Décès d'Henri Lambert, aumônier des artistes, ami de Leo Ferré

L’ancien aumônier des artistes marqua la vie ecclésiale et culturelle à Liège et à Bruxelles.

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© BELGA

Le P.Lambert, sj, est décédé à l’âge de 89 ans. Né à Ham-sur-Heure, il avait opté pour la Société de Jésus et fut ordonné prêtre le 6 août 1965. Enseignant au Collège Saint-Benoît Saint-Servais à Liège où il développa divers projets mêlant foi et Culture, il rejoignit la cathédrale de Bruxelles en septembre 1992, comme successeur de l’aumônier des artistes, l’abbé Jacques Michiels, imposant l’idée qu’une foi sans ouverture culturelle était stérile. Avec le cardinal Danneels, Il fit aussi découvrir en Belgique l’œuvre du dominicain coréen Kim En Joong.

Comme enseignant, le P.Lambert développa avec bonheur le concept de « la pièce de rhéto ». Un modèle qu’on connut dans d’autres grandes écoles catholiques comme St-Pierre à Uccle mais qui dans l’environnement liégeois prit une ampleur sans limites ! Les années 60 avaient freiné l’enthousiasme mais avec le P.Jacques Schuind, Henri Lambert relança brillamment la mécanique. En s’adaptant aux réalités de l’heure : plus question de présenter uniquement des pièces sur et avec des interprètes masculins, place à la mixité… la vraie avec des comédiennes issues d’autres écoles. Avec un sommet en 1988 : pour les 175 ans du Collège, Henri Lambert créa « Errances », un florilège des pièces des 20 années précédentes, interprété par les acteurs de l’époque.

Mais l’ouverture d’esprit d’Henri Lambert allait bien au-delà. Il co-signa ainsi un ouvrage décisif sur Léo Ferré, né d’une rencontre entre des hommes qui n’avaient aucune raison de se croiser : le jésuite Henri Lambert y collabora avec le poète Luc Vidal, créateur des Cahiers d’études Léo Ferré et avec Philippe Olivier, mélomane et écrivain. Il en émergea un Ferré bien différent de l’athée, de l’anar et du provocateur. Plus encore, le 17 juillet 1993, Henri Lambert prononça l’éloge funèbre de Léo Ferré, au cimetière de Monaco, à la demande de son épouse et de sa sœur. Car Lambert et Ferré furent amis pendant plus de 25 ans. Cela remontait à 1969 lorsque le premier invita ses élèves à développer leur curiosité intellectuelle, le tout ponctué par un tour de chant… Malgré certains parents qui ne voyaient en Ferré qu’un homme sans foi ni loi. Aussi, le gala se déroula au Palais des Congrès. “Ce qui nous a rapproché”, écrivit le P.Lambert « c’est que Ferré savait s’engager dans la dignité de l’homme ». Son athéisme ? « Le refus obstiné et légitime d’une certaine image de Dieu telle qu’elle fut présentée dans le collège de son enfance. Lambert en retint qu’il ne « pouvait pas se désintéresser du cri du monde…Si je ne peux apporter une solution à tous les problèmes du monde, je ne peux pas ne pas être frère »…