La décision en 2009, de doter Bruxelles d’un « Bouwmeester » (maître-architecte en français), quelqu’un chargé d’insuffler une qualité architecturale et une ligne à la Région et de susciter des procédures de choix (concours) de qualité et ouvertes, fut alors saluée par tous. La Flandre en avait déjà un depuis des années (successivement Bob Van Reeth, Marcel Smets, Peter Swinnen). Tous les pouvoirs publics en Flandre devaient passer par lui quand il s’agit de construire un bâtiment. Il fixait de vraies procédures de concours (sans passe-droits pour les "copains" ou "l’ami de la femme du ministre"), ouvertes aussi à de jeunes bureaux, et il définissait une ligne pour une architecture de qualité. La Communauté française, sans utiliser ce mot, a fait un peu la même chose avec Chantal Dassonville. Restait Bruxelles, région longtemps massacrée, puis rétive à l’architecture contemporaine, région complexe.

Le gouvernement bruxellois a nommé en 2009 Olivier Bastin, symbole fort de qualité architecturale. Il a été un passage obligé pour les bâtiments "significatifs" initiés par la Région et par les institutions annexes comme l’IBGE. En cinq ans, il a fait considérablement avancer les choses même s’il nous confiait à sa sortie de charge : « Certaines administrations n’ont toujours pas compris notre rôle. Les blocages financiers que nous avons vécus sont dus à une profonde incompréhension, non pas du politique mais bien de ceux qui sont censés traduire sa vision en actions. "

Un critique, un diplomate

Après appel à candidatures, le gouvernement bruxellois a désigné jeudi pour lui succéder, Kristiaan Borret (48 ans), un ingénieur-architecte qui obtint de plus, un diplôme en urbanisme à Barcelone. Il avait déjà rempli cette tâche de « Bouwmeester » pour la ville d’Anvers depuis 2006, mais son contrat fut brutalement arrêté par la nouvelle majorité N-VA en février dernier. II avait pourtant reçu en 2013, le prix spécial pour l’architecture de la Communauté flamande. Le conflit portait, semblait-il, entre autres, sur la place de l’automobile dans la ville. Depuis, il est devenu doyen de faculté à l’université d‘Anvers. Il habite Bruxelles depuis 20 ans.

Le piquant est qu’aujourd’hui, avec le gouvernement Geert Bourgeois (N-VA), la Flandre a décidé d’arrêter la fonction de Bouwmeester au grand dam des architectes et urbanistes et qu’en Wallonie, on reste très réticent à l’idée d’un Bouwmeester. Kristiaan Borret dont on vante les qualités de diplomate, reste donc le seul avec comme tâche de travailler avec une équipe, dans une ville-région, très complexe.