Elke Van den Brandt travaille à la création d’une ordonnance pour permettre de changer les noms de rues des voiries régionales.

Six. À peine six pour cent des voiries bruxelloises portent des noms de femmes. Seule la ville de Bruxelles se démarque avec quinze pour cent. Une proportion très limitée qui en dit beaucoup sur la place accordée aux femmes dans l’espace public, estime la secrétaire d’État à l’Égalité des chances Nawal Ben Hamou (PS). "Les femmes représentent 51 % de la société mais ne figurent que sur 6 % des noms de rue. Cela montre qu’aujourd’hui elles n’ont pas leur place dans l’espace public. C’est un message politique fort qui explique qu’en tant que femme on ne se sent pas à l’aide dans l’espace public."

"Les noms de rues racontent l’histoire de la ville. Si on a une rue qui s’appelle Marché au Charbon, c’est parce qu’il y avait un marché au charbon, ajoute Elke Van den Brandt (Groen). Ça nous permet de garder notre histoire en mémoire, ça impacte l’image qu’on a de Bruxelles." Pour visibiliser les femmes qui ont participé à la construction de Bruxelles, la ministre de la Mobilité travaille sur une ordonnance permettant de changer les noms de rues sur les voiries régionales. "C’est déjà possible au niveau local mais il y a un vide juridique au niveau de la Région."

Pour calibrer au mieux l’ordonnance, un projet pilote a été lancé avec le tunnel Léopold II. Celui-ci portera prochainement le nom d’une femme, ce qui permettra de tester la procédure à mettre en place. "Le tunnel est en rénovation et ce n’est pas une zone habitée. Et puis, il existe suffisamment de boulevards et de monuments en hommage à Léopold II. C’est l’occasion parfaite de voir comment on peut implémenter le changement au niveau régional."

Ce projet pilote se veut avant tout participatif, afin d’impliquer les Bruxellois(es) dans le processus d’évolution de leur ville. Le dossier sera ainsi discuté en commission Égalité des chances et droits des femmes au Parlement. Une liste de quelques noms de femmes sera ensuite proposée aux citoyens, qui pourront voter pour leur personnalité favorite. Lucie Dejardin (première femme membre de la Chambre des représentants en Belgique) pour Elke Van den Brandt, Simone Veil ou Marie Popelin (première femme à tenter de rentrer au Barreau) pour Nawal Ben Hamou, les exemples fusent. "Si on commence à réfléchir, beaucoup de noms sortent !"

Des noms qui remplaceront peut-être un jour ceux des actuels 350 km de voiries régionales. "Cette fois-ci, ça vient d’en haut mais l’idée est d’insuffler un processus participatif pour que les Bruxellois(es) puissent aussi réfléchir aux noms de leurs rues et proposer d’en changer. On veut créer un débat, pousser les voisins à se parler pour y réfléchir ensemble."

Outre la féminisation des noms de rue, la ministre entend intégrer le genre à l’ensemble de la gestion de l’espace public. "À l’avenir, on proposera à des femmes de se rendre avec nous dans les endroits qu’on réaménage pour qu’elles nous donnent leur point de vue sur ce qui doit être amélioré. Nous devons saisir toutes les opportunités qui se présentent pour que les femmes se sentent à leur place dans la ville."

Par ailleurs, dans le cadre de son Plan bruxellois contre les violences faites aux femmes, la secrétaire d’État à l’Égalité des chances Nawal Ben Hamou (PS) a lancé en novembre dernier, via son administration equal.brussels, un appel à projets dédié à l’appropriation de l’espace public sous l’angle du genre. "Augmenter la visibilité des femmes dans la rue est, selon nous, un des leviers possibles pour promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes dans l’espace public." Six projets ont ainsi obtenu un subside. Parmi ceux-ci, l’initiative equalstreetnames.brussels de l’ASBL Open Knowledge Belgium a reçu 15 000 euros. L’association, principalement composée de bénévoles, a créé une cartographie genrée de la capitale, représentant les noms masculins et féminins par différentes couleurs. Et les résultats sont éloquents : l’ensemble du territoire bruxellois compte 6,43 % de noms de femmes pour quasiment 93,52 % de noms d’hommes.

Mais le travail de l’ASBL ne s’arrête pas là. Des événements d’écriture de biographies seront organisés avec l’association Noms Peut-être une fois par mois pour constituer une liste de profils représentatifs de la région bruxelloise. L’occasion de valoriser des personnalités issues de l’immigration, LGBTQIA + ou des personnes en situation de handicap. "Cette liste sera publiée sur la plateforme et permettra aux autorités publiques comme aux Bruxellois(es) d’aller piocher des idées de noms si on change l’appellation d’une voirie." Parallèlement, ces profils seront publiés sur la plateforme de connaissance ouverte Wikipédia, ce qui permet à la Région de contribuer à réduire le fossé des genres qui y persiste.