Une manifestation féministe ce dimanche depuis le Mont des Arts de Bruxelles pour dénoncer les violences sexistes

La manifestation débutera à 13h00 du Mont des Arts. Elle passera notamment devant le palais de Justice et la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule.

Une manifestation féministe ce dimanche depuis le Mont des Arts de Bruxelles pour dénoncer les violences sexistes
©BAUWERAERTS DIDIER

"Nous ne pouvons plus attendre!" Tel est le message que veut faire passer la plateforme Mirabal, qui fédère des dizaines d'organisations de la société civile, à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes le 25 novembre. Dimanche, elle organise une grande manifestation féministe nationale à Bruxelles, pour exiger des actes afin de lutter contre les violences sexistes et sexuelles visant les femmes et minorités de genre. Pour la cinquième année consécutive, les femmes et leurs alliés sont appelées à descendre dans les rues de Bruxelles pour demander aux pouvoirs publics de lutter davantage contre les violences faites aux femmes. La mobilisation n'a cessé de grimper depuis 2017, avec jusqu'à 10.000 personnes dans les rues en 2019. L'an dernier, les actions avaient pris une forme délocalisée en raison de la pandémie de coronavirus.

Cette année, les organisatrices de la manifestation espèrent attirer au moins 10.000 personnes alors qu'elles constatent que les lignes bougent, mais pas assez vite et parfois dans le mauvais sens. "On voit qu'il y a du mouvement, on parle de plus en plus des violences faites aux femmes et il y a de plus en plus d'actions", expose la coordinatrice nationale de Vie féminine, Céline Caudron. Grâce aux mobilisations féministes, la sensibilisation aux violences sexistes et sexuelles grandit et des mesures sont prises "mais il n'y a pas encore assez de changement concret", regrette Mme Caudron.

"Ça ne va pas assez vite au vu de la gravité du phénomène. Certaines mesures sont prises sans qu'elles bénéficient à toutes, comme les femmes sans papiers qui n'ont droit à rien", dénonce-t-elle. Parfois, les choses ne vont pas dans le bon sens, aux yeux des organisations féministes, comme la réforme du Code pénal, "présentée comme une avancée pour les droits des femmes" alors qu'elle "ne l'est en réalité que très partiellement", explique la plateforme Mirabal dans son appel à manifester. Celle-ci dénonce notamment que les infractions sexuelles ne seront reconnues "en tant que telles uniquement s'il est avéré que leur auteur a agi sciemment et volontairement". Or, "comment démontrer, s'il ne l'avoue pas de lui-même, que l'auteur a agi en étant conscient de commettre une infraction?", s'interroge la plateforme. "Une évolution du Code pénal dans ce sens aurait pour conséquence très concrète une diminution des condamnations pour infractions sexuelles", met-elle en garde.

Les résistances s'accentuent également, selon Céline Caudron. "On voit des résistances par exemple lors de l'élaboration du Plan d'action national contre les violences de genre, surtout du gouvernement flamand, pour parler de violences en général", et non de violences faites aux femmes, pointe la coordinatrice. "On parle de violences envers le partenaire par exemple. On essaie de mettre les hommes victimes dans le même panier" que les femmes victimes. Si les violences envers les hommes ne peuvent être niées, elles sont toutefois bien moindres que celles visant les femmes et ne répondent pas aux mêmes mécanismes. Elles ne requièrent donc pas la même approche. "On ne peut les placer sur un plan d'égalité. (...) On en vient à tordre la réalité, ce qui a pour conséquence des mesures inadaptées vu qu'elles ne puisent pas leur fondement dans la réalité."

Si les femmes sont beaucoup plus concernées par les violences que les hommes, qui sont aussi majoritairement les agresseurs, c'est en raison de la structure de la société patriarcale, abondent les Femmes prévoyantes socialistes (FPS) et leur Fédération des centres de planning familial (FCPF-FPS). "L'organisation sociale et juridique se fonde sur la domination des femmes par les hommes à travers le maintien et la reproduction de toute une série d'inégalités de genre." Pour appréhender les violences faites aux femmes, une lecture genrée est nécessaire, comme le demande d'ailleurs le Grevio, groupe chargé de veiller au respect de la Convention d'Istanbul, rappellent-elles. Ce traité international contraignant a été ratifié en 2016 par la Belgique.

La société baigne dans une culture du viol, qui mène à l'excuse, la banalisation, l'érotisation, voire l'encouragement des violences sexuelles, poursuivent les FPS et leur fédération de plannings familiaux. "Ce mécanisme s'accompagne d'une culpabilisation des victimes et d'une minimisation de leurs vécus qui les freinent dans un processus de dépôt de plainte et dans la recherche d'une prise en charge appropriée et adéquate", déplorent-elles.

En réaction au mouvement "Balance ton bar" par exemple, qui rassemble les témoignages de femmes droguées à leur insu dans des cafés, bars et discothèques, il a été répété à l'envi aux femmes de mieux surveiller leur verre, avec même la création de sortes de préservatifs à mettre sur le verre pour éviter que de la drogue n'y soit versée. "Mais ce n'est pas aux femmes de changer leur comportement. Il faut faire en sorte que les agresseurs changent, eux, leur comportement", insiste Céline Caudron. Cependant, "le fait qu'on ait ce genre de réactions et de résistances montre que les choses bougent, qu'on met le doigt sur quelque chose. Mais on doit continuer à taper sur le clou pour que ça aille dans le bon sens", insiste-t-elle.

"La colère est là, elle s'exprime de plus en plus et il est temps que le politique agisse, qu'il arrête de nous balader dans des réunions et du blabla, et de balancer des promesses", demande la coordinatrice de Vie féminine. "C'est comme pour le changement climatique : si les personnes prennent conscience du problème et changent leurs comportements, c'est bien mais c'est une goutte d'eau. Ça ne sert à rien sans changement structurel. L'État doit agir, investir et consacrer un budget à la lutte contre les violences faites aux femmes", comme il s'y est engagé depuis 2016 en ratifiant la Convention d'Istanbul, rappelle Céline Caudron.

La plateforme Mirabal exige elle aussi une politique "cohérente et volontariste de lutte contre les violences, pensée et mise en œuvre en étroite collaboration avec les associations de terrain qui connaissent les besoins des victimes", y compris pour les campagnes de sensibilisation. Elle demande aussi que l'accent soit placé sur la prévention, qu'un accompagnement pluridisciplinaire soit accessible aux victimes et appelle à une reconnaissance par les institutions "de la dynamique et des impacts des violences sexistes pour adapter l'intervention des services publics au légitime besoin de réparation des victimes".

Le rendez-vous est donné dimanche au Mont des Arts à Bruxelles. De 12h00 à 17h00, des stands seront installés pour présenter les revendications féministes, agrémentés à partir de 15h30 d'un podium musical. La manifestation s'ébranlera, elle, à 13h00 du Mont des Arts. Elle passera notamment devant le palais de Justice et la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule.