Bruxelles

Voici près d'un an, le designer belge Arne Quinze livrait son immense sculpture de bois "Cityscape" à la commune d'Ixelles. Ephémère, cette oeuvre d'art a été installée en septembre 2007 sur le terrain Pro Winko (NdlR : du nom du promoteur qui a acquis le terrain à la suite de la saga immobilière Heron-Plaza) avenue de la Toison d'Or à Ixelles afin de faire oublier aux habitants et commerçants du quartier que ce site resta (trop) longtemps un chancre. Parallèlement, la Région bruxelloise a impulsé la création de l'ASBL Brussels Louise, dont l'objectif est "de repositionner le Haut de la ville", rappelle-t-on au cabinet du ministre de l'Economie et de l'Emploi Benoît Cerexhe (CDH) : "Il faut arrêter de voir ce quartier comme une zone commerciale en déclin". Pour ce faire, Brussels Louise a installé une salle bâchée festive sur le site mis à sa diposition par Pro Winko, le temps que le projet de celui-ci puisse se réaliser (NdlR : sont prévus sur l'îlot 24 de la Toison d'Or plusieurs milliers de mètres carrés de commerces et de logements).

"Pas de scellés"

Un an plus tard, qu'en est-il ? L'Atelier de recherche et d'action urbaines (Arau), qui suit le dossier de près, dénonce : "le permis d'urbanisme délivré le 17 juillet 2007 par la commune à Brussels Louise pour ériger la sculpture avait une validité d'un an dans l'attente que Pro Winko décide de construire". Depuis ce 17 juillet 2008, le permis a donc expiré. "Il y a illégalité !", s'insurge Marc Frère, président de l'Arau.

Du côté de la commune, on reste "zen". "Nous avons averti les exploitants (Brussels Louise) qu'ils devaient renouveler leur permis", explique Nathalie Gilson (MR), échevine de l'Urbanisme à Ixelles. Et si l'ASBL Brussels Louise est bel et bien en infraction, "elle s'est engagée à introduire sa demande de permis incessamment sous peu", complète l'échevine qui précise que "quand bien même le permis est arrivé à expiration, nous n'allons pas mettre les scellés". Bernadette Erpicum, general manager de l'ASBL Brussels Louise, affirme pour sa part : "nous avons envoyé mi-juillet à la commune un courrier pour demander un prolongement des installations de quatre mois". Les passants pourront donc encore admirer la sculpture d'Arne Quinze jusque fin novembre, quand elle sera alors démontée. "En espérant que le site ne redevienne pas un chancre...", s'inquiète Bernadette Erpicum.

"Conditions violées"

L'Arau ne décolère pas. "Le permis délivré est assorti de plusieurs conditions quant à sa mise en oeuvre. Or, un rapide coup d'oeil permet de se rendre compte que Brussels Louise a violé plusieurs de ces dispositions", souligne l'Arau. Exemple ? "Le permis a été délivré sous la disposition de ne pas prévoir de parking sur l'ensemble du site. Toutefois, le parking se retrouve sur l'ensemble du site : dans l'enclos pour les exploitants et devant la terrasse pour la clientèle". Bernadette Erpicum répond : "le parking est interdit sur le site; nous nous battons tous les jours pour que cela soit respecté".

L'Arau s'étonne encore que les pompiers (Siamu) n'aient pas remis un avis sur la conformité incendie pour le pavillon ni qu'aucune demande de permis d'environnement n'ait été introduite auprès de l'IBGE alors que "le pavillon de Cityscape est une salle pour des événements festifs". Pour Brussels Louise, en revanche, aucun permis d'environnement n'est nécessaire car il s'agit d'"un lieu d'animations sans exploitation commerciale doté d'un pavillon de 200 m2 et d'une terrasse de 300 m2".

Riverains incommodés

Le bras de fer ne s'arrête pas là. "Avec l'organisation d'événements festifs, tels que le Martini Terrazza, ou de concerts de rock, de tango,..., les habitants sont mis à rude épreuve", note l'Arau. "Depuis juin, nous sommes incommodées au moins une fois par semaine par des nuisances dues aux événements organisés sur le site en soirée, parfois jusque 2h15 du matin. Il fait chaud. Nous dormons avec les fenêtres ouvertes. Ce n'est pas agréable", témoignent Josiane Van der Meeren et Patricia Cahn du Carmel St-Joseph sis au 26 rue des Drapiers. "Le bourgmestre est très attentif aux nuisances générées", veut rassurer Nathalie Gilson qui reconnaît que "cela pose problème". Le Martini Terraza, installé jusqu'au 13 septembre, ferme d'ailleurs ses portes à 23 h.

"Démontage immédiat"

Pour l'Arau, l'usage fait de l'installation "Cityscape" n'est pas compatible avec un quartier habité. Il demande donc l'interdiction d'exploiter le pavillon événementiel et son démontage immédiat. "L'IBGE doit dresser un PV d'infraction et le Siamu doit faire fermer cette salle illégale en raison de sa non-agrégation", précise-t-il encore. Enfin, l'Atelier regrette que la commune d'Ixelles reprenne point par point les exigences de Pro Winko dans l'élaboration du Plan particulier d'affectation du sol (PPAS). Ce que réfute Nathalie Gilson : "la commune défend aussi ses propres exigences". "Le PPAS sera présenté au conseil communal en septembre puis au gouvernement. J'espère que le permis d'urbanisme pourra être délivré d'ici fin 2009".

Voilà qui promet encore de beaux dé (com) bats...