Le Wiels, un outil culturel qui fait mousser son quartier à Forest

Christian Laporte
- Situation financière du Centre d'Art Contemporain WIELS: conf. de presse du Ministre-Président bruxellois et du Conseil d'Administration du WIELS - Persconf. van Charles Picqué en de Raad van Bestuur van WIELS over de situatie van het Centrum voor Hedendaagse Kunst 8/7/2011 pict. by Didier Lebrun / © Photo News
- Situation financière du Centre d'Art Contemporain WIELS: conf. de presse du Ministre-Président bruxellois et du Conseil d'Administration du WIELS - Persconf. van Charles Picqué en de Raad van Bestuur van WIELS over de situatie van het Centrum voor Hedendaagse Kunst 8/7/2011 pict. by Didier Lebrun / © Photo News ©Photo News

De l’impact d’un centre culturel sur un quartier marqué par son passé industriel et sa précarité sociale.

Il y a dix ans, l’implantation d’un centre d’art contemporain dans un quartier forestois jadis industriel et frappé par la précarité socio-économique pouvait être considérée comme le coup d’envoi d’une ère nouvelle. Le Wiels installé dans l’ancienne brasserie Wielemans a changé la physionomie du quartier en accueillant des expositions temporaires, des résidences d’artistes mais aussi des activités de médiation. Mais le Wiels, c’est aussi une architecture Art déco qui frappe les regards.

La mutation positive d’un quartier

De fait, on peut utiliser des outils culturels pour rendre attractifs et redévelopper d’anciens quartiers industriels. Et ce n’est pas fini avec la mutation annoncée du garage Citroën de la place de l’Yser en pôle culturel d’envergure internationale. Mais sauvera-t-on vraiment les espaces urbains délaissés par la culture ? Il s’impose de prendre quelque recul pour comprendre les logiques et les effets socio-spatiaux de ce développement urbain-là. C’est le thème du numéro 112 des Brussels Studies, mis en ligne ce lundi. Géographe à l’ULB, Simon Debersaques y fait une analyse approfondie de la relation entre un lieu culturel et son quartier, à partir de la création du Wiels. Après une synthèse de l’abondante littérature sur le sujet, le chercheur retrace la trajectoire de l’équipement culturel au travers des logiques de production, des stratégies d’acteurs et des dynamiques sociospatiales à l’œuvre depuis son ouverture. Conclusion ? Le Wiels, lieu culturel hybride, a vu évoluer sa relation au territoire. Conçu comme un équipement-vitrine, il s’est mué en équipement communautaire pendant ses premières années. Pour Simon Debersaques, "le centre s’affirme désormais comme un équipement créatif. Les logiques socio-s pa tiales s’y superposent toutefois : comme équipement communautaire, il offre aux riverains de nouvelles activités socio-artistiques alors que sa dimension de vitrine revalorise l’image de ce quartier dont se sont emparés des promoteurs immobiliers." De quoi susciter "des interrogations sur les tensions entre ces logiques et aussi sur les conséquences sociales à plus long terme dans l’environnement proche. Les transformations à l’œuvre semblent annoncer un scénario de gentrification du quartier". Car si cela a a permis de "donner un coup de projecteur sur ce quartier populaire et péricentral", il en résulte également que le Wiels va "attirer dans le bas de Forest des résidents plus aisés et des activités parfois faiblement pourvoyeuses d’emplois pour les habitants actuels". Pour le géographe, il est trop tôt de conclure que "le Wiels sera autre chose qu’une tête de pont de la gentrification dans un espace populaire péricentral. Cependant, une chose est sûre pour lui comme pour ce qui devrait émerger place de l’Yser : ceci n’est pas (qu’) un musée"


Un bâtiment iconique d'Adrien Blomme

Selon Simon Debersaques, "Le Wiels a été implanté dans un bâtiment iconique - le Blomme, du nom de son architecte - hérité des brasseries Wielemans-Ceuppens, sis dans un quartier péricentral du bas de Forest et hors des zones habituelles de diffusion d’art à Bruxelles". Si la brasserie Wielemans-Ceuppens s’y installa à la fin du XIXe siècle, ce fut sans conteste pour sa position stratégique au sud de Bruxelles. Soit le long du chemin de fer et au carrefour de trois axes routiers importants : les avenues Van Volxem, Wielemans-Ceuppens et Pont de Luttre. "Ces derniers, explique Simon Debersaques, structurent le bas de Forest en trois quartiers distincts dans l’imaginaire collectif : le quartier Saint-Antoine stigmatisé par son image de quartier d’immigration révélée et exacerbée par les émeutes des années 90; le quartier Primeurs-Pont de Luttre longtemps oublié en raison de son enclavement dans la zone industrielle par la double voie ferrée; et la partie du quartier Van Volxem-Van Haelen qui fait transition (en ce qui concerne la densité, les caractéristiques socio-économiques et lu bâti) entre les quartiers populaires du bas et les quartiers plus aisés du haut de Forest."

Près du croissant pauvre bruxellois

Autre constat : on est dans l’un des quartiers dits "en relégation du croissant pauvre bruxellois". Avec une densité élevée (17 266 hab/km2) nettement au-dessus de la moyenne régionale (7 209 hab/km2), une population jeune (27 % de 0-17 ans et 19 % de 18-29 ans), un revenu médian par déclaration faible (15 813 €, largement en deçà de la moyenne régionale de 18 941 €), et un taux de chômage élevé (34 % contre 23 % en moyenne en RBC) surtout chez les jeunes. Mais "vu les réserves foncières importantes - il s’agit d’une ancienne dorsale industrielle - ces quartiers connaissent une vague de rénovation privée qui s’est accélérée depuis 2006 à la suite d’un investissement public dans le quartier". Enfin, c’est "une porte d’entrée de la région, à mi-chemin entre le ring ouest et le centre-ville, près de la gare du Midi. Elle est aussi proche de Saint-Gilles en cours de gentrification et connue pour sa forte concentration d’artistes".


"Equipement culturel et développement urbain : le centre d’art contemporain Wiels, héraut des logiques de transformation d’un quartier populaire ?" est publié ce lundi sur www.brusselsstudies.be