Une photo jugée sexiste suscite l'émoi au barreau de Bruxelles

Certains jugent la couverture du périodique artistique, d'autres y voient une forme de soumission des femmes

Polémique au Barreau de Bruxelles : La couverture d'un périodique jugée sexiste
©DR

Certains jugent la couverture du périodique artistique, d'autres y voient une forme de soumission des femmes.

Imaginez le Palais de justice de Bruxelles. Ses grands escaliers et la statue, encore plus grande, d'un homme, pensif, surplombant une jeune femme assise à ses pieds, presque nue. C'est cette image que le périodique de la Conférence du jeune barreau (CJB) a décidé de mettre en première page de son dernier numéro.

Une couverture en noir et blanc, une pose pas très naturelle et des jeux d'ombre et de lumière : pour l'association d'avocats bruxellois, cette photo relève avant tout de l'esthétisme. "La publication de cette couverture a procédé d’un choix artistique de la rédactrice en chef du périodique", certifie Anne-Claire Dombret, présidente de la CJB.

Mais tous et toutes ne sont pas de cet avis. Suite à la publication du numéro de février, de nombreuses voix se sont élevées pour faire part de leur incompréhension face à cette Une. Sur Facebook, l'avocate Caroline Dumoulin se dit atterrée de ce choix : "Atterrée que personne ne se soit posé la question du ressenti des consœurs, atterrée qu'aucune autre idée ne soit venu à l'esprit, pour illustrer la libération de femme, que d'en exposer une à moitié nue."

Un autre avocat, sous couvert d'anonymat, estime quant à lui que "ça peut être considéré comme artistique mais je ne comprends pas le message politique que cela vise à faire passer. Ce qui est dérangeant, c'est que le monde du barreau est un monde dans lequel la femme peine à trouver sa place. Dans ce contexte, je trouve dommage d'exploiter cette couverture pour faire passer une telle image de la femme."


"Un débat opportun"

De son côté, la CJB se défend de "cautionner une quelconque soumission des femmes ou un traitement inégalitaire des sexes, qui sont totalement à l’opposé des valeurs des membres de notre association". Anne-Claire Dombret précise ainsi avoir récolté des commentaires très positifs : "certaines personnes nous ont félicité, trouvant l'œuvre belle et estimant que la femme qui y est représentée dégage fierté et pouvoir."

Sans surprise, sur Facebook, ces personnes sont majoritairement des hommes. L'un d'eux se base sur un billet d'humeur publié dans le même périodique. Rédigé par une femme, avocate elle aussi, l'article revient sur une remarque lancée à une consœur parisienne lors d'une conférence : "Quand je vous vois, Madame la Deuxième Secrétaire, je bande !"

Dans son billet, Audrey Despontin, secrétaire de la CJB, ne voit là qu'une remarque grivoise, signe de la liberté d'expression qui caractérise notre société. "Pourquoi devrions-nous entraver le chemin de celles qui, par choix et non par crainte, fixent leurs propres limites et tracent les contours de la blague, de la tentative – importune ou non – de séduction, de l’humiliation, du harcèlement ?" Selon elle, condamner cette remarque comme étant sexiste alors que la principale concernée ne l'a pas fait reviendrait à la victimiser malgré elle, à la réduire au silence.

Vendredi dernier, le collectif féministe Fem&Law (féminisme et droit) a tenu à s'exprimer sur le sujet, de manière satyrique : "On n’identifie pas, sur cette photographie, la moindre position de subordination entre la jeune vestale dénudée et le patriarche mythique, fût-ce par leur taille ou leur position respectives, tout comme on ne perçoit aucune évocation de logiques de domination dans votre commentaire des blagues énoncées à la Berryer."

En optant pour un ton ironique, le collectif tenait à rappeler que ce cas précis est révélateur d'une situation générale : "Les discriminations et les inégalités au sein des milieux juridiques sont souvent méconnues. Les femmes sont majoritaires sur les bancs des facultés de droit et parmi les praticiennes les plus jeunes et aux postes les moins élevés. Les avocates gagnent en moyenne la moitié du salaire perçu par leurs confrères."

Engagée, Fem&Law se défend de toute posture morale : "Nous ne prétendons pas savoir ou définir ce qui et beau ou drôle mais l’art et l’humour jouent un rôle dans la perpétuation des ordres établis. Nous voulons remettre du politique dans ce débat qui n’est pas d’abord esthétique ou humoristique."


Sur une note plus humoristique, un internaute pointe la Une de l'équivalent néerlandophone du périodique. "Je suis choqué de voir que pour deux couvertures similaires il faut une vingtaine d’hommes sur l'une pour rivaliser avec une seule femme sur l’autre."

De son côté, la Conférence du jeune barreau se réjouit de l'émergence d'un débat : "Que cette couverture ait pu donner naissance à un débat sur la place de la femme au sein du barreau de Bruxelles nous semble opportun, cette question méritant certainement que l’on s’en préoccupe."

Voilà au moins un point sur lequel tout le monde semble être d'accord. L'association Fem&Law appelle ainsi toutes celles et ceux qui le souhaitent à se joindre aux mobilisations du 8 mars prochain : "C'est la journée des droits des femmes, une mobilisation qui vise à souligner les rôles cruciaux qu'exercent les femmes dans la société. Si les femmes s'arrêtent, la société s'arrête !"