"Muselés": des infirmiers bruxellois dénoncent une amputation salariale, la police réquisitionne certains grévistes

Après la crise sanitaire, les hôpitaux sont devenus le théâtre d'une crise sociale.

"Muselés": des infirmiers bruxellois dénoncent une amputation salariale, la police réquisitionne certains grévistes
©Belga

On le sait déjà, dans les hôpitaux belges les syndicats ont déposé en front commun un préavis pour le 17 juin. Les membres du personnel soignant souhaitent dénoncer l'énorme pression qu'ils subissent pour atteindre "les impératifs économiques et médicaux" dans ce contexte de crise sanitaire. Ils demandent notamment aux directions des hôpitaux de leur octroyer des moyens pour souffler après cette hausse de nouveaux patients admis. De fait, le taux d'absentéisme du personnel soignant n'a jamais été aussi haut dans nos centres de soins.

À l'hôpital Erasme à Bruxelles, les infirmiers et infirmières ont décidé de faire valoir leur mécontentement dès aujourd'hui. Dès 13 heures, ils quitteront leur poste et entreront en grève pour une durée indéterminée. En plus de la surcharge de travail, ils manifestent aujourd'hui contre le manque de reconnaissance de leur profession. En effet, dès le 1er juillet le métier d'infirmier spécialisé ne sera plus reconnu. Dès lors le salaire de cette profession se verra "amputé". Dans les couloirs de l'hôpital, ils sont plusieurs à avoir épinglé au mur les pertes salariales qu'ils s'apprêtent à subir. On parle ici de plusieurs milliers, voire des dizaines de milliers d'euros par infirmier sur l'ensemble de leur carrière. Le métier, déjà en pénurie, risque d'être encore moins attractif. 

Le 12 mai dernier, deux associations d'infirmiers spécialisés avaient envoyé une lettre au ministre de la Santé. Plusieurs centaines d'infirmiers avaient signé cette dernière clamant le peu de reconnaissance de leur profession. Et pour cause, pour être infirmier spécialisé il faut suivre quatre ans d'étude plus une année de spécialisation. Cette formation ne sera donc plus valorisée, la goutte de trop au vu de la charge importante de travail qui a découlé de la pandémie. "Toutes les études internationales prouvent que plus les infirmiers sont spécialisés et formés, plus le taux de mortalité diminue dans les hôpitaux. Les décisions politiques vont donc à l'encontre de la sécurité des patients", a clamé Jérôme Tack à nos confrères de La Première, qui préside l'association des infirmiers des soins intensifs à Erasme.

Un service minimal a été mis en place à Erasme afin d'assurer la continuité des soins. Certains infirmiers ont d'ailleurs été réquisitionnés par la police pour venir travailler. Sur Facebook, ils sont plusieurs à avoir partagé la convocation qui leur a été remise en mains propres et à avoir dénoncé le fait qu'ils ne peuvent pas manifester. "Infirmier muselé", peut-on lire en légende de l'un des clichés. 

 

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