Des prix plafonnés pour Uber, des tarifs quasi inchangés pour les taxis : les projets du gouvernement bruxellois dénoncés par le secteur

Après l’ordonnance cadre du plan taxi bruxellois, place aux questions pratiques : les prix et le numerus clausus. Le projet d’arrêté de Rudi Vervoort, en phase de concertation, suscite déjà de nombreuses critiques.

Ro.Ma.
Des prix plafonnés pour Uber, des tarifs quasi inchangés pour les taxis : les projets du gouvernement bruxellois dénoncés par le secteur
©BELGA

Ambiance toujours explosive dans le secteur du transport bruxellois. Alors que le cadre général du plan taxi bruxellois a été approuvé en juin dernier, plusieurs points restaient en suspens : le nombre limite de chauffeurs dans la capitale et les tarifs. L’arrêté fixant ces questions ô combien cruciales est en cours de préparation, et le secteur est désormais appelé à se prononcer sur l’avant-projet.

Le projet du gouvernement Vervoort, que La Dernière Heure a pu se procurer, ne prévoit pas de hausse du prix du taxi classique (désormais appelé "taxi de station"dans la nouvelle terminologie). Pour le taxi traditionnel sans réservation, il est prévu une prise en charge à 2,40€, un supplément forfaitaire à 2€ pour les courses de nuit, un prix par kilomètre de 1,80€, une minute d'attente à 50 centimes… et un minimum de 8€ par course.

"Ça ne nous convient pas du tout", dénonce Sam Bouchal, porte-parole de la fédération bruxelloise des taxis. "Ce tarif est le même depuis 13 ans. Mais tout augmente : les carburants, les voitures… C'est scandaleux." La fédération est demandeuse d'un prix autour de 2,20€ par kilomètre. Un taux supérieur à Liège et Namur, mais toujours inférieur à Anvers ou Gand.

Des prix plafonnés pour Uber, des tarifs quasi inchangés pour les taxis : les projets du gouvernement bruxellois dénoncés par le secteur
©Projet d'arrêté - D.R.

Notons que le "tarif 2", à savoir le supplément pour les kilomètres en dehors de la Région bruxelloise, est aboli dans le projet, à la satisfaction du secteur.

Des plafonds pour Uber

Si les prix des taxis classiques sont fixes, les prix des trajets via les applications Uber, Heetch et Bolt ("taxis de rue"selon le nouveau cadre, anciennement appelés "LVC") peuvent quant à eux varier. L'arrêté prévoit uniquement des tarifs minimaux : la prise en charge est fixée à 1,50€, le prix par kilomètre à minimum 1,50€, la minute d'attente à 40 centimes et un tarif minium à 8€ par course.

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©Projet d'arrêté - D.R.

Côté LVC, si le tarif minimum est bien accueilli ("dans les faits, c'est déjà le cas")… le plafond à 200% passe en revanche très mal. "En mettant une limite, c'est le chauffeur qui perd. Le client connaît le montant de la course à l'avance. S'il estime que le prix est correct, il n'y a pas de problème", soupire Fernando Redondo, de l'Association Belge des Chauffeurs de Limousine.

De même, les taxis classiques pourront eux aussi travailler avec des prix dynamiques s'ils travaillent sur réservation. "On n'est pas demandeur", rétorque le secteur.

Un numerus clausus de la discorde

Autre pierre d’achoppement : le nombre de licences. L’avant-projet prévoit une limitation du nombre de "taxis de station" (les taxis traditionnels) à 1425, contre 1.277 actuellement. Le nombre de "taxis de rue" sera quant à lui limité à 1825.

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©Projet d'arrêté - D.R.

Face à ce quota, Sam Bouchal évoque une "machine à précarité". "Le gouvernement est extrêmement imprudent. Si on se rend compte que ce nombre est trop élevé, il sera difficile de retirer des licences. Comment vont-ils faire ? Mieux vaut augmenter progressivement."Selon le secteur des taxis traditionnel, l'exécutif confond nombre de véhicules et nombre de chauffeurs. "On a beaucoup de taxis à l'arrêt par manque de main d'œuvre. Faisons d'abord rouler tout le parc automobile."

Du côté des chauffeurs d'application, c'est l'inverse. L'Association Belge des Chauffeurs de Limousine estime que le nombre de "taxis de rue" devrait "au moins"être de 2.500, voire 3.500, en comptant les licences wallonnes et flamandes. "Actuellement, des clients doivent parfois attendre 20 minutes avant d'avoir un véhicule", déplore Fernando Redondo.

Les fédérations rendront leur avis pour ce 12 juillet dans le cadre de la concertation. Le texte doit encore être soumis au conseil d'État, et repasser en 3e lecture sur la table du gouvernement bruxellois. Bref, le clap de fin de l'interminable saga des taxis bruxellois n'est pas pour demain...