Emir Kir VS parti socialiste : la hache de guerre est déterrée dans la commune la plus pauvre du pays

Ambiance à Saint-Josse-ten-Noode. Cette semaine, Emir Kir a viré son chef de cabinet historique Christian Boïketé, frère du premier échevin de la commune Philippe Boïketé (PS) tandis que les membres du collège communal se déchirent sur les réseaux sociaux.

Emir Kir VS parti socialiste : la hache de guerre est déterrée dans la commune la plus pauvre du pays
©Bortels et Bauweraerts
M. L.

Le président du PS bruxellois Ahmed Laaouej et le bourgmestre indépendant de Saint-Josse Emir Kir ont déterré la hache de guerre cette semaine. Exclu du parti socialiste début 2020, le maïeur tennoodois avait jusqu'ici réussi à travailler en relative bonne collaboration avec la section PS locale. Son collège échevinal faisait le job, pas de tensions - externes en tous les cas - jusqu'à ce récent post FB annonçant le départ du chef de cabinet du bourgmestre : Christian Boïketé, frère du premier échevin PS de Saint-Josse Philippe Boïketé et... future tête de liste PS à Saint-Josse aux prochaines élections communales de 2024.

Ce dernier s'est épanché sur les réseaux sociaux, dénonçant un climat de "terreur" : "lors de réunion des chefs de services du 12 octobre, il a été demandé de faire remonter toutes demandes personnelles provenant de 'certains' échevins. Il s'agit là clairement de la mise en place d'un système de fichage politique", a-t-il assuré. "Les chefs de service sont également convoqués individuellement chez le bourgmestre, en l'absence du secrétaire communal. Il leur est demandé de constituer des dossiers à charge contre ma personne. On fait également comprendre avec bienveillance et parfois menace à certains travailleurs communaux qu'ils peuvent être mutés voire licenciés s'ils persistent à m'adresser la parole. (...)Cette situation est inacceptable. Un climat de terreur règne au sein de l'administration communale de Saint-Josse. Dès demain, je prendrai contact avec la tutelle régionale pour que l'indépendance de l'administration communale soit rétablie."

Au sein du collège, chacun ou presque a pris position, sur les réseaux sociaux, commentaires acerbes ou de soutien à l'appui. Ont ainsi fait allégeance au bourgmestre l'échevine Dorah Illunga, de même que les conseillers communaux Yves Bassambi et le sulfureux Safa Akyol. Ce dernier n'a peut-être pas apprécié d'avoir été coupé au montage lors de la publication des photos du drink du PS bruxellois sur leur page Facebook. En face, le clan Boïketé forcément mais aussi l'échevine Nezahat Namli.

C’est l’annonce - attendue pour l'assemblée générale du 25 octobre prochain - de la nomination de Philippe Boïketé comme tête de liste PS à Saint-Josse - qui a poussé Emir Kir à se séparer du frère de son futur adversaire. Il faudrait être suicidaire pour laisser un loup dans la bergerie en pleine campagne électorale. D’autant qu’Emir Kir n’aura plus que le fer communal à battre vu qu’il perdra son siège de député fédéral.

Pourtant, durant deux ans, Emir Kir a semblé croire que les tensions s’étaient apaisées entre lui et Ahmed Laaouej. Il votait toujours comme le PS au parlement fédéral tandis qu’en conférence des bourgmestres, il suivait systématiquement la ligne du PS, éléments de langage compris. Envisageait-il un retour en grâce ? Il sait pourtant que les tensions avec le président de la fédération bruxelloise du PS remontent à loin. Lors de la campagne pour la présidence du PS bruxellois, on se rappelle qu’Emir Kir avait invité Rachid Madrane à débattre à Saint-Josse - il était encore au PS -, pas Ahmed Laaouej. De son côté, Ahmed Laaouej a ‘tué’ Emir Kir en l’excluant du PS pour avoir franchi le cordon sanitaire en s’affichant avec un leader turc d’extrême droite - alors qu’il pose à côté de Safa Akyol... Puis l’a étouffé en martelant à l’envi que le PS aurait d’office une liste en 2024. Autrement dit : toute personne qui suivrait Emir Kir sur sa liste serait exclu du PS.

Dans l'opposition, Ecolo constate les dégâts : "Cela fait des années que nous dénonçons des dysfonctionnements et des problèmes structurels à Saint-Josse, à l'époque avec l'ancien bourgmestre Jean Demannez, aujourd'hui encore avec Emir Kir", dénonce la conseillère communale Zoé Genot. "Nous avons maintenant un échevin qui dénonce de graves irrégularités et va interpeller la tutelle. Nous espérons qu'elle (la tutelle régionale, NDLR) mène une enquête approfondie et fasse la lumière sur cette situation, dans l'intérêt des habitants."

A deux ans des élections, chaque partie dévoile désormais ses cartes, comme si la campagne électorale venait de démarrer. La fin de la législature risque d’être tendue dans la commune la plus pauvre du pays.