93% du territoire bruxellois est un désert sanitaire

Les toilettes publiques accessibles au plus grand nombre sont trop rares à Bruxelles, montre un recensement élaboré par l'ASBL Infirmiers de rue, le groupe de recherche de l'ULB HyPer et l'application Peezy.

93% du territoire bruxellois est un désert sanitaire
© GUILLAUME JC

Une toilette publique pour 11 000 habitant(e)s. Le ratio est maigre pour la Région capitale, qui compte 1,2 million de Bruxellois(es) et des millions des navetteurs et touristes mais seulement 175 sanitaires publics et accessibles. Ce recensement est l'œuvre bénévole de trois organismes bruxellois. "Pour moi, le point de départ était le constat qu'il existe beaucoup plus d'urinoirs que de toilettes et donc que les sanitaires sont peu accessibles aux femmes, explique Teresa Iglesias Lopez, de Peezy. En faisant des recherches, je me suis rendu compte qu'il n'y avait aucun recensement régional des sanitaires publics."

Parmi les données existantes, celles de l'ASBL Infirmiers de rue qui a créé une carte des services gratuits accessibles aux personnes vivant dans la rue. HyPer, le groupe de recherche sur la précarité hydrique de l'ULB, travaille aussi sur le sujet. Après une mise en commun de leurs recherches, les trois collectifs tirent un constat alarmant : 40% des sanitaires publics bruxellois ne sont pas accessibles aux femmes et moins de 25% le sont aux personnes à mobilité réduite (PMR). Par ailleurs, à peine plus de 50% des toilettes sont gratuites et moins de 40% sont ouvertes 24h/24. Les sanitaires existants se trouvent en outre principalement dans la zone du Pentagone. "Certaines communes comme Koekelberg ou Ganshoren n'en ont pas. La Ville en compte le plus mais peu dans le nord. Berchem, elle, a un très bon recouvrement par rapport à sa population."

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Autant de données que les utilisateurs d'Android peuvent dès à présent retrouver sur l'application Peezy, qui fonctionne un peu comme Google Maps. "Nous avons visité toutes les toilettes pour savoir lesquelles sont accessibles aux PMR, lesquelles sont payantes, disposent d'un espace pour mettre la poussette et d'une table à langer et quelles sont leurs heures d'ouverture. L'initiative est bénévole, nous n'avons pas les moyens d'être sur l'App Store pour l'instant. Mais l'objectif est de sensibiliser la Région à cet enjeu pour que cela devienne un service public accessible à tous."

Et pour cause, le manque de toilettes à Bruxelles est générateur d'inégalités, soulignent les chercheurs du groupe HyPer. "Si l'on considère que la zone de recouvrement d'une toilette publique équivaut à une distance de 250 mètres, alors l'étendue désert sanitaire représente 93% du territoire régional, précise Pauline Bacquaert. Cela signifie qu'un nombre très important de personnes n'ont pas accès à des toilettes, ce qui n'est pas sans conséquence pour la propreté de la ville et la santé des personnes qui vivent en rue." 

Avec la crise et la fermeture des établissements Horeca et de service public, le problème s'est encore amplifié car les solutions de repli ont disparu. Et la multitude d'acteurs compétents ne simplifie pas les choses. "Les communes sont compétentes sur leur territoire, la Stib dans ses stations de métro, la SNCB dans ses gares et Bruxelles Environnement dans ses parcs. Cela conduit à de l'immobilisme, comme pour la Gare du Midi. C'est pourquoi nous préconisons une gestion régionale de la question afin de garantir une cohérence et une accessibilité au plus grand nombre."

Outre la création de sanitaires supplémentaires, les collectifs prônent une meilleure utilisation des services existants. "On peut adapter l'offre de toilettes aux spécificités des quartiers. C'est par exemple le cas à Berchem avec des toilettes sèches moins coûteuses ou à Bruxelles-Ville avec des toilettes autonettoyantes qui demandent moins d'entretien. L'initiative des toilettes accueillantes, qui consiste à accorder une prime aux établissements Horeca qui ouvrent leurs toilettes aux personnes qui en ont besoin, est aussi une bonne option."