La commune d'Uccle prend une décision radicale concernant le stationnement des trottinettes électriques

La commune d’Uccle prend la décision radicale d’interdire le stationnement des trottinettes partagées sur son sol. La décision intervient dans le contexte où l’application de l’ordonnance régionale sur le parking des engins de micromobilité coince encore. L’opérateur Tier l’assure : "on est pour les drop zones".

Julien Rensonnet
La commune d'Uccle prend une décision radicale concernant le stationnement des trottinettes électriques
©Julien Rensonnet

Uccle enclenche la surmultipliée contres les trottinettes: la commune du sud de Bruxelles a averti les opérateurs présents dans la capitale que leurs engins ne pourraient plus stationner sur son territoire jusqu’à nouvel ordre. Un courrier en ce sens a été envoyé aux acteurs de la micromobilité. Une réunion avec ces derniers est prévue mercredi prochain à Uccle.

Concrètement, ça ne signifie pas que vous ne pouvez plus circuler dans Uccle sur ces véhicules électriques, mais que vous ne pouvez plus les stationner. Les chevaucher devient donc quelque peu inutile dans la Commune. "C’est vraiment la jungle. Les personnes âges sont contraintes de slalomer sur les trottoirs. Les utilisateurs sont inciviques et les opérateurs s’en fichent complètement", tonne le bourgmestre d’Uccle Boris Dilliès (MR) dans Le Soir.

"Usagers perdus"

La décision uccloise, radicale, intervient alors qu'une ordonnance légiférant l'usage des trottinettes a été adoptée en mars 2022 au Parlement bruxellois. Celle-ci prévoit notamment des "drop zones"où les utilisateurs seront contraints de parquer leurs engins sans quoi leur location ne pourra prendre fin. Ambition : "nettoyer"les trottoirs et places, où vélos et trottinettes en libre-service vont jusqu'à s'amonceler, au détriment des piétons, poussettes et PMR. Problème: le Gouvernement n'a pas encore traduit le texte en arrêtés d'exécution. Une première lecture doit avoir lieu en septembre, nous confirme le cabinet de la ministre bruxelloise de la Mobilité Elke Van den Brandt (Groen). Il reviendra ensuite aux communes ou à Bruxelles Mobilité de délimiter ces zones, selon les voiries concernées. Leurs autres options: le statu quo ou l'interdiction.

Le problème est bien connu des opérateurs eux-mêmes. Une grande partie de leur activité consiste déjà à redresser les trottinettes renversées ou à les extirper de passages encombrés. "Les règles de stationnement sont beaucoup plus restrictives en France", confirme François-Xavier Giraud, city manager de l’opérateur Tier à Bruxelles, Liège et Roubaix. "À Bruxelles, l’erreur initiale a sans doute été de lancer les offres en free floating. Aujourd’hui, les usagers sont perdus. Certaines communes ont déjà introduit des restrictions, d’autres pas. Les utilisateurs, eux, se garent indifféremment sur des voiries communales ou régionales. Le flou persiste et ça nous demande énormément de travail. Qui parfois ne suit pas". Et le boss de la boîte allemande de confirmer que "tous les opérateurs subissent énormément de mises en fourrière". Ce qui coûte forcément en temps et en argent.

La commune d'Uccle prend une décision radicale concernant le stationnement des trottinettes électriques
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Tier, comme son concurrent Dott, a déjà introduit des restrictions de stationnement à ses utilisateurs. Celles-ci couvrent certaines zones des deux Woluwe, Koekelberg, Berchem, Evere et, déjà, Uccle. "Par exemple, certains exigent que nous n’autorisions plus le stationnement sur les trottoirs de moins d’1,20m", zoome le manager. "D’autres imposent déjà des zones peintes au sol". Le client récalcitrant risque de voir son addition alourdie s’il ne respecte pas ces injonctions.

Dès lors, les opérateurs sont favorables à des règles plus claires. "Nous souhaitons tous une procédure standardisée", opine François-Xavier Giraud. "Lorsqu’une trottinette est mal garée, il nous faut des photos qui prouvent l’infraction". Surtout, Tier attend la mise en place des fameuses drop zones. "Les drop zones, c’est la solution. L’ordonnance est là. Manque encore sa traduction en arrêtés du Gouvernement. Bruxelles Mobilité et communes la mettront ensuite en application selon leurs territoires. Nous comprenons que ces dernières ne se lancent pas tout de suite dans les travaux d’infrastructure ou de peinture: ils risquent de devoir tout recommencer".

"Nous cartographions la ville"

Dans l’attente, les opérateurs connaissent les quartiers où ces drop zones doivent, à leurs yeux, être implantées. Et le lobbying est lancé. "Nous cartographions la ville, nous transmettons ces données à Bruxelles Mobilité. Et essayons de les influencer dans la localisation des drop zones", assure le patron de Tier à Bruxelles. "Les communes sont ouvertes à nos suggestions".

Plusieurs logiques sous-tendent ces demandes. "D’abord on sait que nous complétons l’offre de transports en communs. Nous sommes un maillon de l’intermodalité. On prend son train, son métro, et on termine le trajet à trottinette", décrypte François-Xavier Giraud. "Les zones qui concentrent de gros rassemblements de trottinettes et vélos partagés sont donc sans surprise les stations STIB et gares SNCB, mais aussi les campus, les quartiers riches en horecas, les musées et lieux culturels, les centres administratifs ou les parcs". Seconde logique au travail: "La densité. Dans une ville idéale, il ne faut jamais devoir marcher plus de 200 ou 300m pour trouver une trottinette. Sinon autant faire tout le trajet à pied".

La commune d'Uccle prend une décision radicale concernant le stationnement des trottinettes électriques
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Les opérateurs seront donc réunis à Uccle la semaine prochaine. Politiquement, la décision de Boris Dilliès peut évidemment être lue comme un coup de semonce à la majorité régionale bruxelloise. "Elle procrastine complètement", lance-t-il à nos confrères du Soir. Du côté de Tier, on se veut diplomate. "Nous, on veut les drop zones", répète le responsable de cet acteur présent dans 250 villes d’Europe et du Moyen Orient. "Nous pouvons les mettre en place dans notre app rapidement et prévenir les clients tout aussi rapidement. En moins de 24h, c’est fait".