Bruxelles

Les publicités de l’association "Alternatives" occupent les wagons de métro depuis plusieurs semaines. Elles s’adressent aux femmes enceintes en situation de crise et proposent divers conseils ainsi qu’un test de grossesse gratuit, sans jamais mentionner le caractère religieux de l’organisation. "Il n’y a rien d’écrit sur leur orientation politique contre l’avortement" , insiste Anne Baril, assistante sociale au Collectif "Contraception Santé des Femmes", un planning familial qui pratique l’IVG et se situe dans la même rue qu’"Alternatives". "Parfois les femmes se trompent et vont dans leur centre au lieu du nôtre", ajoute la psychologue Sabine Catoul. "Il arrive aussi qu’elles soient attirées par les tests de grossesse gratuits et viennent chez nous ensuite car elles ne souhaitent pas garder l’enfant".

Et le collectif de recevoir des témoignages de bénéficiaires ayant eu affaire à cette association. "Alternatives n’est pas la seule organisation de ce type", précise Sabine Catoul. "En général ils font tout pour dissuader d’avorter en donnant des informations erronées sur l’embryon, en poussant les gens à prier après le test de grossesse, ou en affirmant que l’IVG n’est pas tout à fait légale." L’avortement est pourtant dépénalisé en Belgique puis 1990. L’association Alternatives fait partie de Jeunesse en Mission (JEM), une organisation missionnaire chrétienne internationale, présente depuis une dizaine d’années sous différents noms, et reliée à l’association anglaise du même type "Care Confidential" qui dépend de fonds privés. Nicki Coower, anglaise et mère de quatre enfants y est volontaire.

D’après elle, Alternatives aide les femmes enceintes en situation de détresse ainsi que celles qui sont passées par "le traumatisme de l’avortemen t". "Nous ne sommes pas "pro life", mais plutôt "pro lady" car nous ne voulons pas juger", explique-t-elle. "C’est une démarche de compassion. Les femmes qui ont eu recours à un IVG peuvent toujours venir nous voir".

"Alternatives, n’est pas la pire" reconnaît l’assistante sociale Anne Baril. "Nous avons plus de problèmes avec des associations comme "Génération pour la Vie", qui distribue des tracts Rue Neuve ou manifeste devant les centres IVG".

L’action de ces centres n’est pas illégale. "Ce qui est interdit c’est de se faire appeler centre de planning familial car cela porte à confusion, mais les associations pro vie jouent sur les mots et ne reprennent qu’une partie du label", rapporte Nicolas Menschaert, directeur de la Fédération laïque de centres de planning familial. Un problème épineux pour ces centres publics, qui n’ont pas les moyens de se payer des campagnes de publicité équivalente à celle d’Alternatives, et dont la visibilité sur Internet reste insuffisante. "De nombreuses personnes confrontées à cette situation se renseignent sur Google et tombent directement sur des sites pro life car nous ne sommes pas bien référencés", ajoute Nicolas Menschaert. "Du coup ils arrivent traumatisés après avoir vu des vidéos mensongères". Un rassemblement pour la défense du droit à l’avortement est organisé à Bruxelles le 24 mars, l’occasion pour les pro avortement de manifester à leur tour.P.Ha (st.)