Rarement une rentrée scolaire bruxelloise aura fait couler autant d’encre au nord du pays. Dès ce lundi, c’est Pascal Smet (SP.A), nouveau ministre flamand de l’Enseignement qui regrettait que le nombre d’enfants disposant d’un "socle flamand" diminue à Bruxelles. "Si l’on n’y prend garde, ce sont d’incroyables drames humains que nous sommes en train de provoquer, expliquait le ministre. On met son enfant dans l’enseignement néerlandophone parce que l’on a entendu que c’est le meilleur. Noble objectif, mais si l’on crée ainsi du retard scolaire, cela pose problème."

Ces propos étaient largement relayés par les médias néerlandophones qui en remettaient une couche en élargissant la problématique à la Flandre. Sur base d’une étude de "Kind en Gezin", ceux-ci affirmaient que plus d’un enfant de trois ans, qui rentrait ce mardi à l’école en Flandre, sur cinq (21,1 %) ne parle pas le néerlandais à la maison. "Ce pourcentage devrait encore augmenter au cours des prochaines années", écrivait mardi "De Morgen" qui constatait aussi que ces chiffres étaient encore "plus frappants" dans les grandes villes (54,9 % à Anvers, 40 % à Genk et 33,1 % à Gand).

Devant ce constat, le Voka (Fédération patronale flamande) évoquait l’idée d’organiser des tests de néerlandais comme condition d’admission dans les écoles flamandes. "Inacceptable", pour Groen ! Bruxelles, selon qui les hommes politiques flamands prennent le problème dans le mauvais sens. Pour la parlementaire bruxelloise Elke Van den Brandt, ce ne sont pas les élèves qui doivent s’adapter à l’école, mais le contraire. "A Bruxelles, il faut un enseignement multilingue qui soit ouvert à tout le monde."

L’élue Groen ! insiste : c’est plutôt la qualité de l’enseignement qui doit être remise en question dans la capitale et non l’entourage des élèves. "Quand le prince Philippe va prendre des cours de néerlandais à Spa, il est uniquement entouré de francophones et pourtant on leur apprend très bien à parler la langue de Vondel là-bas. Je trouve que chaque élève bruxellois doit avoir accès à cette qualité d’enseignement." Rien ne sert donc de "se plaindre", selon la parlementaire, puisque "les méthodes qui fonctionnent existent". "Mais il faut les adapter aux spécificités des élèves bruxellois." Elke Van den Brandt regrette les déclarations de Pascal Smet. "Il nous a profondément déçus car il connaît la situation bruxelloise. Pascal Smet nous avait habitués à moins de paroles et plus d’actions. Là, il flirte avec des propos tenus par la N-VA."

Selon elle, il est plus que temps d’agir car les écoles vont bientôt être dépassées par l’essor démographique qui attend Bruxelles. La Communauté flamande doit ainsi "prendre ses responsabilités" en investissant "davantage" dans les écoles bruxelloises, "même si cela profite à des élèves francophones". "Drôle de raisonnement pour une politicienne flamande ? Pas vraiment. L’enseignement flamand a une très bonne réputation à Bruxelles et forme de nombreux élèves multilingues qui sont parfaitement adaptés à la société et au marché du travail. Bruxelles est une ville multilingue et pour nous, c’est un avantage, pas un handicap."