la ville navigue entre rénovation urbaine, spéculations immobilières purement privées et partenariats public-privé, éventuellement multifonctionnels. On ne méprise plus les friches industrielles car elles sont des opportunités pour créer de nouveaux morceaux de ville. Face à ça, ces zones soumises à une pression foncière des activités urbaines intéressent au plus haut point les acteurs du transport et de la logistique pour redéployer le fret fluvial.

Des mutations de manière parcellaire

Or donc le bord de l’eau bruxellois vit de multiples pressions. Face à la très lente émergence d’un plan d’ensemble, il y a une relative absence de régulation ou d’arbitrages. Les mutations se font projet par projet. Ce qui démultiplie les relations horizontales entre groupes d’acteurs et institutions. Dans ce cadre, le projet propose une démarche transversale et globale, remettant en cause les logiques sectorielles, au sens de fragmentation des tâches et des fonctions urbaines et les rapports institutionnalisés, voire hiérarchisés entre acteurs. En même temps, les logiques de régulation et d’arbitrage marquées par les plans fondés sur l’expertise technique et sectorielle et l’emboîtement des échelles (Région, commune, quartier) s’affaiblissent. Les effets de l’approche urbanistique par projet dans la zone du canal sont au cœur du numéro 110 des Brussels Studies avec Kristel Mazy, docteure de la Faculté d’Architecture et d’Urbanisme de l’UMons. La chercheuse illustre son analyse au travers de deux espaces représentatifs des évolutions urbanistiques contemporaines : Tour et Taxis et Biestebroek.

Acquis anciens, enjeux nouveaux

Il en résulte que la logique de projet participe à reproduire les coupures fonctionnelles de l’ère industrielle mais on voit aussi surgir de nouveaux cadres de dialogue ville-port. L’analyse spatiale et temporelle des mutations des interfaces ville-port montre que l’introduction de la démarche de projet agit peu en faveur d’une reconnexion. Il y a donc parfois un écart significatif entre les intentions affichées, les dynamiques et les résultats concrets. La zone du canal évolue au contact de l’économie productive et résidentielle. Et ça s’accompagne de rivalités sur son devenir.

--> "Repenser les liens entre Bruxelles et son port : un enjeu d’aménagement pour la zone du Canal" : à partir de ce lundi sur www.brusselsstudies.be