Un podcast pour décoloniser l’ULB

La visite guidée permet de questionner la présence de symboles de l’époque coloniale sur le campus universitaire.

Un podcast pour décoloniser l’ULB
El Massaoudi Sarra

Statues peintes en rouge, monuments déboulonnés, noms de rues et voiries questionnés : la place qu’occupent les symboles de l’époque coloniale fait l’objet de nombreux débats à Bruxelles. Et les universités n’échappent pas à cette remise en question. À l’occasion de la Journée de la coopération de l’ULB, l’Université bruxelloise a invité l’ONG ULB Coopération à organiser des activités autour de la décolonisation. L’organisation a alors fait appel au Collectif mémoire coloniale et lutte contre les discriminations (CMCLCD) pour proposer une visite décoloniale du campus. Problème : on était alors en 2020, et le Covid est gentiment passé par là.

Qu'à cela ne tienne, le Collectif et ULB Coopération ont réfléchi à une autre façon de mettre en lumière les symboles de l'époque coloniale encore présents au Solbosch. Après des mois de travail, c'est finalement sous la forme d'un podcast que le projet s'est concrétisé. "C'est quelque chose d'inédit pour nous" , précise Geneviève Kaninda, coordinatrice du CMCLCD. Pourtant, le Collectif est expert en la matière. Il organise depuis de nombreuses années des visites guidées décoloniales un peu partout à Bruxelles, dont l'une sur le campus de l'ULB.

Cette fois, il a fallu s'adapter à un autre format, celui du podcast. "Quand on fait une visite, on a 2 h ou 2 h 30 devant nous. Avec un podcast, il faut être plus court donc certains points du parcours ont été enlevés, selon la matière historique à disposition. On a aussi veillé à garder un lien entre chaque lieu pour qu'il y ait un fil rouge dans la visite." Depuis trois semaines, une balade décoloniale d'1 h 30 est ainsi disponible gratuitement sur Spotify. Pas de carte à déchiffrer ni même de besoin impératif d'être sur le campus, il suffit de se laisser guider d'un point à l'autre par la voix de la slameuse et journaliste bruxelloise Gloria Mukolo. À chacun des neuf lieux emblématiques de la visite, les explications d'un guide du Collectif permettent de comprendre les liens entre l'université et l'entreprise coloniale.

L'origine de l'ULB Coopération est, elle aussi, passée au crible. "L'ONG est le fruit de la fusion de trois organisations, dont le CEMUBAC, le Centre scientifique et médical de l'ULB en Afrique centrale, qui a participé à la colonisation. Nous avons jusqu'à présent eu peu d'occasions d'aborder ce sujet-là mais nous préparons un article sur ce que ça fait de nous en tant qu'ONG et sur notre participation actuelle à des projets décoloniaux", indique Audrey Villance, d'ULB Coopération.

Ce contenu historique est agrémenté des mots de la slameuse Joëlle Sambi et de la musique de StraZ. "Ça nous tenait à cœur d'apporter cette dimension artistique qui rythme la visite, souligne Geneviève Kaninda. Le projet se veut en même temps associatif, militant et artistique." Une première expérience avec le podcast qui ne sera peut-être pas la dernière pour le Collectif. "On est très satisfaits. Ça permet de diversifier les projets qu'on propose et de toucher un public différent. On va réfléchir à ce qu'on pourrait proposer comme autre contenu." D'ici là, si les conditions sanitaires le permettent, un événement en présentiel présentera officiellement le podcast lors de la rentrée académique.