Quartier Sainte-Catherine, 15 heures. Dans le petit square au bout du quai aux briques, des petits groupes de personnes se sont formés autour du square Marguerite-Duras. Tous ont comme point commun de boire une bière en canette.

A partir du 5 octobre, ils enfreindront la loi ou plutôt l'arrêté de la ville de Bruxelles qui consiste à interdire la consommation d'alcool tous les jours 24h/24 dans l'espace public dans un périmètre étendu allant du boulevard Anspach au boulevard Baudoin en passant par le quartier Sainte-Catherine. Pour rappel, Philippe Close, bourgmestre PS de la Ville, avait interdit la consommation d’alcool dans l’espace public sur le piétonnier entre 22 h et 6 h du matin. Cette décision d'étendre l'arrêté a été prise suite à des plaintes des habitants et des commerçants. En majorité ceux derrière là où les fauteurs de troubles se seraient installés suite aux restrictions du côté de la Bourse.

"C'est un chouette quartier avec des super gens, indique tout de suite Lucy Koljaj, patronne de Chez Gaston, le glacier quai des briques. Mais tous les gens qui étaient au niveau de la Bourse sont venus s'installer ici au niveau du bassin. Ils boivent, ils se battent et agressent les gens qui passent. Pour nos clients ce n'est pas agréable. Ils sont juste en face de notre terrasse. Quand il fait beau les clients prennent une glace et s'assoient au bord du bassin avec les enfants et sont gênés par les nuisances".

Et de poursuivre : "On a échangé avec des habitants. On a participé à trois réunions. On essayé d'autres choses, des contrôles, des manière plus douces mais ils partent et ils reviennent. On avait plus trop le choix, on veut respirer. Il faut couper court à cette fréquentation. L'arrêter va aider à calmer la situation. On verra l'été prochain si cela a été efficace".

La propriétaire du glacier tient à préciser qu'elle "ne se fout pas de ces gens""Ils sont aidés par les assistants sociaux qui viennent pour les réinsérer mais la plupart ne le souhaite pas. Au départ on les accueillis mais là ils sont trop nombreux". 

Ben, est sans abri depuis presque 20 ans et il a posé ses affaires sur un banc sur la place à quelques mètres du glacier. Il dort parfois sur la terrasse du glacier et vient boire un café. "Ce sont les autres qui créent des soucis", précise t-il. Et quand on lui parle de l'arrêté alors qu'il a une blonde dans la main, il rigole : "Si des policiers arrivent je cache ma bouteille sous les couvertures mais ils le savent. Je suis connu ici. Je ne fais pas de bruit. Quand j'ai bu assez, je vais me coucher dans l'entrée du métro par exemple".

Gérard et Valérie sont riverains. Ils promènent leurs chiens sur l'esplanade des quais derrière l'église Sainte-Catherine le long du quai aux Briques. "Il y a de la musique et des cris tous les soirs, confie le mari. C'est apparu surtout au moment du confinement. Les gens boivent dehors et s'installent. Ils considèrent qu'il sont comme au café. Ils crient, parlent fort. Cela devient compliqué dans le quartier. Une fois j'ai appelé les flics et ils sont intervenus. J'ai eu envie de le faire à d'autres moments". Le couple se dit soulagé par la mesure prise le bourgmestre d'interdire l'alcool en rue dans le quartier même s'ils pensent que l'alcool n'est pas forcément le problème.

Annick Govaert, la pharmacienne à côté du square reconnaît les nuisances. "Le quartier souffre. La maman avec sa petite fille, la petite dame avec son chien, elles se sentent toutes en insécurité. Les femmes sont souvent agressées verbalement". Pour elle, cet arrêté ne vas pas résoudre le problème pour autant. "C'est beaucoup plus complexe. Il faudrait faire intervenir les acteurs sociaux". 

"Je ne suis pas pour la répression mais il faut que les gens respectent les règles. Il y a des limites", précise Michel Smeesters, propriétaire de l'hôtel Welcome qui après 33 ans ferme boutique.

© IPM GRAPHICS